Faute de moyens, des athlètes d’exception ne pourront participer aux Sourdlympiques


Marc-Antoine Malo
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Ils seront 48 athlètes du Canada, dont 10 Québécois, à s’envoler en novembre pour les Sourdlympiques d’été de Tokyo, une compétition encore plus ancienne que les Jeux paralympiques, mais cette délégation aurait pu être encore plus impressionnante.
Pour la plupart des sportifs amateurs, participer aux plus grands rendez-vous internationaux coûte souvent une petite fortune, ce qui a le potentiel de briser certains rêves. Les athlètes sourds et malentendants n’y échappent pas.
Ces problèmes financiers sont devenus le quotidien de l’Association des sports des sourds du Canada (ASSC).
«On n’en a jamais autant parlé que cette année, reconnaît la golfeuse québécoise Sasha Laoun, l’un des meilleurs espoirs de médailles du pays. Veut veut pas, nous sommes quand même une petite communauté. Ce n’est pas très connu au Québec ou au Canada. Il faut en parler.»
C’est en 1924 que les premiers Sourdlympiques (ou Deaflympics) ont été organisés à Paris, 36 ans avant l’édition inaugurale des Jeux paralympiques à Rome. Ils restent toutefois moins médiatisés et tout simplement moins connus que d’autres compétitions multisports.
Le Canada enverra au Japon sa plus importante délégation depuis sa première participation à ces jeux, en 1959. L’ASSC a fait appel au public en lançant une collecte de fonds visant à récolter 100 000$ d’ici le mois d’octobre.
«Lors des Sourdlympiques de 2022 à Caxias do Sul [au Brésil], 12 athlètes n’ont pu faire le voyage. Cette année, ce sont déjà trois athlètes qui devront renoncer aux compétitions à Tokyo. Bien que certains soutiens existent, notamment du gouvernement fédéral et d’organisations privées, nos sportifs doivent encore trop souvent assumer seuls les frais de déplacement, d’équipement et de préparation», explique dans un courriel le directeur général de l’organisation, Alain Turpin.
Des sacrifices nécessaires
La facture totale par athlète s’élève à 5000$. Ce montant est requis pour le déplacement, y compris celui de l’équipement, l’hébergement, les uniformes de compétition ainsi que les frais d’inscription et d’assurances.
Les repas et les billets supplémentaires pour la famille font l’objet de frais supplémentaires.
«Je suis quand même très chanceuse. J’ai encore l’aide de mes parents, mais j’en puise une partie dans mes réserves. Je suis l’une des plus jeunes, et les adultes, ils ont plus de responsabilités que moi», reconnaît Mme Laoun, 27 ans, qui travaille comme superviseure des transports chez Agropur.
«J’en connais qui n’ont pas pu participer aux Sourdlympiques parce qu’ils n’avaient pas assez de financement, a-t-elle ajouté. Ils sont en novembre 2025, et en août 2026, on a déjà les Mondiaux. Ce sera un autre 4000$ ou 5000$. Probablement qu’il y a des athlètes qui ne pourront pas se permettre les deux.»
Faire une croix sur «leurs Jeux olympiques» peut être déchirant. Ils seront 4000 athlètes provenant de 80 pays à y participer au sein de 20 disciplines. Il y a une certaine effervescence autour de l’événement, avec le village des athlètes et la qualité de la compétition.
De grandes ambitions
Aux Sourdlympiques, les athlètes doivent avoir un seuil d’audition de moins de 55 décibels dans leur meilleure oreille pour y participer.
«La seule grosse différence, c’est la communication», assure Sasha Laoun. Comme elle aime bien le rappeler, crier «fore!» si la balle s’aventure sur un autre terrain n’a aucune réelle utilité au golf dans les tournois pour malentendants.
«Je ne parle pas la langue des signes, a poursuivi la championne universitaire de 2022. J’essaie de l’apprendre. Par contre, ce qui est amusant avec les sourds et malentendants, c’est qu’ils vont essayer de te faire comprendre quelque chose, peu importe la façon. Ça peut être des signes plus simples. Certains lisent sur les lèvres, mais sinon, c’est par texto.»
«C’est comme une grande famille. Peu importe d’où tu viens ou comment tu entends, ils vont te faire sentir la bienvenue. Dès le jour 1, quand j’ai débuté avec eux en 2018, c’est ce qui m’a poussée à continuer», explique Mme Laoun.
La jeune femme vise un podium pour ses deuxièmes Sourdlympiques. Au Brésil, elle s’était arrêtée en quart de finale.
«Je ne dirai jamais non à une médaille d’or non plus, lance Laoun avec le sourire. Aux Championnats du monde à Hawaï [en 2022], j’ai terminé deuxième. Ce seront sensiblement les mêmes joueuses, donc je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas gagner.»
Les Sourdlympiques d’été de Tokyo auront lieu du 15 au 26 novembre prochain. On verra les athlètes du Québec au golf, au tennis, au tennis de table, au basketball, au badminton et aux quilles.
Vous pouvez participer à la campagne de financement de l’ASSC ici: https://assc-sourdlympiques.ca/#accueil