Fiers partisans des Alouettes de Montréal: un décès significatif parmi «Les gars qui vivent»
«C’est maintenant qu’il faut partager et rendre les autres heureux»


Benoît Rioux
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Pour le groupe «Les gars qui vivent», le football des Alouettes devient, en quelque sorte, un prétexte pour passer du bon temps, sous le signe du partage. Ils sont des dizaines à se rassembler aux abords du stade Percival-Molson avant chaque match à domicile pour un barbecue en plein air.
«Le résultat du match n’est pas si important, admet sans détour Claude Martel, l’une des figures de proue du groupe. On a eu des mauvaises années, tu savais d’avance que tu ne gagnerais pas la Coupe Grey, mais ce n’est pas grave, tu viens ici, tu vois tes amis, c’est un pique-nique entre partisans et ça inclut les partisans de l’autre club aussi. On s’aime! C’est une grande famille!»

«On n’a pas inventé le nom “Les gars qui vivent”, tient-il à préciser. À l’origine, c’était mon ami Hyacinthe et un de ses chums qui ont parti ça, nous nous sommes rencontrés avant un match des Alouettes et il y a eu une connexion. On a décidé de joindre nos forces pour créer quelque chose.»
Profiter de la vie
Le décès de «Mononcle Alain», un des membres, est malheureusement venu rappeler, en mai dernier, l’essence du projet: l’importance de profiter de la vie.
«Alain [Charland] était l’un de nos grands amis, de témoigner Claude Martel. Il était avec nous à peu près depuis le début. On vieillit tous, on a évidemment des gens qui vont partir... Alain, c’est le premier qu’on perd, il avait seulement 67 ans et c’est une grosse perte pour nous.»
À travers les rires et les effluves de hot-dogs, un petit mémorial se dresse dans les installations des «gars qui vivent» pour rendre hommage à Alain. Pour chaque partie, un membre est invité à porter le jersey des Alouettes avec l’inscription «Mononcle Alain» à l’arrière. Lors de notre passage, c’était au tour de la recrue Vincent Proulx.
«À chaque match, on fait un toast en pensant à lui, note Martel. C’était une personne extrêmement sociable et aimable... Son départ rappelle que la vie, c’est précieux. T’as beau dire que dans 10 ans, tu vas prendre ta retraite, mais non, c’est maintenant qu’il faut avoir du plaisir, c’est maintenant qu’il faut être heureux, c’est maintenant qu’il faut partager et rendre les autres heureux.»

Dans l’avis de décès de M. Charland, qui vivait en Estrie, on peut d’ailleurs lire: «il a vécu une vie de bonheur entièrement dévouée à ses proches. Alain ne laissait personne indifférent. Fier supporteur des Alouettes de Montréal avec Les gars qui vivent, il ne manquait aucun tailgate party.»
Depuis 2010
Le rassemblement du groupe, qui se tient avant chaque match depuis 2010, correspond donc à la manière de penser de «Mononcle Alain».
«Quand on me demande: “combien vends-tu tes hot-dogs?” Je réponds que je ne les vends pas. Je vais t’en donner un, deux ou trois. Mais au prochain match, apportes-en! C’est comme ça que ça marche», résume M. Martel, qui est détenteur de billets de saison depuis le retour des Alouettes au stade Percival-Molson, il y a 25 ans.
«N’importe qui voulant se joindre à nous est le bienvenu. C’est un barbecue communautaire. Nous sommes ici à chaque match. Les gens apportent leur nourriture et leurs breuvages. Tu manges ce que tu veux manger, puis tu laisses le reste aux autres. Même chose pour ce que tu bois.»
Ça manquait à Montréal
Claude Martel insiste sur l’importance d’accueillir les partisans en provenance des autres villes canadiennes. Un réseau est ainsi créé et on se retrouve même parfois lors des finales de la Coupe Grey.
«Dans les autres villes de la ligue, ces barbecues d’avant-match sont répandus et ça manquait à Montréal», note l’homme de 60 ans.
Au-delà du groupe «Les gars qui vivent», d’autres rassemblements ont lieu tandis que l’organisation des Alouettes tient aussi des festivités avant chaque partie locale.
«On ne veut pas l’exclusivité. Moi, je vais être heureux le jour où on va être des milliers à se rassembler», affirme d’ailleurs M. Martel.
Les filles aussi...
Autre preuve d’inclusion, le groupe compte également des femmes. Parmi elles, Louise Laroche, 66 ans, y vient régulièrement, depuis plusieurs années, en compagnie de sa fille Isabelle.
«Il y a les filles qui vivent aussi, dit-elle, avec le sourire. On partage, on apporte de la bouffe, on s’amuse, on jase football et d’autres sujets.»
Mme Laroche savoure particulièrement le match présenté durant le week-end de l’Action de grâce. Cette année, c’est la date du lundi 9 octobre qui est encerclée alors que le Rouge et Noir d’Ottawa sera le club visiteur en après-midi.
«Ça devient une fête sans précédent avec des dindes rôties et moi, je fais traditionnellement de la croustade aux pommes pour tout le monde, mentionne-t-elle. C’est vraiment le gros party!»
Une vie marquée par les Alouettes
Quand les Alouettes ont l’occasion de présenter un match éliminatoire à domicile, on arrive la veille...
«Je prends mes vacances au travail en fonction des matchs des Alouettes, résume M. Martel, un informaticien de 60 ans. Déjà, quand j’étais tout jeune, j’étais partisan des Alouettes, mais je demeurais à Drummondville. J’habite maintenant à Montréal et j’aurai des billets de saison jusqu’à ma mort.»
Jusqu’à sa mort, car il y voit la meilleure façon possible de profiter de la vie. Victoire ou défaite des Alouettes, il en sort toujours gagnant.