Éducation: mais pourquoi voudrait-on travailler pour l’État?

Stéphane Rostin-Magnin, Président par intérim du Syndicat du personnel de soutien scolaire des Découvreurs.
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Le manque de main-d’œuvre se fait sentir partout. Il est d’autant plus préjudiciable dans le secteur public qui assure des services essentiels.
Et si cette pénurie était plutôt un déficit de bonnes conditions de travail? Vous savez, celles qui attirent les employés compétents et leur donnent envie de rester.
nous intéresse.
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Les employeurs de choix l’ont compris. Au-delà des salaires, ils offrent à leur personnel toutes sortes d’incitatifs qui, le moment venu, les dissuaderont d’aller voir ailleurs. Qu’on parle de congés pour se ressourcer, d’un service de télémédecine offert, d’assurances collectives compétitives (parce que l’employeur y contribue) ou simplement de marques de respect, d’écoute et de reconnaissance: plusieurs entreprises ont compris que le personnel n’est pas une dépense, mais un investissement.
Régime de retraite et sécurité d’emploi
Dans le secteur public: rien ou presque. «Vous comprenez, c’est l’argent des contribuables». Reste que, si tout le monde quitte le navire, il y a fort à parier que les payeurs d’impôts n’en auront pas pour leur argent.
Alors, pourquoi venir travailler pour l’État? Et pourquoi rester?
On parle parfois du régime de retraite comme étant le dernier incitatif pour venir travailler dans le public. Malheureusement, le gouvernement ne souhaite pas le bonifier. Toutefois, c’est effectivement un de nos meilleurs atouts. Je serais curieux de savoir combien parmi nous restent uniquement à cause de ce dernier. C’est quand même dommage que le principal attrait de notre travail en soit un dont nous bénéficierons quand nous aurons terminé de travailler.
La protection salariale qui offre une sécurité d’emploi est aussi un argument, mais elle n’est accessible qu’aux employés permanents à temps plein. Il faut parfois attendre plusieurs années avant d’y avoir accès. Certains ont le temps de se tanner et ce n’est pas comme si les autres emplois manquaient.
Il faut plus que la passion
Hormis ces deux éléments, pour le personnel de soutien scolaire que je représente: il reste la passion. C’est satisfaisant pour le concierge d’offrir aux enfants un lieu de vie propre. Le technicien informatique trouve gratifiant de dépanner une enseignante qui pourra bien faire son travail grâce à lui. La secrétaire d’école donne un sens à ses journées en mettant son expertise au service du personnel et des élèves. La technicienne en travaux pratiques sait que par son travail elle donne le goût du savoir aux jeunes. Je pourrais continuer longtemps...
Malheureusement, cette passion ne paye pas le loyer, d’autant que la charge de travail lui enlève sa saveur. Après s’être serré la ceinture, il faudra quand même qu’il reste la dignité.
Valoriser le personnel de soutien scolaire et les autres professions du service public n’est pas une folle dépense. C’est un juste investissement de l’argent que les Québécois confient au gouvernement.
Il ne faudrait pas que de jeunes passionnés, soucieux de servir le public, voient leurs espoirs usés par ce système qui manque parfois d’humanité. Ils s’en iraient ou feraient du quiet quitting, démission silencieuse qui consiste à faire seulement le minimum.
Si on chiffrait ce que coûte un travailleur qui quitte pour le privé avec son bagage et sa formation. Si on calculait ce que coûtent les épuisements professionnels dus au tarissement des passions: on aurait le vertige.
Pourquoi ne pas investir en amont dans les conditions de travail, dans des incitatifs salariaux ou des conditions attrayantes? D’ici là, un changement de culture est peut-être nécessaire. Certaines marques de reconnaissance ne coûtent rien ou presque, mais elles peuvent faire la différence.

Stéphane Rostin-Magnin, Président par intérim du Syndicat du personnel de soutien scolaire des Découvreurs.