Pourquoi Emmanuel Auger a du mal à briser son image
Il est dans la série Bienveue à Kingston-Falls
Patrick Delisle-Crevier
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Actuellement au générique de la série Bienvenue à Kingston-Falls, où il campe un policier, le comédien se confie sur ce nouveau rôle. Il revient sur un parcours loin d’être linéaire : l’image du « bad boy » lui colle encore à la peau, le reléguant trop souvent aux rôles de prisonniers ou de figures menaçantes. Il parle aussi de la femme qui partage sa vie, de son quotidien en famille, et d’un rêve qui lui tient à cœur — décrocher un jour un grand rôle qui le sorte enfin de son « casting » habituel.
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Emmanuel, tu fais partie de la nouvelle série Bienvenue à Kingston-Falls. Que peux-tu nous en dire ?
Je suis heureux de faire partie de cette belle aventure de Bienvenue à Kingston-Falls. J’ai hâte que les gens puissent voir cette belle série et j’ai hâte moi-même de voir la suite, car à ce jour je n’ai vu que les deux premiers épisodes ! Comme je n’ai pas tourné dans toutes les intrigues, il me manque des bouts du casse-tête. Je n’ai donc pas lu la série au complet et je suis curieux de voir ce qui va se passer. Sinon, nous célébrons en ce moment le 15e anniversaire de notre belle émission HockeyQC, qui est diffusée à RDS. Au départ, nous visions une durée de 5 ans en espérant nous rendre à 10 ans, et nous voilà à 15 ans d’existence ! À part ça, je suis en postproduction pour le long métrage Romin, qui sortira en août. Ce film est réalisé par deux jeunes créateurs de talent, Jassen Charron et Anthony Dionne. Bref, le petit train-train quotidien va bien... Et quand je ne suis pas dans le métier, je suis sur un chantier de construction.
Qu’est-ce qui t’a amené à travailler sur les chantiers ?
Je travaille en construction depuis huit ou neuf ans, car c’est un secteur où l’emploi est stable. J’ai débuté grâce à mon ami et employeur Félix Ménard, avec qui je coanimais l’émission J’ai raté mes rénos !. C’est lui qui m’a proposé de rejoindre ses chantiers après quatre saisons. J’adore travailler de mes mains et, pour un comédien, c’est une excellente option quand le téléphone ne sonne pas. De plus, Félix m’accorde des horaires flexibles, alors je ne pourrais pas espérer mieux. Ça me permet aussi, comme comédien, de ne pas devoir accepter tout qu’on m’offre. Je peux être plus sélectif dans mes choix, car ce n’est pas alimentaire.
Est-ce une petite leçon d’humilité, le fait que des gens te reconnaissent sur un chantier ?
Des fois, oui, les gens se demandent ce que le comédien qu’ils voient à l’écran fait sur un chantier de construction — surtout à cause du rôle de Phaneuf, dans District 31, qui m’a permis d’être beaucoup plus reconnu. Mais avec l’âge, l’humilité, tu mets ça de côté. La plupart du temps, les gens sont très contents de me voir sur leur chantier. Ils pensent souvent que la compagnie m’appartient et, comme mon visage est connu grâce à la télé, Félix et moi leur inspirons confiance. J’ai trois enfants et ma blonde en a un ; je dois donc travailler pour faire vivre correctement ma famille.
Bien gagner sa vie comme comédien est-il plus difficile que tu l’avais imaginé ?
C’est certain que le comédien en moi ne sera jamais complètement rassasié et je vais être comédien jusqu’à ma mort. J’espère tourner encore à 80 ans. Même quand la vie nous amène à faire autre chose, on reste toujours comédien dans l’âme et, oui, je ne te cache pas que j’aimerais travailler plus dans mon domaine et décrocher plus de rôles. Mais, en vieillissant, on est aussi un peu plus sage et on met les choses en perspective. Je n’ai pas à me plaindre, je gagne bien ma vie avec mes deux métiers, ma famille est en santé et je suis heureux. J’ai longtemps attendu en vain des opportunités, traversant des périodes de chômage et d’endettement difficiles, tout en refusant fièrement d’exercer un autre métier que comédien. J’ai trop attendu avant de faire le saut en construction et, par moments, j’ai été financièrement au bord du gouffre. Ce que je donne comme conseil maintenant aux jeunes comédiens c’est de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, de se donner le droit et la liberté d’avoir un plan B et de ne pas en avoir honte.
