Fin des A’s à Oakland: «Hey Frenchy, it’s déjà-vu, huh!»
Sur certains points, oui, la fin des A’s est aussi plate et triste que celle des Expos


Jean-Nicolas Blanchet
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OAKLAND | Lors de mes premiers jours à Oakland, je trouvais que la fin des A’s était bien différente de celle des Expos. On était résignés à Montréal. Ils sont en furie à Oakland. Mais les jours passent et je réalise qu’au fond, il y a tout de même plusieurs similarités entre ces deux départs.
La fin des A’s est aussi plate et triste que celle des Expos.
Je suis arrivé ici pas mal emballé. Le baseball est l’un des amours de ma vie. Le vieux stade à Oakland est peut-être laid, comme je l’expliquais hier, mais il respire le baseball. En écrivant ce texte, je suis même assis sur la galerie de presse à côté d’un vieux journaliste qui a fait son doctorat sur la poésie du baseball à l’Université Berkeley.
Tout pour allumer encore plus ma flamme abusivement émotive de l’amour du baseball.
Il y a quelques jours, je plongeais dans les débuts d’analyse du précamp d’entraînement du Canadien. J’adore aussi le hockey et suivre le Canadien. Mais là, j’arrivais sous le soleil californien après un petit dodo dans l’avion. Ça me crinquait pas mal plus.
Le cœur attendri
Et je marche dans ce temple laid – mais temple quand même – de baseball. Où dans les tunnels, on voit des photos des légendes des Athletics depuis 57 ans.

Je suis allé dans les tailgates m’amuser avec tous ces fans loyaux. Certains braillaient en me parlant de souvenirs.
Bref, vous comprenez que c’était facile pour moi d’avoir le cœur attendri.
«Hey Frenchy, it’s déjà-vu, huh!», m’a lancé un journaliste, qui savait que je travaillais notamment pour Le Journal de Montréal et qui, évidemment, faisait référence aux Expos. Il me parlait aussi de l’ancien du Journal Serge Touchette. Quatre journalistes m’ont parlé de lui.
Pour moi, il a toujours été une légende, car je capote sur le baseball et le journalisme. Et à Oakland, il a visiblement laissé sa marque. Selon mes sources, je crois qu’il fallait vraiment être grincheux pour ne pas avoir du plaisir quand Serge Touchette était dans la place.
Je ne sentais pas vraiment le «déjà-vu» en arrivant ici. Au match de dimanche, contre les Yankees, il y avait 24 663 personnes. C’était joyeux. Il y avait plein de familles. C’était charmant, pas triste.
Plus fâchés que tristes
Mais mardi soir, c’était moins charmant. On pouvait trouver des billets à 5$.
Il y avait 30 402 spectateurs. C’est excellent par rapport à la moyenne de 10 500 cette saison. Mais l’ambiance n’était pas la même pour ce premier match de la dernière série des A’s à Oakland.
Le moment marquant du match, c’est quand la foule s’est mise à crier, à l’unisson, «sell the team!», pour inviter John Fisher à se départir de l’équipe qu’il veut déménager à Vegas en passant par un stade des ligues mineures, à Sacramento, durant au moins trois ans.
C’est triste comme fin.
À Montréal, c’était différent. Il y avait moins d’animosité... parce qu’il n’y avait pas un chat au stade. C’était donc aussi triste, mais différemment.
Seulement 3923 spectateurs s’étaient déplacés au premier match de la dernière série contre les Marlins le 27 septembre 2004. Le lendemain, c’était 5416. Et au dernier match, 31 395 s’étaient réunis au Stade olympique pour les adieux.
Certes, le baseball majeur a annoncé le déménagement quelques heures avant le dernier match. Mais tout le monde était pas mal déjà au courant.
Pas fort, les A's
Il y a plein d’autres trucs tristes à Oakland.
Pour la dernière série, les A’s ont ajouté, dans le champ centre, un gros «Thank you Oakland». Mais on ne le voit plus dès que les lumières sont allumées. C’est un rare geste de reconnaissance de l’organisation et c’est fait tout croche.

À la boutique souvenirs, on pourrait s’attendre à trouver quelque chose à vendre pour immortaliser la fin des A’s à Oakland: des chandails, une casquette, une tasse... n’importe quoi.
Mais non. Pour ça, il faut sortir du stade et acheter ça en argent comptant à des vendeurs qui se promènent dans le stationnement. La boutique officielle des A’s, elle, vend des cochonneries comme des chandails de joueurs qui ne jouent plus à Oakland. C’est à 50%, comme si on débranchait les démos, au moins!

Les Expos ont perdu leurs cinq derniers matchs à domicile, comme les A’s avant le match de mardi, qu’ils ont finalement remporté.
Montréal avait terminé sa dernière saison avec 67 victoires. Oakland en a récolté 68 jusqu’ici, avec cinq matchs à jouer.
Finalement, oui, c’est un déjà-vu.