Association professionnelle des enseignants: travaillons ensemble pour valoriser notre profession

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À l’hiver 2020, le gouvernement lançait des consultations publiques sur la révision du programme d’études Éthique et culture religieuse (ECR). L’objectif avoué était d’aider le ministère de l’Éducation à identifier les éléments de formation importants pour répondre aux besoins des élèves et aux attentes de la société québécoise.
Récemment, le ministre de l’Éducation nous disait que cette consultation avait guidé la rédaction du nouveau programme, tout en prenant bien soin de préciser que « ce n’est pas parce qu’on a consulté sur des thèmes qu’ils ont tous été retenus ».
Les enseignants au cœur de la solution
Comme personne ne sait ce qui est ressorti de ces consultations « publiques » et que le rapport est introuvable, il est permis de s’interroger sur la manière dont les thèmes ont été choisis. Cela n’est pas sans nous rappeler les rendez-vous sur la réussite éducative tenus à huis-clos dont les recommandations n’ont jamais été dévoilées. Il faut s’inquiéter de l’existence d’une frontière très perméable entre la politique et le choix du contenu d’un programme. Force est de constater qu’il n’y a, en ce moment, personne pour défendre le maintien fondamental de cette frontière.
Le contenu d’un programme d’études ne devrait jamais être instrumentalisé à des fins politiques. Voilà ce qui est au cœur du débat qui devrait réellement nous intéresser.
Où est le corps enseignant lorsqu'on politise un cours ? Que peut-il y faire ? Comment diminuer l’influence politique en éducation ? À qui revient la responsabilité de la qualité des enjeux éducatifs et pédagogiques ? Devrait-on laisser des politiciens et des administrateurs décider unilatéralement des thèmes et des contenus à aborder dans un programme?
L’événement ECR constitue une énième preuve que les enseignantes et les enseignants du Québec doivent se doter d’une véritable association professionnelle afin d'être en contrôle - du moins en grande partie - sur ce qui se passe ou se passera sur le terrain du point de vue pédagogique.
S’exprimer d’une même et unique voix
Le 23 septembre dernier, dans le cadre de sa consultation intitulée Stratégie visant à valoriser, à attirer et à mobiliser le personnel scolaire, le ministère de l’Éducation a invité des associations disciplinaires en enseignement afin d’enrichir ses réflexions.
À cette occasion, à titre de porte-parole d’une équipe engagée qui travaille depuis l’automne 2020 à la création d’une association professionnelle, j’ai envoyé notre proposition* à une quinzaine d’associations disciplinaires et aussi au ministère de l’Éducation.
Afin de réfléchir, discuter et agir pour l'avenir de notre profession, nous avons alors invité nos collègues à se joindre à nous et nous avons aussi suggéré au ministère de l'Éducation de se montrer proactif dans ce dossier.
À la suite de quelques échanges avec certaines associations disciplinaires, nous savons que plusieurs sont sceptiques quant à la faisabilité et/ou à la pertinence de nous rassembler afin de créer notre association professionnelle. À ce sujet, nous croyons que l’Association québécoise des cadres scolaires (AQCS), avec sa structure composée de 11 commissions professionnelles, est un exemple patent qui nous démontre les multiples avantages d’unir notre voix.
L’expertise des associations disciplinaires se doit d’être bien vivante et utilisée lors des moments opportuns. Cela n'empêche pas un fait : il y a plus de ressemblances que de différences dans notre profession, peu importe la discipline. La plupart des enjeux liés à la professionnalisation s'adressent à tout le corps enseignant et ne sont pas spécifiques à une discipline. Il faut miser sur ce qui nous unit comme professionnel.
Un regroupement aurait un poids politique supérieur. La force du nombre permet d'obtenir un plus grand pouvoir décisionnel. Cela aurait aussi un effet important pour les disciplines qui regroupent moins de membres. Enfin, il est plutôt rare qu'une question sur l'enseignement d'une discipline fasse l'actualité. Habituellement, il est question de la profession et les sujets médiatisés font référence aux enseignants en général, sans égard à leur discipline. Bref, cette association professionnelle deviendrait une voix médiatique incontournable.
En ce moment, en éducation, les enseignantes et les enseignants sont les seuls et uniques professionnels à ne pas avoir une association ou un ordre.
Pourquoi ne pas créer notre propre association et gérer notre profession plutôt que de rester passif face aux décisions prises à notre endroit ? Pourquoi ne pas définir nos propres standards de qualité (par un référentiel d'éthique par exemple) ? Pourquoi ne pas créer une signature « enseignante » pour nos membres (un peu comme le « ing. » pour les ingénieurs ou le CPA pour les comptables) ?
Il est maintenant temps de travailler ensemble à la valorisation de notre profession. À prendre la place qui nous revient et à se gouverner nous-mêmes. À faire entendre notre voix pour qu’on nous écoute réellement.
Sylvain Dancause, CSS des Premières-Seigneuries
*Cosignataires du texte :
Sylvain Bérubé, CSS des Découvreurs
Sylvain Duclos, CSS des Navigateurs
Mathieu Mercier, CSS de Kamouraska-Rivière-du-Loup
Joanne Teasdale, enseignante à la retraite, CSS de Montréal, membre du CSÉ de 2010 à 2018 et du REBE sur l'évaluation de 2016 à 2018
Jonathan St-Pierre (alias Jonathan le Prof), CSS de Rouyn-Noranda
Luc Papineau, CSS des Affluents
Mélanie Langlais, CSS de Montréal
Nathalie Couzon, Collège Letendre
Véronique Payeur, Institut Secondaire Keranna de Trois-Rivières
Annie Julien, CSS des Hauts-Cantons
Carl Beaulieu, CSS des Premières-Seigneuries
Yannick Raymond, CSS de la Capitale
Marie-Claude Gauthier, Collège Jean-Eudes
Lauriane Blouin, CSS De La Jonquière
Nicholas Brown, École secondaire Mont-Saint-Sacrement
Julie Chandonnet, CSS de la Capitale
Pierre-Olivier Cloutier, École secondaire Mont-Saint-Sacrement
François Coulombe, CSS de Kamouraska-Rivière-du-Loup
Pierre Gagnon, CSS de Montréal
Olivier Langevin Gadbois, CSS de Kamouraska-Rivière-du-Loup
Hugo Laplante, CSS des Premières-Seigneuries
Dominic Martin, CSS des Premières-Seigneuries
Vincent Ouellet, CSS de Kamouraska-Rivière-du-Loup
Michel Roy, CSS des Premières-Seigneuries