Le geste qui a libéré La Zarra: on ne lui demandera plus de sonner comme Dua Lipa


Cédric Bélanger
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Malgré les critiques sévères de la presse française, La Zarra ne regrette pas son doigt d’honneur à la caméra en finale de l’Eurovision en 2023. Ce geste lui a permis de se libérer : plus personne ne lui dit quoi faire.
« Ça a été libérateur », confirme l’artiste québécoise d’origine maghrébine, qui sort trois ans plus tard son deuxième album Der Himmel (Le ciel, en allemand), cette fois sans le soutien du géant Universal.
Pour rappel : classée 16e du concours où elle représentait la France, La Zarra avait fait un toz, geste exprimant la déception dans la culture marocaine, mais qui a été perçu comme un doigt d’honneur et lui a valu l’opprobre des médias français.

Cette affaire est survenue dans un contexte où la chanteuse étouffait sous la tutelle d’Universal. À l’époque, l’équipe de Fatima-Zahra Hafdi, alias La Zarra, prenait toutes les décisions à sa place.
« On me disait souvent : il faut que ça sonne comme Dua Lipa, il faut que ça fasse Lady Gaga », raconte-t-elle, en citant la chanson Tu t’en iras, la dernière incluse sur l’album Traîtrise, paru en 2021.
« Le patron d’Universal France voulait une chanson pour la radio. Benny Adam [son partenaire musical] et moi avions cette mélodie qui traînait. Nous la leur avons envoyée. Ils la trouvaient super, mais ont demandé de changer les percussions parce qu’elles étaient trop compliquées pour les Français. »
Un non-sens, selon La Zarra. « Si tu ne laisses pas un artiste s’exprimer, tu ne pourras jamais avoir le meilleur de lui », estime-t-elle.
Elle ne voulait pas être une célébrité
Privée de sa liberté artistique, La Zarra se sentait emprisonnée et craignait même pour sa santé mentale. Elle reconnaît aujourd’hui qu’elle ne souhaitait pas vraiment la célébrité.

« Ça ne m’a jamais intéressée. C’est même anxiogène. Comme consommatrice de musique, je n’ai jamais idolâtré des artistes. Je n’ai jamais compris cet échange avec le public, ça me met mal à l’aise, mais c’est plus fort que moi, je dois faire de la musique, la partager et en vivre. C’est mon métier. »
La Zarra a toutefois compris qu’elle pouvait poursuivre sa carrière en tant qu’artiste indépendante. « J’ai réalisé que je n’étais pas obligée de suivre le parcours médiatique des maisons de disques où tu dois constamment apparaître sur les plateaux de télé et à la radio. Je ne suis pas obligée de faire des chansons pour la radio. Je ne suis pas obligée de faire des hits. »
Un titre insolent
Elle produit maintenant sa musique à 100 % et en possède tous les droits. « Je vais vivre mieux que quand j’étais en maison de disques. »
Sur Der Himmel, elle demeure fidèle à ses influences de la grande chanson française, tout en explorant la pop contemporaine, le flamenco, la bossa-nova. Elle est libre, au point de lancer comme extrait une chanson intitulée Fuck You, un titre qui n’a rien à voir avec la finale controversée de l’Eurovision.
« Il n’y a pas de haine derrière ça. C’est plutôt de l’insolence », explique-t-elle, en souriant.
Retour progressif en France
La Zarra donnera des concerts en France en 2026, épaulée par une nouvelle équipe qu’elle a constituée. Le retour sera graduel pour celle qui confesse ressentir un certain traumatisme vis-à-vis de son pays d’adoption.
« Je me sens le devoir d’y retourner parce que j’ai habité Paris pendant cinq ans. Ça fait partie de ma vie. On va commencer à flirter avec la scène en France, on a des dates en Suisse, c’est cool, mais je prends ça très relax. »
Son regard s’illumine cependant quand elle mentionne son intention de retourner rapidement en studio. « Je me sens hyper créative et je veux en profiter. Pour moi, la créativité, c’est comme un amour d’été. Il vient te voir et après, il va ailleurs. »
Der Himmel, de La Zarra, est sur le marché le 27 mars.