Équipe Canada junior: un délai abject

Jean-Charles Lajoie
Partager
Soixante-sept mois ou, si vous préférez, cinq ans et sept mois. Voilà ce que ça aura pris avant que la police de London en vienne à la conclusion de convoquer cinq joueurs issus de la sélection 2018 d’Équipe Canada junior dans l’affaire alléguée de viol collectif envers une jeune femme dans un club de golf de London à l’été 2018 lors d’une levée de fonds de Hockey Canada.
Le délai est coupé presque de moitié si l’on considère le moment où la police de London a été saisie de cette scabreuse affaire, mais c’est quand même abject.
La victime a d’abord déposé une plainte, puis elle a obtenu une entente hors cour millionnaire. Une somme importante puisée à même un fond spécial de Hockey Canada destiné à étouffer dans l’œuf des histoires dégueulasses comme celle-ci.
Il a fallu l’excellence du travail journalistique des confrères de TSN pour que cet accord éclate au grand jour, levant le voile sur des pratiques récurrentes et immondes à Hockey Canada. Il a fallu la publication de cette histoire pour que l’opinion publique se soulève d’un bond, pour que des commanditaires importants larguent l’organisme, pour que les autorités gouvernementales joignent le mouvement et tentent de faire plier la puissante organisation, la pègre du hockey canadien, un organe d’obscurantisme qui s’appartient en entier et qui refuse toute reddition de comptes malgré les deniers publics qui lui permettent d’avancer.
L’un des effets, et je ne peux conclure qu’il est néfaste dans les circonstances, mais l’un des effets de ces coupures de subventions et commandites à Hockey Canada a possiblement été l’échec de la sélection canadienne au dernier Championnat mondial junior. Faute des budgets habituels, des camps de développement auraient écopé, privant les troupes canadiennes d’une préparation aussi adéquate qu’habituellement. Cette perspective a été émise à mon émission par l’excellent André Tourigny au retour du tournoi junior il y a quelques semaines.
Revenons à l’essentiel. Il en a donc fallu beaucoup pour que la police de London lance son enquête et pour que la Ligue nationale en fasse autant. Des enquêtes qui perdurent encore puisque les autorités policières de London ont convoqué pour des rencontres cinq joueurs membres de cette édition maculée à jamais d’Équipe Canada junior.
Aucune arrestation officielle. On permet aux joueurs un long délai afin de se présenter de leur propre chef aux autorités. Je précise aux cinq joueurs alors qu’ils étaient prétendument huit à l’origine lors du viol collectif. Pourquoi alors seulement cinq?
Donc des rencontres, puis peut-être, ça reste à voir, le dépôt de mises en accusations par le ministère public ontarien. Puis des procédures judiciaires qui vont finalement s’entamer... quand? Excellente question. À l’automne 2024? Pas avant 2025? Et les procès, s’ils ont lieu, vont s’étirer sur combien de temps?
S’ils ont à être reconnus coupables, les voyous vont l’être en quelle année? Au mieux en 2025? Au pire en 2028? Ça pourrait donc avoir pris 10 ans avant que des violeurs collectifs ne se retrouvent en prison suivant leur crime? Cinq à sept ans depuis la mise à jour de l’allégué crime? C’est insensé et inacceptable.
Quelle sera la suite?
Évidemment, ce qui est fait est fait et ce qui n’a pas été fait n’a pas été fait... Maintenant, quelle sera la suite? Où en est l’enquête de la LNH dont on nous promettait les conclusions l’été dernier?
La police de London parlera lundi prochain. Est-ce que la LNH va emboîter le pas ensuite avec des conclusions et des sanctions? Est-elle légitime de prendre ce risque? Et les équipes du circuit Bettman qui auraient depuis quelques saisons aligné d’éventuels mis en accusation dans cette affaire de viol collectif, est-ce qu’elles seront imputables? Si oui, de quoi exactement?
Si un directeur général a eu vent qu’un de ses joueurs faisait l’objet d’une enquête de la police de London dans une affaire de viol collectif et qu’il n’a pas agi envers le joueur en question, pour quelle raison ne l’a-t-il pas fait? Serait-ce parce que le contentieux légal de l’équipe lui a recommandé de ne rien faire? Imaginez qu’une équipe suspende un joueur avant qu’il ne soit convoqué par la police et qu’en bout de ligne le joueur soit innocenté... Vous avez une idée de ce qui en coûterait à l’équipe fautive?
Par contre, sur le plan moral, est-ce que c’est acceptable de faire avec, de fermer les yeux et d’attendre la suite des procédures légales? Est-ce que ça va passer dans l’opinion publique? À suivre...