Épidémie de gastro chez la Victoire: faut arrêter de nous prendre pour des épais


Patric Laprade
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Est-ce que la Ligue professionnelle de hockey féminin nous prend pour des caves ?
En annulant la partie numéro 5 entre la Victoire de Montréal et le Frost du Minnesota pour cause de gastroentérite, la LPHF vient solidement de l’échapper.
Dans son communiqué, la ligue mentionnait qu’elle annoncerait « une nouvelle date pour le match dès que les recommandations médicales le jugeront approprié. »
Ça a pris cinq heures. Cinq heures ! Et la ligue envoyait un autre communiqué, confirmant que la partie se jouerait mardi soir.
Comment peut-elle annuler une partie décisive en séries éliminatoires en justifiant la sécurité des joueuses relative à un virus, pour cinq heures plus tard, confirmer que ce match sera repris le lendemain ?
Êtes-vous sérieux ?
Qu’est-ce qui s’est passé pendant ces cinq heures ?
Les joueuses ont miraculeusement arrêté de visiter la toilette aux cinq minutes ?
Et tout ça pour cinq joueuses, toutes de la Victoire, alors qu’aucun cas n’a été relevé chez le Frost. Cinq joueuses, dont quatre qui auraient pu être remplacés.
En effet, selon ce que j’ai appris, les cinq joueuses en question sont les attaquantes Lina Ljungblom, Maureen Murphy et Skylar Irving, de même que les défenseuses Nicole Gosling et Kati Tabin.
Sauf que la Victoire pouvait compter sur les réservistes Maya Labad, Tamara Giaquinto et Nadia Mattivi, tout comme Jade Downie-Landry, qui ne devait pas jouer lundi soir.
En résumé, Montréal aurait donc pu jouer avec 12 attaquantes et six défenseuses.
À partir du moment que tu peux mettre une équipe sur la glace, tu joues.
Point final. Surtout en séries éliminatoires.
Voyons donc. Faut arrêter de nous prendre pour des épais.
Pas la grippe espagnole ou la COVID
J’ai parlé à plusieurs anciens joueurs de la LNH, à des journalistes qui ont des années d’expérience et personne n’arrive à se rappeler qu’un match de séries éliminatoires dans le hockey professionnel ait été reporté parce que cinq joueurs ont attrapé une gastro.
Personne.
En 1919, on avait annulé la finale de la coupe Stanley parce que la grippe espagnole était en train de tuer des millions et des millions de personnes. On est loin d’une gastro !
Évidemment, nul besoin de rappeler les événements de 2020 et 2021 avec la pandémie de COVID-19, qui n’a rien à voir avec la situation actuelle.
En février dernier, le match entre la Finlande et le Canada en hockey féminin aux Jeux olympiques a été reporté parce qu’au moins 13 Finlandaises avaient attrapé le norovirus (une forme de gastro).
Mais 13 joueuses, c’est plus que la moitié de ton équipe. C’est différent.
Et c’est justement quand on apprend le nombre de joueuses affectées que la LPHF perd toute sa crédibilité. La fédération finlandaise de hockey sur glace avait d’ailleurs mentionné que 13 joueuses étaient incommodées par le virus.
Du côté de la LPHF, on s’est gardé une petite gêne en ne mentionnant pas le nombre de joueuses atteintes.
Et je les comprends. C’est gênant !
Une chronologie gênante
Et si c’était seulement la seule chose de gênante.
Selon les informations que j’ai recueillies, la décision d’annuler le match s’est prise vers 15h15 lundi après-midi.
Vers 15h40, les réservistes, qui s’étaient fait dire le matin de se préparer à jouer, ont reçu le message comme quoi il n’y aurait finalement pas de match.
Toutefois, 15 minutes avant, vers les 15h25, je recevais le premier de nombreux messages me confirmant que la rencontre serait remise.
Si aux alentours de 16h je publiais la nouvelle sur les réseaux sociaux, la LPHF n’a partagé aux médias le communiqué officiel que vers 16h40, et a annoncé le tout sur ses réseaux sociaux que vers 16h50, soit plus de 90 minutes après que la décision ait été prise.
Qu’est-ce qui a bien pu prendre autant de temps ?
Est-ce qu’on a pensé aux partisans qui auraient pu rester à la maison au lieu de se taper le trafic montréalais pour rien ?
Est-ce qu’on a pensé aux amateurs qui partaient de Québec, Trois-Rivières ou Saint-Sauveur, qui n’auraient pas pris la route s’ils l’avaient su préalablement ?
Et ici, je blâme la ligue et non pas l’organisation de la Victoire. Comme c’est bien souvent le cas, la ligue devait l’annoncer en premier et tout le monde attendait son communiqué.