As-tu l’impression que tu as été cantonné à un seul type de rôle et que cela t’a nui ?
Après Histoire de pen, on m’a tellement associé à mon personnage de mauvais garçon qu’on m’a refusé à de nombreuses auditions, notamment pour la série Temps durs. On ne voulait pas me recevoir parce que j’étais trop identifié à ce type de personnage. J’étais prisonnier de mon image. Longtemps, j’ai été le détenu de service... Les choses ont changé des années plus tard, quand j’ai obtenu le rôle de Phaneuf dans District 31. C’était un personnage différent, mais là encore, à la fin de la série, on m’a refusé des rôles parce qu’on ne voulait pas d’un Christian Phaneuf dans un nouveau projet. C’était frustrant, parce que j’ai étudié quatre ans dans une école de théâtre pour être capable de jouer différents types de personnages, et finalement je n’en ai pas eu la chance.
As-tu essayé de briser cette image-là ?
J’aurais aimé ça, mais ce n’est malheureusement pas moi qui décide. J’aimerais qu’on pense à moi pour jouer un avocat ou un professeur. Engagé depuis 25 ans dans la déficience intellectuelle, l’autisme et la trisomie, j’ai cofondé Action Autisme avec ma sœur, et mon rôle de rêve serait d’incarner un adulte autiste ou déficient intellectuel. J’aimerais vraiment jouer des personnages différents. Quand Robin (Aubert) m’a appelé pour jouer le personnage du détective Goyette, j’ai été très content, car ça me sortait de ce que je joue habituellement. C’est un « Roger-Bontemps », un bonhomme crédible qui a de l’expérience. C’est le chef de police de son village... Même chose pour le personnage de policier masochiste et misogyne dans Doute raisonnable ou pour celui de policier dans Dumas. Ça me fait du bien de m’éloigner du bum de service, de jouer un bon gars, un détective, mais c’est difficile de briser une image qui colle à la peau.
Tu es entouré de plusieurs enfants : trois de ton côté, un du côté de ta conjointe, et vous avez été famille d’accueil... Ça bouge, dans cette maison !
Oui, je dis tout le temps, quand je termine une journée de tournage ou de construction, que j’embarque sur mon deuxième quart quand j’arrive à la maison. C’est mon rôle de papa. J’ai des adolescents et c’est beaucoup de gestion, mais sincèrement, mes enfants vont bien et je suis très fier d’eux. Ma grande fille a 29 ans et vient de s’acheter un duplex avec son chum, elle tente d’avoir un enfant et elle est heureuse. Mon plus vieux fils a eu 18 ans et ma fille vient d’avoir 13 ans ; Gabriel, le fils de ma blonde, vient d’avoir 14 ans. J’ai une belle famille, mes enfants ne sont pas compliqués et je n’ai pas à m’en faire, car ils sont sages et ne sortent pas tard dans les bars. Ils se tiennent dans le sous-sol chez nous et je suis loin de m’en plaindre ! Ils se font des soirées hockey et ça me rend heureux.
On se connaît depuis plusieurs années et tu m’as présenté quelques-unes de tes copines. Or cette fois-ci tu sembles avoir rencontré la bonne, n’est-ce pas ?
Carolyn est la femme de ma vie. Nous sommes ensemble depuis sept ans et nous venons d’acheter la maison de Bois-des-Filion où mes enfants sont nés et ont toujours vécu. Mes parents habitent à côté, ce qui me rassure, car ils sont vieillissants. On est une famille tissée très serrée.
Tu as été famille d’accueil pour Matéo, qui fait partie de la famille. Parle-moi de cette expérience...
Matéo est arrivé ans nos vies alors qu’il était l’ami de notre fils Malik. Il est arrivé une situation malencontreuse où il s’est retrouvé hospitalisé, et la DPJ nous a appelés car il avait besoin d’un endroit où habiter. Nous n’avions que quelques heures pour prendre une décision, sinon il s’en allait en famille d’accueil. Ç’a été oui et cette aventure a duré quatre ans. Aujourd’hui, Matéo vole de ses propres ailes et fait toujours partie de la famille. Il vient régulièrement à la maison.
De quoi seront faits tes prochains mois ?
Je vais passer une grande partie de l’été à célébrer les 15 ans de HockeyQC en allant rencontrer les gens qui font notre hockey, ici, chez nous. Je vais aussi passer beaucoup de temps sur les chantiers de construction — et j’espère que le téléphone sonnera pour un beau rôle !