«Faut pas se mettre la tête dans le sable»: l’utilisation de l’IA divise les profs d’université

Marie-Laurence Delainey
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L’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) divise les professeurs d’université au Québec: alors que certains l’adoptent car elle améliore parfois la qualité des travaux, d’autres déplorent qu’elle soit utilisée pour tricher ou pour inventer des sources.
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«[L’IA] aide au plan de l’orthographe. C’est généralement le meilleur moyen de voir si cela a été fait par ChatGPT: il y a beaucoup moins de fautes», souligne Vincent Gautrais, professeur à l’UdeM.
L’Agence QMI a sondé une cinquantaine de professeurs des Universités de Sherbrooke, d’Ottawa, de Montréal, et de l’UQTR, de l’UQAM et de McGill. 54% d’entre eux disent permettre l’utilisation de l’IA tout en l’encadrant car ils y voient un avantage dans l’apprentissage des étudiants.
«Bonne source de départ pour mettre sur une piste de recherche. Excellent outil pour la traduction. Cela peut également aider pour les revues systématiques de littérature», ajoute un professeur de l’UQTR, François Labelle.
En plus de corriger et de traduire, le robot conversationnel de l’IA ChatGPT peut faire des recherches et des résumés de textes. L’IA peut aussi générer des images, ce qui peut être utile dans un cours portant sur la créativité publicitaire. «Pour générer des maquettes d’idées, favoriser la discussion autour de cette idée, puis l’améliorer. Toutefois, je ne préconise pas l’usage de l’IA pour générer les idées initiales», explique le professeur de l’UdeS, Dany Baillargeon.
Le dernier mot revient aux profs
La plupart des universités au Québec ont des lignes directrices sur l’IA mais le dernier mot revient souvent au corps enseignant. «On ne peut pas les encourager à l’interdire ou à en faire la promotion. Cela dépend de la discipline. Ils sont les mieux placés pour déterminer», dit le vice-recteur adjoint aux études de 1er cycle de l’UdeM, Juan Torres, qui rappelle toutefois l’importance de ne «pas se fermer les yeux» sur sa présence.

33% des professeurs sondés disent accepter l’utilisation de l’IA par dépit. «On n’a pas le choix, ce serait utopique de l’interdire, les étudiants l’utiliseraient quand même, faut pas se mettre la tête dans le sable», admet un professeur de l’UQAM qui préfère garder l’anonymat.
Gauthier Gidel, professeur à l’UdeM, l’autorise par exemple pour certains travaux seulement tout en prônant la «transparence totale». «Dans le cadre d’exercices plus ouverts, il est, je pense, hypocrite de penser que ce genre d’outil ne sera pas utilisé [...] Tout mot qui a été produit par une IA générative doit être mis en italique dans le texte», explique-t-il.
L’IA invente des sources
Finalement, une minorité, soit 13% des professeurs, interdit son utilisation. Parmi eux figure la professeure en orthodidactique du français de l’UQAM Émilie Cloutier, dont les étudiants sont de futurs orthopédagogues et enseignants en adaptation scolaire. «Ils ont un engagement éthique à l’égard de leurs futurs élèves. [...] ChatGPT possède peu de connaissances dans ce domaine pour l’instant», explique-t-elle.
Plusieurs professeurs soulignent d’ailleurs que l’IA fait des erreurs lorsqu’elle cite des sources entre autres. Un des étudiants du professeur Frédéric Vairel à l’Université d’Ottawa a d’ailleurs déjà eu la mention échec pour cette raison. «Les références étaient erronées, fabriquées par ChatGPT: inventer des références est un manquement à l’intégrité académique», explique-t-il.