Est-ce que la LPHF elle-même était atteinte d’une gastro ?
J’ai pondu cette chronique en moins de temps que ça a pris à la ligue pour publier son communiqué.
Y a toujours ben des maudites limites !
Et pour compléter le tout, vers les 20h30, la ligue prenait sa décision de reporter le match au mardi.
Une facture salée
Tout cela n’arrive pas si la ligue n’a pas un propriétaire unique.
Je ne vois pas un scénario dans lequel l’équipe adverse accepte de payer une nuit de plus de chambres d’hôtel et d’allocations si l’équipe dans l’autre vestiaire peut jouer avec 18 patineuses et deux gardiennes.
Déclarez forfait sinon !
Mais avec un seul propriétaire, c’est la ligue qui a visiblement pris la décision.
J’ai lu plusieurs commentaires voulant que le Frost devait quand même avoir donné son accord. Avait-il vraiment le choix ?
Cela dit, j’évalue les pertes à plusieurs centaines de milliers de dollars.
On parle d’une trentaine de chambres d’hôtel pour une nuit supplémentaire, en plus de la nourriture pour les joueuses à l’aréna et des allocations.
Mais c’est beaucoup plus que ça.
Rendu à 15h15 pour un match dont les portes ouvrent deux heures plus tard, ce sont plusieurs sous-traitants qu’on va devoir payer quand même.
Toute l’équipe de production locale, les caméramans, techniciens et j’en passe. Toute l’équipe de Prime, incluant ses commentateurs et commentatrices. Savez-vous combien ça coûte garder un camion de production une journée de plus ?
Les employés de la Place Bell, du vendeur de popcorn aux agents de sécurité, en passant par les préposées aux loges et les vendeurs à la boutique souvenir.
J’ai longtemps travaillé dans le domaine des lois du travail. Des minimums trois heures, il va s’en payer. Et des contractants qui vont facturer la totale, même si en fin de compte aucun service n’a été donné, il va y en avoir.
Face à Minnesota...et aux Canadiens !
Et comme si ce n’était pas suffisant, la joute a été remise à ce soir.
Qu’est-ce qu’il y a ce soir ?
Match numéro 4 de la série Canadiens-Sabres au Centre Bell.
Non seulement le Centre Bell sera rempli, mais des milliers de partisans vont se retrouver devant l’amphithéâtre afin d’y célébrer les Caufield, Newhook et Dobes. Les restaurants et les bars seront eux aussi remplis, surtout que les ailes sont gratuites à la Cage aux Sports ! Et les autres vont arrêter de faire ce qu’ils font habituellement et écouter le match à la maison.
Rien contre la Victoire, mais le Canadien est dans une classe à part en termes de popularité ces temps-ci. Déjà que la Victoire n’est pas à guichets fermés en séries, imaginez devoir affronter le Canadien.
La semaine dernière, le Rocket a même déplacé son match décisif du vendredi au samedi pour ne pas être en même temps qu’un match du Canadien... à Buffalo !
On va peut-être annoncer une foule respectable pour le match de ce soir, mais je serais alors curieux de voir le nombre de personnes ayant franchi les tourniquets versus le nombre de billets vendus. Et les gens présents risquent de faire la même chose qu’au Rocket, c’est-à-dire regarder les Canadiens sur leur cellulaire en même temps.
Selon toute vraisemblance, la Place Bell était aussi libre mercredi. Tant qu’à annuler le match, pourquoi ne pas donner 24 heures de plus aux joueuses malades et s’éviter le Canadien ?
Mais je comprends que cette décision vient aussi avec plus de coûts.
Tout laisser sur la glace
15 avril 2023. Deuxième match de la série entre les Olympiques de Gatineau et les Huskies de Rouyn-Noranda dans la LHJMQ.
Quatre joueurs des Huskies ne peuvent participer au match, tous accablés par une gastroentérite.
Est-ce que le match a été remis ?
Absolument pas.
Rouyn-Noranda a plutôt fait appel à trois joueurs de 16 ans afin de prendre la place des joueurs malades. Un peu comme dans la LPHF, ces joueurs n’avaient presque pas joué de la saison avec les Huskies.
Un cinquième, le capitaine de l’équipe, était aussi malade, mais a quand même pris part au match. Il a tenu pendant deux périodes.
Après le match, son entraîneur le citait :
« Il nous a dit que ça lui prendrait deux jambes cassées pour ne pas jouer. Il a tout laissé sur la glace. »
Et vous savez quoi ? C’est ce dont j’aurais aimé vous parler ce matin.