Et si un joueur avait essayé un Michigan contre Ron Hextall?


Jean-Nicolas Blanchet
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J’ose à peine imaginer à quoi ressemblerait le nez d’un joueur qui aurait essayé la feinte Michigan contre Ron Hextall à l’époque.
Comme il en était capable, je pense qu’Hextall serait viré fou. Ç’a aurait été un swing de golf sur quiconque aurait le culot d’essayer ça.
L’histoire entre les Sénateurs et les Leafs qui a mené à la suspension de Morgan Rielly m’amène vers ce questionnement que j’ai souvent en pensant au hockey dans le temps de Hextall.

Tout ça revient autour du même point. C’est le fameux code, les règles non écrites. Ça existe dans tous les sports.
Mais au hockey, le code est plus vieillot, conservateur et parfois épais. Le baseball est aussi comme ça.
Dans la NFL, tu peux célébrer comme un imbécile après un plaqué qui ne change pas grand-chose, et tout est beau. Tout le monde s’en fout.
Dans la NBA, tu peux faire un dunk de la mort complètement inutile quand ton équipe mène par 18 points. Et tout est beau. Tout le monde aime ça.
Au soccer, tu peux te mettre en bedaine, sauter dans les estrades et prendre des photos avec les fans après un but et tout le monde adore ça.
Mériter un coup de hockey dans la face
Mais dans la LNH, si tu fais un lancer frappé dans un filet désert, tu reçois un double-échec dans la face. Et une bonne partie des joueurs et des amateurs trouvent que tu le méritais.
Je suis un joueur de hockey. Je comprends parfaitement que c’était inutile, baveux et tata, ce qu’a fait Ridly Greig. Mais bon sang! Il a fait un lancer frappé dans un but vide.
Je peux imaginer que le hockey est plus conservateur et que les joueurs ne sont pas rendus à se ficher d’une telle situation, mais ça aurait été quoi de seulement aller le voir et lui dire que ça ne faisait pas en le prenant au collet.
Le code, il semble être frappé par un conflit intergénérationnel.
Les jeunes joueurs qui arrivent dans la LNH ont du talent qui leur sort par les oreilles. Dans le hockey junior ou universitaire, ils sont capables de faire le Michigan, inventer des feintes, passer la rondelle entre leurs jambes de reculons à une main sur un seul patin avec les yeux bandés. Ça n’a pas de limite.
C’est pour ça qu’ils sont repêchés. C’est pour ça que les amateurs les aiment. C’est pour ça que les dépisteurs les remarquent. C’est pour ça que des équipes en reconstruction peuvent quand même attirer des fans. Pour voir ces jeunes talents hors norme.
Non, faire un lancer frappé comme Ridly Greig n’est pas la démonstration de tout un talent. Mais c’est un jeune qui fait quelque chose de pas si pire à son sens.
Et le fameux code a tranché que oui, c’était si pire.
La théorie de l’évolution
L’attaque Ryan Reaves, 37 ans, a salué le geste de Morgan Rielly en soulignant que si Greig avait fait ça il y a quelques années, il serait encore étendu sur la glace.
Reaves a sûrement raison. Justement, il y a quelques années, ça aurait été ça. Mais heureusement, les joueurs sont moins imbéciles qu’il y a quelques années. C’est justement la preuve que ça n’avait pas de bon sens il y a quelques années et que le code sera de moins en moins débile dans le futur.
Ron Hextall aurait été impitoyable devant un joueur qui aurait essayé un Michigan contre lui.
Une chance que Sidney Crosby n’a pas reçu ce traitement quand il l’a fait en 2003 avec l’Océanic de Rimouski.
Tous les jeunes joueurs que je connais essaient de faire le Michigan dans leur pratique. Tous les jeunes joueurs que je connais idolâtrent beaucoup plus Connor Bedard, Jack Hughes et Cale Makar que Ryan Reaves ou Radko Gudas.
Mais ce sont les vétérans qui gèrent le code. Et une bonne partie des amateurs n’ont pas de problème avec ça. Ça peut donner plein de bagarres.
Donc il faudra attendre que ces jeunes prennent de l’expérience pour encore réécrire le code afin que les joueurs puissent donner le spectacle qu’ils sont capables de donner sans craindre de recevoir un double-échec dans les dents après le coup de sifflet.