Douche froide sur le Centre Bell


Patric Laprade
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Ce fut un match historique. L’ambiance était en feu. Mais Toronto a jeté une douche froide sur le Centre Bell, lorsque Sarah Nurse a marqué son deuxième but de la rencontre en prolongation.
On ne peut pas toujours avoir une fin de match épique comme l’équipe de Montréal a donné à ses partisans jeudi dernier à l’Auditorium de Verdun. Mais je dois avouer que si Montréal avait remporté le match, le toit du Centre Bell aurait explosé!
Cependant, de façon plus terre à terre, je ne suis pas certain que Montréal méritait la victoire. Son début de match n’a pas été le meilleur de la saison, peut-être à cause des ovations que les joueuses ont reçues lors de la présentation de l’alignement partant. On avait de la difficulté à compléter des passes sur la palette, il y avait un manque de cohésion et on avait de la difficulté à s’imposer.
«Je n’ai pas senti que l’équipe était nerveuse en début de match, a mentionné l’entraîneuse-cheffe Kori Cheverie après la rencontre. On a parlé de garder les choses simples en début de match question d’apprivoiser le bruit qu’il était pour y avoir dans l’aréna. Juste beaucoup de communication et des choses qu’on pouvait contrôler et je pense que notre équipe a bien réussies à faire ça.»
Visiblement, Cheverie a décidé de regarder le verre à moitié plein. Dans les faits, la troupe de Cheverie n’a jamais eu les devants dans ce match. Pire, elle a joué du hockey de rattrapage pendant deux périodes. Elle a peut-être mené au chapitre des tirs au but en première période et à la fin de la rencontre, mais ce n’est pas le rendu qu’on avait sur la glace. Toronto a inscrit le premier but en mi-chemin en première avant que Sarah Bujold égalise avec 29 secondes à faire. Puis, Sarah Nurse a marqué son premier du match à 40 secondes du début du deuxième vingt, avant qu’on ait droit à un copier-coller de la première période, alors que Montréal a nivelé la marque avec un but d’Erin Ambrose avec 26 secondes cette fois-ci.
L’équipe a eu une belle opportunité en fin de troisième afin de répéter ses exploits des deux premiers engagements, lorsque Jocelyne Larocque a été punie avec un peu moins de trois minutes à faire, mais l’avantage numérique n’a pas été en mesure de capitaliser.
«Il y a beaucoup de positif à retenir de cette partie, a tout de même affirmé Cheverie. On pense vraiment que c’était différent de toutes les autres fois qu’on a affronté Toronto. On a été capables de créer plus d’opportunités de marquer, on a été capables de les arrêter, on a été capable de produire sur l’avantage numérique. Comme entraîneuse, je suis très fière de l’équipe et de l’effort qu’elles ont mis. C’est un autre tremplin vers les séries éliminatoires et pour être prêtes pour celles-ci.»
Je ne sais pas qui a fait le choix des trois étoiles de la partie, mais je ne suis pas en accord avec le choix de la troisième étoile, Ann-Renée Desbiens. Je n’ai pas trouvé que ça avait été le meilleur match de la gardienne de Montréal cette saison. Elle a accordé deux buts sur les neuf premiers tirs qu’elle a reçus. Elle a aussi accordé un but sur son premier tir en deuxième et sur le premier et seul tir qu’elle a reçu en prolongation.
Une troisième étoile douteuse
Je m’explique mal que la troisième étoile ait été accordée à la gardienne Ann-Renée Desbiens, parce qu’en plus de ce que je viens de décrire, elle n’a pas été la meilleure joueuse de son équipe. C’est Mikyla Grant-Mentis qui a été la meilleure joueuse de Montréal. Elle semblait être partout, elle a eu cinq lancers et deux autres bloqués, plus un retentissant poteau.
