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Explosion de 60% des transferts d’entreprise: une véritable bombe à retardement guette nos PME

Plus de 37% des propriétaires dirigeants ont plus de 55 ans au Québec, alerte un organisme

Photo portrait de Francis Halin

Francis Halin

2024-10-19T04:00:00Z

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Une véritable bombe à retardement guette nos PME aux quatre coins du Québec, alors que 60% plus d’entreprises que l’an dernier devront passer le flambeau pour éviter d’être vendues ou de carrément fermer leurs portes. Le Journal est allé à la rencontre de repreneurs qui ont pris le taureau par les cornes.

«On s’attend à ce que 24 000 entreprises soient transférées cette année, alors qu’on parlait de 15 000 l’an dernier. C’est une hausse exponentielle de 60%», prévient Alexandre Ollive, PDG du Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ).

«Il y a beaucoup de propriétaires qui n’osent pas dire qu’ils vont vendre. Ils attendent à la dernière minute. Ils ont peur de perdre employés, fournisseurs et clients», dit-il.

Un «cocktail explosif»

Pour Pierre Graff, PDG du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ), il s’agit d’un «cocktail explosif».

«On parle du plus grand transfert intergénérationnel de richesse en 10 ans», illustre-t-il.

«Quand les entreprises sont achetées par des groupes étrangers, même si les emplois sont parfois maintenus, les profits vont aux fonds ou aux familles qui les achètent», observe-t-il.

«Les Américains sont très actifs sur le marché québécois. C’est très inquiétant. Ça fait une immense différence de voir des groupes de Québécois ou des familles s’unir pour garder nos PME», souligne-t-il.

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«On a conservé tous les postes»

Chez le fabricant de meubles haut de gamme Verbois, à Rivière-du-Loup, Marie-Ève d’Amours, 34 ans, directrice générale et actionnaire, est fière d’avoir racheté la PME.

«Ça ne serait possiblement pas resté dans la région si ce n’était pas nous qui avions acheté», raconte-t-elle.

Le fabricant Verbois a été acheté par un groupe d’investisseurs de la région qui connaît la communauté sur le bout de ses doigts.
Le fabricant Verbois a été acheté par un groupe d’investisseurs de la région qui connaît la communauté sur le bout de ses doigts. Photo fournie par Verbois

Un travailleur de Verbois.
Un travailleur de Verbois. Photo fournie par Verbois

«Si ça avait été un propriétaire de la région de Montréal, par exemple, il aurait peut-être eu moins l’intérêt de s’impliquer dans la communauté», partage-t-elle.

Fondée en 1999, l’entreprise d’une quarantaine d’employés souffle ses 25 bougies. Maison Corbeil, JC Perreault... quelque 90 magasins redemandent ses meubles. Les affaires vont bien.

«On a conservé tous les postes en place. Il y a des têtes dans la boîte», explique celle qui a acheté la PME en 2021 avec un groupe d’actionnaires, dont quatre en bas de 40 ans.

«On a investi 2 millions de dollars, il y a deux ans, pour rentrer une nouvelle cellule robotique et faire un agrandissement de l’usine», affirme-t-elle.

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Pas question de vendre

À 430 kilomètres de là, à Montréal, Vincent Clarizio, président et directeur de création de la firme de design PXP, derrière les gyms urbains dans les parcs et la signalétique du parc du Mont-Royal, est fier d’avoir pu reprendre la PME de ses parents.

«Mes deux parents l’ont fondée il y a 25 ans, et ça faisait 17 ans que j’étais dans l’entreprise», raconte-t-il.

Vincent Clarizio et Caroline Deforges font exploser la croissance de la firme PXP depuis leur arrivée.
Vincent Clarizio et Caroline Deforges font exploser la croissance de la firme PXP depuis leur arrivée. Photo fournie par PXP

«Ils voulaient prendre leur retraite. Ils n’étaient pas en mode prise de risque et investissements. De mon côté, je voulais avoir le pied sur l’accélérateur. Depuis la transition, là, je peux le faire», explique-t-il.

Avec sa conjointe, Caroline Deforges, Vincent Clarizio ne veut rien savoir d’amasser des millions de dollars pour vendre la PME au premier venu: il veut la faire croître ici.

«J’adore ce que je fais, donc je ne me vois pas faire autre chose», indique-t-il.

Dans le textile depuis quatre générations

Frédérik Guérin, PDG de Club Tissus, fondée en 1992, s’est fait poser la fameuse question «Viendrais-tu essayer l’entreprise, voir si t’aimes ça?» après ses études.

«Il y a trop souvent des entrepreneurs qui vont s’accrocher à la tête de l’entreprise par ego très longtemps. Je salue mon père qui, très rapidement, m’a laissé la place», confie celui qui a les mains dedans depuis l’âge de 23 ans.

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Frédérik Guérin, PDG de Club Tissus, doit se battre contre les géants du web pour garder sa place dans le cœur des Québécois.
Frédérik Guérin, PDG de Club Tissus, doit se battre contre les géants du web pour garder sa place dans le cœur des Québécois. Photo fournie par Club Tissus

«Il y a cette pression-là; d’innover ou de mourir», poursuit l’homme de 38 ans, dans le textile depuis quatre générations.

«Si on n’avait pas réussi à innover nous-même, fort probablement qu’un gros groupe nous aurait avalé parce que nos concurrents sont beaucoup plus grands que nous», poursuit-il.

«Les gens ont les mêmes attentes qu’envers Amazon et Walmart. On n’a évidemment pas les mêmes ressources, donc nous, notre arme, c’est le contact humain», conclut l’homme à la tête du détaillant qui a cinq magasins et 230 employés.

Tableau tiré de l'Indice entrepreneurial québécois
Tableau tiré de l'Indice entrepreneurial québécois

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