Équipe Canada junior: un verdict raisonnable, mais qui renforce le mythe de la «victime parfaite», selon des experts
Les cinq hockeyeurs ont été acquittés jeudi au palais de justice de London


Camille Payant
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Même si l’acquittement des cinq joueurs d’Équipe Canada junior est un verdict raisonnable, selon des experts, il renforce le mythe de la «victime parfaite» dans les dossiers d’agressions sexuelles devant les tribunaux.
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«Est-ce que ça ne nous fait pas revenir en arrière par rapport à tout ce qu’on a essayé d’accomplir pour redonner confiance au système judiciaire?» se questionne la professeure de droit à l’UQAM Rachel Chagnon.
Tout comme d’autres spécialistes en la matière, elle n’a «pas été surprise» du verdict rendu jeudi au palais de justice de London parce que «la défense avait été très efficace à soulever les irrégularités dans le témoignage de la plaignante».
La juge Maria Carroccia a acquitté sur toute la ligne cinq joueurs de hockey accusés d’avoir agressé sexuellement une jeune femme dans une chambre d’hôtel en 2018.
Tour à tour, les avocats des accusés avaient contre-interrogé celle qu’on ne peut nommer que par les initiales E.M. L’exercice avait duré pas moins de sept jours. La juge a toutefois noté que ce long contre-interrogatoire était «entièrement approprié».
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Karima Brikh, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Long contre-interrogatoire
Selon l’avocat criminaliste Philippe Cloutier, «on n’a pas voulu davantage s’acharner sur la victime ici. C’est que tous les accusés ont droit à une défense et ont le droit de poser les questions qu’ils veulent».
Il s’agit toutefois d’un «exercice délicat», puisque «c’est facile d’intimider volontairement ou involontairement la victime», estime Me Simon Roy, professeur de droit à l’Université de Sherbrooke.
Les appréhensions et les craintes face à un procès criminel, dont le contre-interrogatoire et les allusions aux mensonges, font partie des raisons les plus évoquées par les victimes qui n’ont pas souhaité dénoncer leur agresseur, selon les recherches de la professeure au Département de psychoéducation et de psychologie de l’UQO Karine Baril.
Ton sévère
Rachel Chagnon a également trouvé «le ton de la juge à l’égard de la plaignante inutilement sévère».
«On sent le jugement sur l’attitude de la victime, sur son mode de vie, précise-t-elle. Ça n’envoie pas le message qu’on a cheminé par rapport au fait d’accepter que la victime n’a pas à être parfaite.»
«Ça a pour effet d’envoyer dans l’espace public un message blâmant les victimes d’agressions sexuelles qui remet en question leur crédibilité», poursuit Mme Baril.
Selon la porte-parole des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) Marie-Christine Villeneuve, ce verdict peut ainsi «décourager les personnes victimes ou ébranler leur confiance dans le processus judiciaire».
Mais elle tient à rappeler que de nombreuses avancées ont été faites en la matière au Québec et que «les choses changent [et] s’améliorent».
«Au Québec, on a peut-être une sensibilité et une bienveillance plus grande à l’égard des victimes qu’en Ontario», renchérit Mme Chagnon, dont les recherches se spécialisent dans les violences faites aux femmes.