«Elle a eu toute une partie, a confirmé Cheverie. Elle bloquait des lancers, elle générait de l’attaque, elle trouvait de l’espace sur la patinoire et c’est ce genre de match qu’on savait qu’elle pouvait jouer. Elle nous a donné de beaux moments dans la partie, elle a fait prendre deux punitions à l’équipe adverse. À la dernière partie, elle avait pris deux punitions elle-même et on a eu une brève discussion à ce sujet avec elle et là, elle a fait le contraire, et c’est phénoménal! J’ai vraiment aimé son match!»
Du côté de Desbiens, elle aimerait certainement revoir le premier but de Toronto. Le deuxième était un tir dévié et sur le but gagnant, Nurse a tout simplement eu un tir presque parfait. N’en reste que Desbiens a accordé deux buts à ses neuf premiers tirs. Elle a aussi accordé un but sur le premier lancer dirigé contre elle en deuxième période et en prolongation.
D’ailleurs, parmi les gardiennes de but numéro un, ou disons celles qui ont joué le plus de matchs pour leur équipe respective, Desbiens se classe cinquième sur six pour le taux d’efficacité. Curieusement, sa partenaire avec Équipe Canada, Emerance Maschmeyer, est dernière à ce chapitre avec Ottawa. À Montréal, Elaine Chuli, qui a joué six matchs de moins que Desbiens, a de meilleures statistiques. Sa moyenne de buts alloués est de 1,63 comparativement à 2,23 pour Desbiens, alors que son taux d’efficacité est à 0,949 contre 0,919.
Marie-Philip Poulin, un tsunami d’amour!
Marie-Philip Poulin est une vedette. Une grande vedette. L’ovation que Marie-Philip Poulin a reçue lors de la présentation de l’alignement partant était digne des plus grands athlètes de l’histoire du Québec, hommes comme femmes. Peu de joueurs des Canadiens reçoivent ce type d’ovation. C’était fort, intense, ce n’était pas une vague, mais bien un tsunami d’amour envers la capitaine de l’équipe. Montréal et à LPHF peuvent se compter chanceuses de l’avoir.
«L’ovation a rentré. Ça m’a donné des frissons et je suis devenue émotionnelle. Je trouvais que la caméra était sur moi trop longtemps!» a mentionné une Poulin, un peu mal à l’aise de tout cet amour des partisans et qui cherchait les bons mots pour décrire ce qu’elle avait vécu.
Des joueurs des Canadiens y étaient
L’ambiance était difficile à battre au Centre Bell. Certains avançaient que les partisans criaient plus fort que lors d’un match des Canadiens. Je crois plutôt que les cris étaient différents. On l’a bien entendu lorsqu’au tableau indicateur, on a fait crier la foule par catégorie : section du haut, section du bas, les gens de Montréal, les enfants, les hommes et les femmes, une excellente idée saluée par quelques confrères. Non seulement c’était à se demander si les femmes n’étaient pas plus nombreuses, mais en plus, lorsque celles-ci se sont mises à s’époumoner, c’est l’un des bruits les plus forts que j’ai entendus au Centre Bell.
«C’est un moment que je n’oublierai jamais, a dit Cheverie. À certaines occasions, mes oreilles me faisaient mal ce qui n’arrive jamais!»
Parlant d’ambiance, entre l’équipe de DJ, composée de Vincent Aubry, le DJ des Canadiens, DJ Montana, celle qui met de l’ambiance aux matchs réguliers de l’équipe et dont toute la ligue a entendu parler, de même que DJ Max Pelletier, l’animatrice de foule Maude Lanteigne, les jeux entre les périodes, les animations durant les pauses publicitaires, l’équipe de Christine Montpetit a encore une fois livré la marchandise.
Même certains joueurs des Canadiens étaient présents au match. En effet, Jordan Harris, David Savard, Kirby Dach, Alex Newhook, Jack Evans, Michael Pezzetta et Mike Matheson étaient au Centre Bell afin d’encourager Marie-Philip Poulin et ses coéquipières.
Foule record
Après avoir rempli à deux occasions la Place Bell avec plus de 10 000 spectateurs, les amateurs de la grande région métropolitaine n’ont pas déçu alors qu’on a annoncé une foule de 21 105 spectateurs au Centre Bell hier après-midi. Il s’agit d’un record mondial pour le hockey féminin.
