ENTREVUE | Lee Pace en «monstre que l’on aime» dans le film «The Running Man»

Isabelle Hontebeyrie
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La nouvelle adaptation du roman dystopique de Richard Bachman (le pseudonyme de Stephen King), The Running Man, par le réalisateur Edgar Wright, se révèle être, selon Lee Pace, une œuvre fidèle à l’esthétique singulière de son auteur. L’acteur, qui incarne Evan McCone, confie en entrevue que l’occasion d’unir ses forces à celles du cinéaste était irrésistible.
Déjà portée à l’écran en 1987, avec un Arnold Schwarzenegger survolté dans le rôle de Ben Richards, l’œuvre est d’abord un roman de Stephen King, paru en 1982. Dans un futur proche et dystopique dans lequel les États-Unis sont une dictature, Ben Richards (Glen Powell), un homme désespéré, se porte volontaire pour participer à l’émission de téléréalité la plus regardée et la plus mortelle jamais conçue: The Running Man. Son objectif est de survivre pendant 30 jours à la traque impitoyable menée par les Chasseurs, dont l’impitoyable Evan McCone (Lee Pace), le principal exécuteur du jeu. Cette course contre la mort est transformée en divertissement, où la survie – et un milliard de nouveaux dollars – en est la récompense.

«Le ton du film, l’action, le rythme palpitant qui monte, monte et monte jusqu’à la fin — c’est ça, Edgar Wright, n’est-ce pas? Oui, je tenais absolument à participer au long métrage. C’est un film d’Edgar Wright, de bout en bout», nous dit Lee Pace lors d’une entrevue quelques semaines avant la sortie de Le jeu du défi (The Running Man en version originale).
La construction d’une énigme
Evan McCone, l’exécuteur masqué et cruel du jeu télévisé, a trouvé son point d’ancrage dans son habillement, comme le précise Lee Pace. «La première brique de construction, c’était le costume. J’adore les costumes. Et j’aime avoir la chance de me donner une apparence très différente. Et nous avons passé beaucoup de temps à développer le masque, à essayer de comprendre: “Porte-t-il des lunettes de soleil sur le masque? Non, oui.” Comme le manteau aussi, ce méchant manteau de cuir. Quand il s’habille d’une manière plus militariste, et quand il est tout de cuir vêtu, c’est ce que je trouve tellement cool».

L’acteur explique que son personnage a pour unique objectif d’être «mystérieux, d’essayer de séduire le public et d’être impossible à lire». Cette mystique est essentielle, car McCone est à l’aise dans l’horreur. Il est «nonchalant, et il est indifférent à l’idée d’assassiner ces gens en direct à la télévision de manière spectaculaire. Et il y a quelque chose de vraiment amusant là-dedans, en fait». Lee Pace assume sans détour l’inhumanité de son rôle. À la question de savoir s’il s’agit d’un monstre, il répond: «Il n’a aucune pitié. C’est un monstre, le meilleur genre... un monstre que l’on aime!»
Quant au masque lui-même, il est bien plus qu’un accessoire. C’est un outil d’interprétation qui oblige l’acteur à communiquer différemment. «Il n’y a pas de gros plan, ou le gros plan est très indéchiffrable parce que vous ne pouvez pas vraiment voir ce qui se passe, et la caméra voit tout. Vous, le public, projetez alors sur le visage ce que vous pensez qu’il pourrait penser, quelles pourraient être ses motivations». Et pour Lee Pace, cette dissimulation est intrinsèque à l’identité du personnage. «Le masque devient une partie de sa personnalité. C’est le visage qu’il montre au monde. Et je trouve que c’est intrigant. Cela devient l’énigme du personnage que vous, en tant qu’acteur, essayez d’éclaircir.»
Le cauchemar de Stephen King
La vision d’Edgar Wright est un autre pilier de la réussite du film. «Edgar a une idée très précise du ton qu’il veut que ce film ait. Et il est extraordinairement bon pour communiquer ce qu’il veut que ce ton soit, parce qu’il fait le film qu’il veut regarder.» Le réalisateur ne laisse rien au hasard, faisant preuve d’une préparation méticuleuse, comme l’explique Lee Pace en se remémorant son premier jour de tournage.

«Ma première journée... Nous avons tourné les plans de la publicité pour The Running Man que l’on voit dans le film... Il y a un gars qui court à travers une scierie et je lui tire dessus et il tombe dans la scie et se fait hacher. Et je regarde la caméra, et je me croise les bras en disant: “C’est ça le jeu.” J’adore un personnage avec un slogan!»
Quant à la dernière journée sur le plateau, elle a été mémorable. «Nous avons terminé avec le tout dernier plan de la bagarre finale, et je peux vous dire que c’était le plus éprouvant. C’était un coup de poing raté, puis Edgar a dit “Coupez, c’est dans la boîte!” C’était symbolique de finir par le coup le plus physique.»
Les scènes finales du combat entre Evan McCone et Ben Richards se déroulent dans un avion en vol, comme dans le roman. Il faut des semaines pour monter une séquence comme celle-là. Vous n’imaginez pas le plateau qu’ils ont construit pour ça! Ils ont construit l’avion en entier sur un support pivotant (gimbal). Ainsi, tout pouvait bouger. Le cockpit a été construit séparément afin qu’il puisse basculer et que la production puisse créer ces effets de gravité zéro où, pendant cette bagarre, McCone et Richards sont soulevés du sol», détaille-t-il.

Lee Pace tient aussi à insister sur la pertinence intemporelle de l’œuvre dystopique de Stephen King. Il rappelle que l’écrivain prophétique est «sensible, à cette époque, à une hostilité croissante en Amérique et aux manières violentes dont la technologie pourrait façonner notre société ».
«Il y a un plan où McCone se tient devant un drapeau américain déchiqueté, et c’est un moment fort, car cela rappelle que toute l’émission The Running Man, toute cette violence, est parrainée par ce qui est censé être l’incarnation de la liberté. C’est le commentaire le plus acéré du film: l’horreur sur fond de patriotisme détourné.
«Heureusement, nous ne vivons pas dans un monde où The Running Man existe, mais il fournit certainement matière à réflexion. Le film provoque des conversations sur les dangers de l’IA et des hypertrucages, et sur une population qui est à l’aise avec la violence.»
Le jeu du défi déboule dans les salles obscures de la province dès le 14 novembre.