Agressé sur la patinoire: un officiel est devenu meilleur après avoir été attaqué par un joueur de hockey
L'adolescent a appris à gérer les caractères bouillants sur une patinoire.


Mylène Richard
Partager
Un adolescent de l'Estrie a appris à la dure à composer avec les joueurs, spectateurs et entraîneurs agressifs, et se félicite de ne pas avoir abandonné l'arbitrage après avoir été victime d'une agression sur la glace.
«Je peux mieux gérer les joueurs quand ils sont fâchés. Je sais maintenant quels mots utiliser ou pas, et quelle attitude avoir. Il ne faut pas embarquer dans leur attitude arrogante, il faut rester neutre et souvent, ils se calment seuls», souligne Charles-Antoine Tremblay, du haut de ses 16 ans.
En mars 2022, il était juge de lignes lors d’un match du midget B à Coaticook, son premier pour cette catégorie.
En fin de rencontre, un joueur de 16 ans a été expulsé et le jeune officiel avait la responsabilité de l’escorter à l’extérieur de la patinoire.
Sur une vidéo qui avait fait le tour du web, on voit Charles-Antoine aller chercher le fautif au banc des siens, lui indiquant la porte de sortie. Les deux discutent et le hockeyeur ne veut pas quitter la patinoire, se retournant en direction de l’officiel, qui recule tout en lui demandant de se diriger vers son vestiaire.
La gardienne de but de l’équipe du joueur s’interpose et retient son coéquipier, le guidant vers la porte.
Charles-Antoine s’avance et c’est à ce moment que le sportif se rue sur lui, le projette sur la bande et le frappe. Ses collèges les ont alors séparés et Charles-Antoine s’est ensuite éloigné vers le centre de la surface glacée.
«Aujourd’hui, quand j’y repense, c’est vrai qu’il n’aurait pas dû me frapper, mais j’ai aussi mes torts avec mes propos. Sans dire que j’ai mis de l’huile sur le feu, parce qu’il était déjà fâché, je lui ai peut-être donné l’étincelle dont il avait besoin pour péter les plombs en lui disant de “décâlisser”, admet Charles-Antoine, qui n’avait pas été blessé gravement sur la séquence. Maintenant, quand j’arbitre, je n’utilise plus ces mots-là.»
Le hockeyeur a été suspendu jusqu’à ses 21 ans par Hockey Québec.
Comme un accident d’auto
Le père de Charles-Antoine, Dominique Tremblay, devait être d’office pour ce fameux match, mais on lui avait demandé de laisser sa place à son fils afin de le former pour ce calibre. Les parents de Charles-Antoine l’ont épaulé et lui ont laissé le temps de réfléchir à son avenir.
«Ça n’a pas été très long; une semaine plus tard, il est retourné arbitrer dans une ligue de garage. C’était comme reprendre le volant après un accident d’auto», explique M. Tremblay.

Même si l’adolescent a été ébranlé par l’événement, la décision a été facile à prendre, pour celui qui évolue avec les Harfangs de Sherbrooke M17 AAA.
«J’aime le hockey. Quand je ne joue pas, j’arbitre, alors je suis souvent sur la glace. Et c’est de l’argent facile, car je suis payé pour faire quelque chose que j’aime. Je me suis dit que ça ne servait à rien de tout lâcher à cause d’une situation qui ne se reproduira probablement jamais.»
La fraternité
À l’époque, Charles-Antoine avait eu un aperçu de la fraternité qui règne chez les officiels. Il avait reçu le soutien de son association, de sa région et de Hockey Québec.
Il avait également été invité à patiner avec des arbitres de la Ligue de hockey junior majeur du Québec avant un match du Phœnix de Sherbrooke; il avait reçu un chandail autographié par des arbitres de la Ligue nationale et avait pu discuter avec Justin St-Pierre et Stéphane Auger, qui ont fait leur marque dans la LNH.
