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Du Venezuela au Groenland, Trump refait le monde à sa manière: ce qu'en pensent les dirigeants

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AFP

2026-01-23T16:24:08Z

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Du Venezuela au Groenland en passant par le projet de «Conseil de paix», Donald Trump façonne un nouveau monde, un âge d'empires et de contraintes. L'AFP a demandé leurs perceptions à plusieurs dirigeants qui voient l'ordre ancien se dérober sous leurs pieds.

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Brésil, Philippines, Colombie, Taiwan, Allemagne..., en entretien ou en confidence, ces ministres, conseillers, parlementaires et militaires livrent leur vision des menaces que fait peser sur leur pays cette instabilité.

«Nous traversons un moment de transition très difficile vers un nouvel ordre qui devra émerger à un moment où à un autre. Mais ces périodes de transition entraînent parfois de terribles conséquences», dit à l'AFP Celso Amorim, le premier conseiller du président Lula du Brésil.

Observant le monde d'hier, ses règles et ses usages, «»tout le monde est simplement contraint de dire que le roi est nu«», glisse un diplomate philippin sous couvert d'anonymat.

«Auparavant, nous pensions qu'il existait des lois et des règles internationales», rappelle Weng Hsiao-ling, une députée du parti d'opposition taiwanais Kuomintang.

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- Tyrannie de la géographie -

Mais si tout le monde s'accorde sur le constat, les conséquences à tirer diffèrent selon que l'on est sur le continent américain, sphère d'influence revendiquée de Donald Trump; en Europe, ancienne tête de pont américaine en Eurasie à la frontière de la Russie; ou en Asie du Sud, confronté aux appétits de la Chine.

Comment va se positionner le géant brésilien, puissance émergente, membre du club des Brics, mais situé dans le périmètre de la doctrine Monroe 2.0 de Washington? En s'accrochant à l'existant, répond M. Amorim: «Construire sur ce qui a déjà été fait: l'accord commercial UE-Mercosur, continuer d'avoir de bonnes relations avec la Chine, l'Inde, les Brics, mais aussi les États-Unis. Soyons clairs, nous voulons vraiment conserver de bonnes relations avec Washington, mais basées sur le respect mutuel».

Une recherche d'équilibre et de mise à distance de l'hegemon américain qui risque d'être délicate à trouver pour de nombreux pays du continent, comme le Mexique, pays frontalier et régulièrement menacé par le tempétueux président américain.

Les États-Unis «pensent que le Mexique s'alignera automatiquement sur l'empire nord-américain. Je ne crois pas que ce soit aussi simple», dit Ricardo Monreal, chef des députés du parti au pouvoir, Morena.

Bien sûr, «notre marge de manoeuvre est très limitée», reconnaît-il, «car notre dépendance est forte et notre proximité inévitable», mais le «avec 110 à 120 millions d'habitants, le Mexique peut constituer un bloc économique à même de résister au traitement de subordonné que veulent lui imposer les Etats-Unis».

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- L'espoir de protection -

De l'Ukraine à la mer de Chine méridionale, les puissances impériales eurasiatiques, Chine et Russie, n'ont pas attendu Donald Trump pour essayer de s'étendre, mais pourraient se sentir encouragées par les actions américaines. Les pays potentiellement menacés, eux, veulent se croire encore protégés.

A Taïwan, dont la survie sous sa forme politique actuelle dépend largement de l'aide de Washington, le député Wang Ting-yu, du parti présidentiel DPP, espère que la démonstration de force de la capture au Venezuela de Nicolas Maduro incitera les régimes autoritaires «à réfléchir à deux fois avant de lancer une invasion ou une guerre». «Ce sera une bonne chose pour Taïwan».

Pour autant, «nous devons être prudents, car la Chine tirera des leçons de ce genre d'opération» et pourrait tenter de s'en inspirer, admet-il.

Même son de cloches aux Philippines, où l'on mise sur la dépendance américaine au flux commerciaux mondialisés.

«L'avenir économique des États-Unis repose en grande partie sur la région indo-pacifique, notamment l'ASEAN et les Philippines. Si le Groenland est crucial pour leur sécurité nationale, l'Indo-Pacifique est vital pour leur sécurité économique», glisse le diplomate philippin.

«Je ne dis pas que cela (les actions de Donald Trump, ndlr) ne préoccupe personne, mais il existe un certain confort, et nous espérons avoir raison», dit-il.

Observateur de la situation en mer de Chine méridionale, théâtre de la volonté d'expansion chinoise, le contre-amiral philippin Roy Vincent Trinidad est conforté dans cette vision rassurante: «La réalité sur le terrain est qu'il y a eu un renforcement et une intensification des effectifs, non seulement des forces américaines, mais aussi des forces alliées».

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- Monde «darwinien» -

En Europe, qui a vécu durant des décennies protégées des Soviétiques par la puissance américaine, et qui, selon de nombreuses théories des relations internationales, reste indispensable à Washington du fait de sa situation géographique de porte d'entrée de l'Eurasie, «on est complètement tétanisés», se désole un très haut gradé sous couvert d'anonymat.

«On tend à sur-rationaliser, on cherche des théories, le passage à l'action est difficile», dit-il. «Or, le monde est redevenu très darwinien. Ce n'est pas l'intelligence qui prime, c'est la vitesse d'adaptation» à cette nouvelle réalité.

L'objectif partagé «doit être de maintenir les États-Unis liés à l'Europe aussi longtemps que possible», dit à l'AFP Armin Laschet, président de la commission des Affaires étrangères du parlement allemand.

Quitte à aller jusqu'à appeler Donald Trump «papa», comme l'assume le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte.

Dans cette reconfiguration, que faire des outils de l'ordre multilatéral, comme l'ONU, paralysée depuis des années ?

Après la capture de Nicolas Maduro, «j'ai été surpris de voir des diplomates au Conseil de sécurité des Nations Unies, à la Communauté des États latino-américains et caribéens et à l'Organisation des États américains ne pas réagir, ne pas dire : +C'est extrêmement grave+», dit le vice-ministre des Affaires étrangères colombien Mauricio Jaramillo.

«L'ONU est très limitée» et paralysée, relève M. Amorim, mais pour M. Laschet, «il n'existe toutefois aucune alternative» à cette institution née en 1945.

Après la Première Guerre mondiale, «on a créé la Société des Nations. Cela s'est avéré insuffisant. Il a fallu une Seconde Guerre mondiale pour que l'ONU voie le jour», rappelle M. Amorim. «Mais aujourd'hui, la grande différence, c'est que les pays possèdent des armes atomiques capables de tout détruire. Il nous faut donc agir sans tarder».

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