«Finfluenceurs» québécois: quatre jeunes sur cinq consultent les réseaux sociaux pour leurs décisions d’investissement
De nouvelles règles encadrent depuis décembre les influenceurs financiers québécois


Julien McEvoy
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Quatre jeunes Québécois sur cinq consultent désormais les réseaux sociaux pour leurs décisions d’investissement auprès d’influenceurs financiers offrant des conseils gratuits accessibles en deux clics.
Selon une étude de Global X publiée cette semaine, 79% des Canadiens ont investi au moins une fois en fonction des renseignements fournis par des créateurs de contenu financier. La génération Z se distingue: 94% de ses membres consultent les «finfluenceurs» en moyenne cinq fois par semaine.
Entre éducateurs responsables et vendeurs agressifs, qui croire dans cette jungle numérique qui brasse des millions de dollars et de vues? La question est assez sérieuse pour pousser les autorités compétentes à agir.
De nouvelles règles encadrent ces créateurs de contenu depuis décembre avec la publication de lignes directrices par les Autorités canadiennes en valeurs mobilières et l’Organisme canadien de réglementation des investissements.
En juin dernier, une vingtaine de «finfluenceurs» québécois cumulant plus d’un million d’abonnements ont été contactés par l’Autorité des marchés financiers pour les sensibiliser ou leur demander de retirer du contenu problématique.
Le mois prochain, Option consommateurs va publier un premier rapport sur les «finfluenceurs», un projet de recherche financé par Industrie Canada débuté en 2024.
«On a analysé le format de présentation et son impact», explique Clarisse N’Kaa, avocate et analyste au sein de l’organisme.
Drôles et efficaces
Les techniques des «finfluenceurs» se révèlent efficaces. «Ils utilisent beaucoup l’humour pour désarmer le consommateur», observe Mme N’Kaa.
Les vidéos sont courtes, les gens sont prêts «à investir 30 secondes pour visionner ça». Les mises en scène sont souvent centrées sur la peur, «on nous dit qu’avec l’inflation, on n’a pas le choix, pour sauver notre argent, il faut investir».
Les conseillers financiers traditionnels peinent à rivaliser. «Les influenceurs sont beaucoup plus visibles, beaucoup plus attractifs que les conseillers», constate l’analyste.
Ses recherches montrent que la qualification professionnelle n’a pas tant d’impact que ça sur la décision d’investir. Elle recommande à l’industrie et au régulateur de faire connaître davantage les conseillers et le travail qu’ils font.
Les nouvelles règles
Les lignes directrices de décembre précisent que les «finfluenceurs» peuvent donner des conseils généraux sans inscription. Une mention de tout intérêt financier «de façon claire, bien en vue et au début» dans leurs publications est toutefois obligatoire.
Les conseils personnalisés restent interdits sans inscription à l’AMF. Même le président américain, Donald Trump, pourrait être considéré comme un «finfluenceur» selon ces critères lorsqu’il fait la promotion de produits financiers sur ses réseaux sociaux.
«La mention ne peut pas être un énoncé général caché au bas d’une longue vidéo», précise l’avis conjoint des autorités. Les contrevenants s’exposent à des amendes importantes et à l’interdiction de travailler dans le secteur.
Pour vérifier si un «finfluenceur» est inscrit auprès de l’AMF, consultez le Registre des entreprises et des individus autorisés sur le site lautorite.qc.ca.
Ce qui est permis vs interdit
Permis sans inscription à l’AMF
• Informations factuelles descriptives («les FNB peuvent suivre différentes classes d’actifs»)
• Conseils généraux non personnalisés
• Formations générales
Interdit sans inscription à l’AMF
• Recommandations spécifiques («vous devriez acheter ces cinq actions»)
• Signaux d’achat ou de vente
• Conseils personnalisés adaptés au profil
• Promotion de produits sans divulguer la rémunération reçue
L’exemple vertueux: La Frugaliste Futée

La Frugaliste Futée représente exactement ce que l’AMF encourage: partage d’informations factuelles, documentation du parcours personnel, transparence sur les résultats bons et mauvais, sans promesses irréalistes.
• Catherine Poirier, 35 000 abonnés sur ses plateformes
• Blogueuse spécialisée
• Partage son portfolio (400 000$ en janvier 2026) et ses rendements (+20% en 2025)
• Monétise via Buy Me a Coffee (5$/mois pour du contenu exclusif)
La zone acceptable: JosFinance

Son modèle économique reste transparent: aucune formation payante, pas de promotion de produits financiers. Il se concentre sur l’analyse macro-économique plutôt que sur des conseils d’investissement spécifiques.
• Gabriel Fortin, 47 000 abonnés sur YouTube
• Se présente comme «un Jos comme un autre», pas expert
• Avis de non-responsabilité affichés: «jamais être considéré comme un conseil d’investissement»
• Chroniqueur invité au journal Les Affaires
La zone grise: Brandon Dubois

Brandon Dubois représente exactement le type de «finfluenceur» qui préoccupe l’AMF. Entrepreneur de Brossard, il se présente comme «formateur en trading #1 au Québec» avec 11 000 abonnés sur TikTok.
• Spécialisé en opérations pour compte propre (prop trading)
• Son offre: une master class gratuite, un e-book en 18 leçons et une communauté Skool de 1200 membres
• Marketing agressif: «Écris-moi ACTION en privé»
• Promesses de «liberté financière»
• Déclare n’être «pas affilié à l’AMF», avis de non-responsabilité complets
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