Fiasco SAAQclic: qui va oser dénoncer les vrais responsables?


Isabelle Maréchal
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Ça fait des années qu’on parle du bordel informatique à la SAAQ. C’est le moment de rendre des comptes. Aux dizaines de milliers d’automobilistes québécois qui ont été victimes des ratés du fameux SAAQclic, et aux millions de contribuables qui s’attendent que leur bon gouvernement dépense avec sagesse et transparence l’argent de leur dur labeur. Ça suffit le gaspillage sur notre dos!
Ce mégafiasco gouvernemental nous coûtera pas moins d’un milliard de dollars. Et qui dit mieux? Car les trois enquêtes commandées par la vice-première ministre Geneviève Guilbault cette semaine viendront grossir la facture. Le ministère des Transports (MTQ) va enquêter, l’Autorité des marchés publics (AMP) va enquêter. L’UPAC, l’unité anticorruption, va enquêter. Ça va en faire de la paperasse à brasser, pour peu qu’on souhaite vraiment faire la lumière sur ce désastre. Et l’opposition qui réclame à cor et à cri une commission d’enquête à 50 millions de dollars. Qui va oser dénoncer les vrais responsables passés maîtres dans l’art de sauver leur peau?
Tout le monde savait
La loi du silence règne depuis longtemps dans les officines. Des employés qui travaillaient sur le projet de SAAQclic savaient que ça s’en allait dans le mur. Leur syndicat le savait. Ça se parlait dans les corridors. Les vrais «geeks», engagés par Québec pour s’assurer de la meilleure expertise, ont quitté le navire. Ceux qui ont osé poser des questions se sont fait jeter par-dessus bord.
On chuchote que le ministre Caire a fait confiance aux mauvaises personnes. Qu’il a trop écouté des gestionnaires qui n’avaient pas forcément SAAQclic tatoué sur le cœur. Certains mandarins naviguent sans crainte dans le système, avec une aisance déconcertante. D’un ministère à l’autre, d’un gouvernement à l’autre, ils font la pluie et le beau temps. Il leur est facile d’avoir la tête d’un ministre. Ne pas lui donner l’heure juste, le prévenir trop tard, ne pas le prévenir du tout.
«Les ministres passent, les sous-ministres restent»
Quelle est la responsabilité de l’ex-secrétaire générale du gouvernement Legault, Dominique Savoie, dans ce fiasco? Éric Caire l’a sévèrement critiquée à l’époque où elle était sous-ministre au MTQ. On lui reprochait d’avoir entravé des enquêtes dans l’octroi de contrats. Comment s’est-elle retrouvée sous-ministre à la Santé, puis patronne de la fonction publique et, depuis janvier dernier, présidente du CA de la SAAQ? Et qu’en est-il du fameux Pierre E. Rodrigue, ex-VP de l’expérience numérique de la SAAQ, nommé par Dominique Savoie, qui a bien failli être le nouveau patron de l’Office des professions? Vont-ils s’expliquer? Car c’est la SAAQ qui est la grande responsable du projet SAAQclic depuis le début en 2017.
Le nouveau ministre, Gilles Bélanger, doit «faire le ménage». C’est le temps d’appliquer la méthode Elon Musk: dehors, les pommes pourries! Peut-il calmer l’animosité présente dans le pilotage des dossiers technologiques? On a beau taper sur le clou d’Éric Caire, il souhaitait faire rayonner l’expertise québécoise en cybersécurité. Oui, elle existe. On a des très bons techs! Ils ne sont juste plus au gouvernement.