Et si vous avez vu des sièges vides durant le match, vous pouvez blâmer les revendeurs. Le match était bel et bien à guichet fermé.
«C’est dur de mettre en mots, a dit Poulin après le match. On a parlé de remplir cet aréna-là et on l’a fait. C’est dur de trouver les adjectifs. C’est incroyable. C’est un rêve devenu réalité!»
Cette foule bat celle de 19 285 pour un autre match entre Toronto et Montréal, le 16 février dernier au Scotiabank Arena. Il s’agit donc d’un autre record d’assistance pour la LPHF en cette saison inaugurale. Le 2 janvier, 8318 personnes étaient à Ottawa, établissant, à ce moment-là, un record pour un match de hockey féminin professionnel. Quatre jours plus tard, ce record était déjà battu alors que 13 316 partisans se sont présentés au Xcel Energy Center à St-Paul, dans l’état du Minnesota.
Toutefois, ce n’est pas la première fois que du hockey féminin est joué au Centre Bell. D’ailleurs, le 10 décembre 2016, une partie de la défunte CWHL entre les Canadiennes de Montréal et l’Inferno de Calgary avait attiré 5938 amateurs, un record pour un match de hockey féminin professionnel en Amérique du Nord. C’est ce record qui a été battu à Ottawa en janvier dernier. Les Canadiennes avaient remporté le match 1 à 0 grâce à un but de Marie-Philip Poulin.
La dernière fois qu’un match de hockey féminin avait eu lieu au domicile des Canadiens était le 12 novembre 2017. Les Canadiennes avaient affronté le Red Star de Kunlun.
Les séries à la Place Bell
Bien que rien n’ait encore été annoncé par la ligue ou l’équipe, selon les informations que j’ai obtenues, les matchs locaux en séries éliminatoires de l’équipe de Montréal seront tous joués à la Place Bell de Laval. D’ailleurs, l’élimination du Rocket de la Ligue américaine de hockey vient faciliter le tout, car la LPHF sera la seule locataire hockey de l’aréna pour les semaines à venir.
La Place Bell est le bon choix. Si l’équipe fait les séries, il y aura un engouement à Montréal, surtout que l’équipe serait la seule des trois équipes professionnelles de hockey du Grand Montréal à participer au tournoi printanier.
Tu ne veux donc pas faire ça dans un aréna de 3000 places. L’équipe a démontré qu’elle pouvait remplir la Place Bell, ce qu’elle a fait à ses deux derniers matchs à Laval avec plus de 10 000 spectateurs les deux fois.
Parlant des séries, Montréal n’a besoin que d’une victoire en temps régulier afin de s’assurer d’une place dans le tournoi éliminatoire.
«Il reste trois matchs à la saison, trois matchs très importants, a mentionné Poulin. On va prendre un petit moment de repos et on va revenir au travail.»
Des Québécoises absentes
J’ai eu une pensée pour trois Québécoises qui n’ont pu prendre part au match. Du côté de Montréal, Ann-Sophie Bettez, de Sept-Îles, a été placée sur la liste des blessées à long terme. Elle n’a pas joué depuis le 10 mars dernier. Il y a aussi Mélodie Daoust, de Valleyfield, qui, à cause de son statut de joueuse de réserve, ne peut faire partie de l’équipe sauf si une joueuse se blesse. Et puisqu’elle ne s’était pas mise disponible pour le repêchage, voulant demeurer au Québec durant la saison régulière à cause de sa situation familiale, elle ne peut signer à un contrat régulier.
Du côté de Toronto, la Sherbrookoise Maude Poulin-Labelle a tout simplement été laissée de côté par l’entraîneur Troy Ryan. C’est le deuxième match de suite sur la galerie de presse pour celle qui a joué 11 matchs cette saison. Par contre, Bettez et Daoust ont déjà joué au Centre Bell. Ça aurait été le premier pour Poulin-Labelle.