Doutes sur la sincérité des excuses aux Italo-Canadiens
Des historiens accusent le gouvernement Trudeau d’électoralisme

Raphaël Pirro
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Électoralisme ou réelle réparation ? Les excuses officielles que prévoit offrir Justin Trudeau le 27 mai prochain aux Italo-Canadiens qui les réclament de longue date sont de la poudre aux yeux, selon certains historiens.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, un peu plus de 600 Italo-Canadiens ont été internés « pour la simple raison qu’ils étaient d’origine italienne », a affirmé en Chambre le député libéral Angelo Iacono le mois dernier.
Cette version des faits est une « fable » aux yeux de l’historien Roberto Perin, coéditeur d’un livre paru en 2000 sur le sujet et élaboré avec deux collègues de l’Université de Toronto.
« Ce qui est absent de toute cette histoire d’excuses [...], c’est le fait qu’il y avait des vrais fascistes au sein de la communauté italienne de Montréal, de Toronto et de Vancouver », mentionne M. Perin.
Le gouvernement de Mussolini propageait activement l’idéologie fasciste un peu partout où se trouvaient des émigrés d’Italie. Le Canada n’y avait pas échappé.
Malgré les révélations qu’il contient, le livre Ennemies Within (Ennemis de l’intérieur) a été accueilli dans un « silence absolu », de l’aveu de Roberto Perin.
« C’était comme si on n’existait pas. »
Ses thèses ont cependant refait surface deux décennies plus tard dans un texte d’opinion paru récemment dans le Globe and Mail et rédigé par un journaliste et historien de l’Université de Carleton, Michael Petrou.
Dans le même panier
« C’est tout simplement faux de dire qu’ils ont été internés simplement parce qu’ils étaient Italiens », croit M. Petrou.
Ministre fédéral de la Justice
Ce dernier suggère que ces excuses, offertes à l’ensemble des Italo-Canadiens, ont pour effet de mettre dans le même panier « les nombreux Italiens qui ont combattu cette idéologie haineuse avec les très rares qui l’ont soutenue ».
Le ministre fédéral de la Justice David Lametti est le premier descendant d’immigrants italiens à occuper la fonction. Il ne nie pas que certains des internés étaient « impliqués dans des associations de travail » liées de près ou de loin au fascisme, mais il a ses réserves.
« Ce n’est pas la même chose que de dire que c’étaient des fascistes qui travaillaient pour le gouvernement d’Italie. C’est complètement, complètement faux », estime le ministre, qui juge « injuste » cette lecture des faits.
David Lametti rappelle que les internés n’ont pas été arrêtés en lien avec des accusations spécifiques et n’ont eu droit à aucun procès en bonne et due forme.
Ni Roberto Perin ni Michael Petrou ne nient qu’un certain nombre d’internés étaient innocents.
Il reste que pour M. Perin, les excuses offertes en grande pompe ont une communauté entière pour l’internement de 600 personnes, « pour la simple raison qu’ils étaient d’origine italienne », relève de l’« électoralisme ».
Excuses pour tous, sauf pour la crise d’Octobre
En près de six ans au pouvoir, Justin Trudeau a livré des excuses à plus d’une reprise, mais une exception saute aux yeux : en 2020, le premier ministre s’est refusé à offrir des excuses aux 500 Québécois arrêtés lors de la crise d’Octobre, survenue 50 ans plus tôt.
À ce moment, c’est son père Pierre Elliott, qui dirigeant le pays et avait activement participé à l’élaboration de ces arrestations.
L’an dernier, François Legault avait déclaré « qu’il devrait y avoir des excuses » pour les près de 500 personnes emprisonnées et des dizaines de milliers qui ont fait l’objet d’une perquisition abusive en raison de leur allégeance politique.
Autochtones déracinés
Premier ministre
En 2015, Justin Trudeau a offert des excuses au nom de l’État fédéral aux peuples autochtones pour les pensionnats « indiens » : plus de 150 000 enfants ont été arrachés à leur famille de 1880 à 1996.
L’ancien premier ministre Stephen Harper avait offert de pareilles excuses en 2008.
En 2017, Justin Trudeau présentait ses excuses aux personnes de la communauté LGBTQ qui avaient été exclues du marché du travail et intimidées en raison de leur orientation sexuelle.
Deux ans plus tard, en 2019, le premier ministre a offert ses excuses à plus de 900 juifs originaires d’Allemagne dont l’entrée au pays a été refusée pendant la Seconde Guerre mondiale, dont au moins 254 ont trouvé la mort dans des camps de concentration.
Excuses officielles
La même année, Justin Trudeau a présenté des excuses officielles au peuple inuit à Iqaluit pour la mauvaise gestion du gouvernement fédéral de la crise de la tuberculose dans les décennies 1940, 1950 et 1960.
Toujours en 2019, le premier ministre du Canada a présenté des excuses officielles pour le renvoi en 1914 du bateau Komagata Maru, sur lequel se trouvaient des centaines de migrants indiens.
Les 376 passagers du navire, parti de Hong Kong, ont été refoulés et 19 sont morts lors d’une confrontation en mer. Stephen Harper avait offert des excuses non officielles à la même communauté en 2018.