Est-ce que les Canadiens oublient leur public?

Jean-Charles Lajoie
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La une du Journal de Montréal m’a beaucoup interpellé, ce matin...
Pour son essentiel, on retrouve en gros un sondage assassin, un autre, mené par l’excellente équipe de mon ami Jean-Marc Léger, de Léger marketing.
La CAQ dégringole! Et ce n’est plus une perspective, c’est une réalité mesurée à l’échelle du Québec. Le PQ premier dans les intentions de vote avec 31% des appuis, la CAQ deuxième avec seulement 25%, Québec solidaire troisième avec 17%, les libéraux avec leur 14% d’anglophones quatrièmes, parce qu’il y a ici, au Québec, le respect des deux langues officielles contrairement à ailleurs dans le gros pays et les Conservateurs d’Éric Duhaime derniers avec 11%.
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Ce serait facile de rester dans la politique, pour moi, en affirmant que si les souverainistes faisaient enfin front commun l’option serait à presque 50%...
Des intentions au Québec, mais j’aime à me rappeler que nous sommes ici dans une émission de sport et qu’aux sports les chicanes sont non seulement le fun, elles permettent des consensus, des associations basées sur des idéologies communes et le reste et le reste...
Je regardais la une du journal et je me demandais «mais comment la CAQ a-t-elle pu glisser autant? Comment a-t-elle pu en arriver là?»
Et pour moi, il n’y a qu’une seule piste d’explication un tant soit peu logique : les troupes de François Legault ne gouvernent pas un état, ils gèrent une manufacture. C’est le chaos complet dans le secteur public, tellement que le monologue de Deschamps «les unions, quossa donne?» doit être dans la liste de lecture du PM et de ses ténors et stratèges.
Je pense que le parti au pouvoir s’est cru inatteignable, sans opposition et donc impossible à déloger. Il n’en a donc fait qu’à sa tête et selon ses ambitions et celles des amis du parti.
Chemin faisant, ça a cassé des œufs, beaucoup d’œufs parmi la population. Le peuple s’est senti laissé pour compte, utilisé comme un vulgaire pion par les inatteignables dans les tours du parlement à Québec.
Ce mépris du public, conséquence directe d’un possible monopole auto-proclamé des stratèges internes du parti a eu pour effet de faire ressortir le pouvoir citoyen depuis quelques sondages.
La beauté du jeu de la politique, c’est que la CAQ peut et va certainement réagir sans attendre. En politique, il faut être réélu... François Legault peut encore sauver son legs politique, son règne et poursuivre son plan, mais il va devoir gouverner l’état du Québec, pas gérer la manufacture envers et contre ses ouvriers.
Les monopoles
Ce qui m’amène au Canadien. Long détour, mais vous allez voir...
En politique, les monopoles sont rarissimes et clairement dangereux. En sport professionnel les monopoles sont beaucoup moins rares, mais ne sont pas moins dangereux.
Dans le grand cercle de la Ligue nationale de hockey, il existe 32 «La-Z-boys» à la grande table des gouverneurs, 32 sièges ultra confortables et reluqués, 32 objets de convoitise et de grand prestige.
Tellement convoités et tellement prestigieux, ces sièges, qu’une fois qu’ils s’y assoient, c’est à se demander si certains ne s’en contentent pas en s’endormant d’aise et de joie, peu en importe le reste...
Les équipes de la Ligue nationale de hockey sont devenus des jouets de grand luxe. Ce ne sont plus des puits sans fonds de pertes financières pour lesquelles des communautés et des mécènes doivent se rallier et faire des dons en mode survie.
C’est un club sélect qui vient souvent avec des projets immobiliers d’envergure, des gestions d’amphithéâtres et de spectacles lucratifs et à grand déploiements. Ce sont des entreprises milliardaires avec ce que cela comporte, on dirait, pour certains d’en oublier l’essentiel : le club de hockey! Celui par qui le peuple rentre le fric pour faire tourner la roue des profits.
Le club de hockey, le peuple veut l’aimer et va l’aimer, surtout s’il gagne ! Ma question, ce soir, est donc, à monopole pour monopole, est-ce que le Canadien en oublie son public et la victoire autant que la CAQ en a oublié le peuple et son confort minimal?
Est-ce que le CH de Geoff Molson et France Margaret Bélanger sont à l‘instar de la CAQ de François Legault et Pierre Fitzgibbon? Des entreprises à profits sans égard à la fierté et au bien-être de ceux et celles pour qui ils existent?
Je ne connais pas la réponse à mes questions de ce soir, mais il me semblait louable de les poser, par exemple!!