Exclusif: Ivan Demidov, raconté par son mentor

Anthony Martineau
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«Ivan est un gars de 19 ans qui est pertinemment au courant de son grand talent. Mais pour lui, ce ne sera jamais assez. Son approche est incroyable.»
Au cours des quatre dernières années, très peu de gens ont passé plus de temps avec Ivan Demidov que Daniel Bochner. Bochner était d'ailleurs sur la glace avec le spectaculaire gaucher le jour où il a officialisé sa venue avec le Tricolore.
Bochner, un homme de 40 ans natif de Toronto, occupe le poste d’entraîneur responsable du développement des joueurs pour l’organisation du SKA Saint-Pétersbourg, l’organisation où Demidov a bâti sa réputation en acier trempé. Il pratique aussi les mêmes fonctions pour les Hurricanes de la Caroline depuis deux ans.

«Tout le monde parle de son talent, de ses habiletés. Mais l’aspect qui m’impressionne le plus, pour ma part, est son éthique de travail. Je venais toujours à l’aréna lors des jours de congé et Ivan était, sans exception, toujours là quand j’arrivais! Sur la patinoire. Dans le gym. Dans la salle de tir. Dans la salle de maniement de rondelle. Il demandait constamment d’avoir des heures de glace supplémentaires! Les gens ne voient pas ça. Mais un tel niveau de succès n’est jamais un hasard.»
De quoi rappeler les habitudes de travail d'un certain Lane Hutson...
«Il veut être le meilleur»
C’est en 2021 que Bochner a rencontré Ivan Demidov pour la première fois.
«C’était à l’occasion du camp d’entraînement du SKA. Il avait alors 15 ans. Déjà, à ce moment, il ne voulait pas être sur la glace pour être sur la glace. Il voulait être le meilleur. Ivan ne veut pas être un simple figurant.»
En vidéo principale, voyez Ivan Demidov y aller d'une superbe démonstration de son talent lors d'une séance avec Bochner, qui a d'ailleurs généreusement fourni toutes les vidéos disponibles dans cet article.
Au fil des dernières années, notre interlocuteur et Demidov se sont souvent retrouvés seuls tous les deux, notamment lors de la longue période où, l’an dernier, le nouveau no 93 du CH soignait une blessure à la cheville.
En quatre ans, quel est l’aspect le plus amélioré chez l’attaquant? La réponse de Bochner est aussi intéressante que complète.
«Sa capacité à séparer les mouvements de son haut de corps versus ceux de son bas du corps. Donc, ne pas tout faire en même temps. Par exemple, ralentir ses pieds en bougeant ses mains plus rapidement dans certains cas, mais aussi bouger davantage ses pieds en ralentissant la vitesse à laquelle il contrôle la rondelle. Tout ça fait en sorte qu’il est devenu, au fil des mois, plus imprévisible pour ses adversaires.
«Nous avons aussi beaucoup travaillé sur son dynamisme au niveau des jambes et sur sa technique, de façon à ce que son patinage soit au même niveau que ses folles aptitudes en contrôle de rondelle.»
Prêt pour la LNH, mais à quel point?
C’est donc fort d’une superbe saison offensive (meilleur pointeur de son équipe à 19 ans!) dans la KHL qu’Ivan Demidov s’amène dans la LNH.
Certains avancent qu’il y a un écart considérable entre les deux circuits, ce qui est un fait.
Mais ce n’est pas la seule vérité à prendre en considération, précise Bochner.
«Pourquoi est-il prêt pour la LNH? La raison principale est, selon moi, sa grande confiance en lui. C’est un élément que tu possèdes ou pas. Et lui, il l’a! Il est pleinement conscient de son talent. Et il a cette habileté à intégrer un groupe de joueurs talentueux et à quand même être le meilleur d’entre eux.
«Ivan jouait avec plusieurs très bons joueurs cette année. Des gars de calibre LNH. Et il s’est quand même hissé au sommet de nos patineurs sur le plan offensif.»
Mais ce n’est pas tout.
«Je trouve qu’un aspect de son jeu dont les gens parlent trop peu, c’est son habileté à se créer lui-même de l’espace en zone offensive contre les défenseurs adverses. Il a un côté très rugueux le long des bandes qui lui permet de gagner plusieurs batailles et de prolonger le temps de possession de son équipe en territoire ennemi. C’est un élément très important dans la LNH.»
Cela dit, il faudra quand même laisser un temps d’adaptation à Demidov, notamment en ce qui a trait à la structure défensive.
«Dans la LNH, les cinq joueurs sur la glace ont besoin d’être connectés pour bien défendre, explique l’instructeur canadien. C’est un aspect du jeu extrêmement important en Amérique du Nord. Je pense qu’Ivan mettra l’accent là-dessus à son arrivée.»
Vers un duo Laine-Demidov?
Alors que le premier match d’Ivan Demidov en bleu-blanc-rouge est imminent (et très attendu!), la question revient sans cesse sur les tribunes sportives montréalaises: avec qui jouera le jeune homme, avec le CH?
Bochner, très généreux, accepte de nous livrer ce qui constituerait, selon lui, le scénario idéal pour son ancien poulain, avec qui il pense d’ailleurs conserver une très belle relation dans le futur.
«Ivan est un gars de possession, un gars de passe et va. Je pense que pour maximiser son potentiel, on doit le jumeler à des gars qui peuvent aussi jouer ce type de hockey. Cela dit, on a aussi fait jouer Ivan avec un centre plus défensif cette année et cela s’est bien passé. Alors je pense que si Montréal compte sur un gars comme ça et qu’on leur donne un autre ailier doté de belles habiletés, cela pourrait aussi fonctionner. Mais ultimement, je pense qu’il devra à tout prix jouer avec au moins un autre gars offensif aux côtés de qui il pourra développer une chimie.»
Alors que les trios du Suzuki et Dvorak se portent très bien et que Joel Armia et Jake Evans jouent clairement en dépit de bobos, un nom résonne plus fort que d’autres, dans la tête de l’auteur de ces lignes: Patrik Laine.
«Patrik est un excellent tireur qui contrôle bien la rondelle et Ivan est maître dans l’art de distribuer des passes que personne n’attend. Je pense que cela pourrait très bien fonctionner entre eux», analyse Bochner.

«Mais ultimement, je pense que peu importe le choix qui sera pris, on le placera dans une position pour qu’il réussisse. Le Canadien a un groupe d’entraîneurs de très grande qualité et son personnel de développement est également excellent. Ivan sera très bien encadré, j’en suis sûr.»
Cette dernière déclaration est fantastique à entendre. Après tout, elle témoigne d’une relation de confiance qui n’a fait que progresser entre le Canadien et le SKA, au fil des derniers mois.
Et si les deux équipes sortent grandes gagnantes d’un tel dénouement, un troisième groupe, en date d’aujourd’hui, profite pleinement de tout ça: celui des partisans du CH.
«C’est le début d’un temps nouveau», chantait Renée Claude, en 1970.