Des centaines de nouveaux policiers à Montréal pour contrer la violence armée
Québec remet une enveloppe de 250 M$ sur 5 ans

Jonathan Tremblay
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La vague de violence par armes à feu qui perdure à Montréal pousse Québec à déclarer la guerre aux criminels en annonçant un investissement de 250 M$ sur 5 ans pour renforcer la présence policière dans la métropole.
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« C’est assez, cette violence ici, à Montréal », a lancé sans détour samedi Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique, en conférence de presse.
Les deux meurtres perpétrés en 30 minutes en plein jour sur l’île mardi dernier semblent avoir été la goutte qui a fait déborder le vase du gouvernement provincial. Annuellement, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) recevra donc 50 M$, dont 45 M$ iront au recrutement de nouveaux policiers.

En finançant une embauche sur deux au sein du corps policier, cet investissement devrait en théorie permettre l’ajout de 450 policiers supplémentaires en ses rangs.
« On le sent, le sentiment d’inquiétude des Montréalais. Le gouvernement comprend et les entend », a précisé la ministre, pour expliquer ce désir d’obtenir une présence accrue sur le territoire.
Pas tout de suite
Malgré cette annonce, il faudra du temps pour former et convaincre de nouvelles recrues d’intégrer le SPVM.
La vice-première ministre a aussi indiqué s’être entretenue avec l’École nationale de police du Québec afin qu’elle accueille 72 élèves de plus par an. Ils seront spécialement formés pour rejoindre le SPVM.
Sur le terrain, les premiers dividendes de cette annonce ne se remarqueront donc pas avant le printemps 2023.
Or, même si le message de Mme Guilbault s’est voulu convaincant à savoir que l’objectif devrait être atteint sans tenir compte des départs et des retraites, la mairesse de la Ville de Montréal a refusé de s’y engager, en période de questions.
Valérie Plante a d’ailleurs déjà dû se défendre d’avoir promis l’embauche de 250 policiers, en campagne électorale.
Une priorité
Bien qu’elle n’ait pas pu préciser samedi comment tout ce nouvel argent sera dépensé, la directrice par intérim du SPVM, Sophie Roy, a indiqué préparer une réponse claire aux groupes criminalisés qui frappent en toute impunité.
« Je le dis et je le répète, la lutte contre la violence armée, c’est la priorité absolue au SPVM, a-t-elle martelé. Des criminels maintenant n’hésitent pas à utiliser leur arme dans des lieux publics et nous ne tolérerons pas ces gestes. Je vous le dis. »
Par ailleurs, les cinq autres millions versés annuellement par le gouvernement serviront à l’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (EMMIS), visant à décharger les policiers d’enjeux psychosociaux.
La Ville de Montréal dégagera la même somme pour financer l’escouade.
Près de 200 M$ déjà investis
- Prévention: 58,9 M$
- Répression: 136,2 M$
- Développement des connaissances: 3,9 M$
La mairesse devra maintenant « livrer la marchandise »
L’initiative de Québec d’injecter des dizaines de millions de dollars pour l’embauche de policiers dans la métropole est saluée par des experts, mais ceux-ci demeurent sceptiques quant à la gestion de l’administration Plante.

« La part de Québec est faite. Je trouve bien l’investissement et le travail auprès de l’École », estime la criminologue Maria Mourani.
L’ex-enquêteur à la police de Montréal, André Gélinas, abonde aussi dans ce sens.
« Mais est-ce que l’administration Plante aura la capacité, la volonté de livrer la marchandise ? » se questionne-t-il. Selon Mme Mourani, il y a déjà raison d’en douter, alors que la mairesse a refusé de s’engager à ajouter les 450 policiers en 5 ans.
« Malgré l’argent, elle laisse la porte ouverte à l’échec », se désole Mme Mourani, aussi chroniqueuse au Journal.
Reddition de compte
La ministre de la Sécurité publique aurait cependant « quelque peu prévu le coup », croit la criminologue, en imposant une reddition de compte.
« Il n’y aura aucun chèque en blanc. Ça permet de ne pas donner l’argent n’importe comment, et d’obliger la mairesse à faire sa part », dit-elle.
Pour M. Gélinas, Valérie Plante devrait faire un mea culpa et opérer un « changement d’attitude » de la part de l’administration envers les policiers pour attirer des candidats.
« Il n’y a pas de mariage d’amour entre la police et elle. Elle a toléré des débats sur le définancement de la police, et maintenu des candidats anti-police comme Will Prosper. Ça, les policiers s’en souviennent », rappelle l’enquêteur retraité.
Un chef, et vite
Les spécialistes affirment qu’il devient aussi pressant de nommer un chef au SPVM, alors que la commandante Sophie Roy a toujours l’étiquette intérimaire.
« Quand tu es là par intérim, tu n’as pas la légitimité d’entreprendre des réformes », fait valoir M. Gélinas.
Selon eux, l’annonce de samedi a de quoi rassurer les Montréalais, mais à long terme uniquement. Dans l’immédiat, elle ne permet pas de rehausser le sentiment de sécurité face à la montée de la violence par arme à feu.
« On ne peut pas être contre la vertu, c’est une bonne nouvelle. Mais, comme citoyen, j’aurais un enthousiasme prudent », conclut M. Gélinas.
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