Il a eu la meilleure vue du match de séries du CH contre Washington: du CHU Sainte-Justine à gardien d’urgence dans la LNH
Patrick Chèvrefils a dû enfiler les jambières en l’absence de Samuel Montembeault, qui a dû quitter le match des séries vendredi

Rodger Brulotte
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Cela fait maintenant près de 50 ans que je visite les jeunes au CHU Sainte-Justine, avec les joueurs des Expos, Youppi ! et maintenant avec les joueurs du Canadien. Dernièrement, je me promenais sur la passerelle de presse du Canadien quand un homme d’une trentaine d’années s’approche de moi pour me saluer.
[NDLR: Ce reportage a initialement été publié le 21 décembre 2024]
Au bout de quelques instants, il me dit qu’il est policier à LaSalle, mais ce soir, il était au match à titre de gardien d’urgence dans la LNH. Ce n’est pas pour ça qu’il m’a interpellé. Patrick Chèvrefils voulait me remercier, car lorsqu’il était hospitalisé au CHU Sainte-Justine, j’avais pris le temps de réconforter ses parents. Quant à lui, ce jour-là, il rencontrait l’un de ses deux héros d’enfance, Larry Walker, et tous deux portaient le numéro 33, l’autre était Patrick Roy. Comment un simple bonjour peut-il laisser sa marque sur un jeune garçon et sa famille ?
Tout d’abord, qu’est-ce que le rôle d’un gardien d’urgence dans la LNH ?
J’assiste aux matchs du Canadien à domicile et la première chose que je fais à mon arrivée, c’est de me diriger au vestiaire du club visiteur pour déposer mon sac d’équipement. Ni vu ni connu, mais je suis prêt si jamais un des deux gardiens de but se blesse.
Tu es natif de Châteauguay.
Ma sœur, Nathalie, et moi avons été choyés de pouvoir compter sur nos parents, Diane et Normand, qui nous ont permis de vivre nos rêves de jeunesse, qui étaient très dispendieux. Ma sœur suivait des cours de ballet à l’École des ballets canadiens tandis que moi, j’étais un gardien de but.
Quelle est l’influence de tes parents ?
Ma mère était institutrice et elle m’a motivé à toujours donner le meilleur de moi-même, quel que soit mon choix. Une demi-mesure ou tenter de trouver une sortie facile pour réussir n’étaient pas des solutions pour elle.
Ton père était un gardien de but.
Sans aucun doute, il a exercé une influence sur ma vie de hockeyeur, car je voulais devenir un gardien de but dans ma jeunesse. Il m’a accompagné jusqu’à mes 18 ans tous les mois pour mon bilan de santé ou mes traitements sans jamais se plaindre. Le trajet de Châteauguay au CHU Sainte-Justine n’était pas un trajet routinier, surtout en hiver.
La résilience a fait partie de ta jeunesse.
Le tout a commencé avec une mononucléose et, par la suite, j’ai eu de sévères problèmes d’asthme, tellement que j’avais à la maison un compresseur d’inhalateur, sans oublier les pompes de corticostéroïdes qui diminuent l’inflammation des bronches. Depuis l’âge de 14 ans, je n’ai plus besoin d’utiliser ces pompes, mais j’en ai toujours à la maison.
Tu t’es réveillé sous le regard de Larry Walker.
À l’âge de 5 ans, je venais de subir une ablation des amygdales. Lorsque je me suis réveillé dans ma chambre, j’avais devant moi Larry Walker, qui est devenu mon idole, et Youppi ! et toi. C’est un moment que je n’ai jamais oublié et c’est pourquoi je voulais te remercier d’avoir été présent.
Un instant, tu as été un lutteur.
J’étais à l’emploi du SPVM tout comme je le suis aujourd’hui depuis maintenant 15 ans. Quand j’ai appris que l’un des meilleurs lutteurs au monde, Kevin Owens, s’entraînait au Torcher Chambers, je me suis inscrit. Pendant sept ans, je luttais dans différentes villes du Québec tout en étant un policier du SPVM.
Comment gères-tu tes journées ?
J’ai simplement tout coordonné autour de mon horaire de policier. Je n’ai jamais pris une journée de maladie pour pratiquer mes autres activités, cependant mes vacances et mes congés me permettent de les réaliser.
Tu as été gérant de groupes chez McDonald’s.
J’ai travaillé durant sept ans chez McDonald’s, et lors des dernières années, j’étais gérant de groupes. Je n’ai jamais eu à travailler ailleurs. Je fréquentais le cégep Maisonneuve en techniques policières et je voyageais avec ma BMW, c’est-à-dire Bus-Métro-Walk. À l’occasion, je m’endormais et je manquais ma sortie à Pie-IX.
Le décès de ton père t’a beaucoup affecté.
Je suis en train d’effectuer une intervention policière à l’hôpital. Mon cellulaire sonne et, pour une rare fois, c’est mon père qui me téléphone. « Chico, c’est ton père, je suis très triste de te dire que mon cancer est en train de s’aggraver. Les médecins m’ont avisé que j’étais en phase terminale de ma vie. »
Guillaume Latendresse t’a donné ta chance.
J’avais noué une relation amicale avec lui et un jour, il a dû faire de la rééducation et s’est entraîné à l’aréna de Candiac. Je lui ai fait comprendre que s’il avait besoin d’un gardien de but, je serais disponible.
Tu as partagé le filet avec Carey Price.
Lors du dernier conflit des joueurs avec la LNH, j’avais été invité à me joindre aux entraînements des joueurs. Parmi les gardiens de but, il y avait Carey Price, Marc-André Fleury et Corey Crawford.
À deux occasions, tu as rempli le rôle de gardien d’urgence.
Une fois, j’ai demeuré dans le vestiaire des Blue Jackets, mais j’ai vécu une expérience inoubliable avec les Panthers. Je me suis joint à l’équipe comme gardien auxiliaire à cause d’une blessure de l’un de leurs gardiens de but.
Matthew Tkachuk t’a attrapé par le cou pour te ramener dans le vestiaire des joueurs.
Je suis ébloui, car je suis assis dans le vestiaire et j’assiste à la réunion de l’entraîneur, et après le match, ils m’ont serré la main pour me remercier. Sans jamais en avoir fait la demande, les Panthers m’ont décerné le numéro 50, le même que mon père a toujours porté. J’aurais aimé qu’il puisse vivre ce moment.
Tu vas épouser Alexandra dans les prochains mois.
J’ai beaucoup de chance de l’avoir dans ma vie. Elle me permet de vivre mon rêve et, surtout, nous essayons de réaliser notre rêve commun d’avoir un enfant.