Violence envers les arbitres: un jeune officiel frappé par un parent à l'aide d'un poteau
Il souhaite des sanctions plus sévères pour les fautifs, allant même jusqu'à des peines de prison


Mylène Richard
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Un jeune arbitre au football qui a été frappé au visage par un parent en colère aimerait que les sanctions pour la violence envers les officiels soient beaucoup plus sévères.
Juge de lignes à la Coupe Nike, un tournoi pour les moins de 16 ans à Montréal l’automne dernier, William Dallaire, 18 ans, avait la responsabilité des chaîneurs, des parents bénévoles qui indiquaient avec un poteau l’avancement du jeu.
Avec environ une minute à faire dans une rencontre intense, l’un d’entre eux a critiqué le travail des arbitres, l’équipe de son fils se faisant «varloper».
- Écoutez l’entrevue de Stéphane Auger, ancien arbitre de hockey au micro de Jean-François Baril via QUB radio :
Le jeune officiel de Lévis a tenté de calmer le jeu, mais l’homme a persisté, lâchant des jurons à l’endroit de William.
«Il a pris le poteau des essais et il m’a frappé sur le côté du visage, relate-t-il. Je ne l’ai jamais vu venir. Sur le coup, j’ai voulu me venger, mais un de mes collègues m’a arrêté. À la fin de la partie, je me suis effondré, j’avais mal, ma joue était rouge, et j’ai pleuré.»
Bien que le parent ait été suspendu immédiatement par Football Québec, William aimerait que les sanctions soient plus sévères.
«Je n’ai pas de séquelle, la scène n’a pas été filmée, donc ce n’est pas une priorité pour la police. Mais ça demeure un voie de fait. J’aimerais qu’il fasse de la prison pour faire passer le message que ça ne se fait pas. Sinon, être au moins suspendu de tous événements sportifs pour au moins 10 ans, jusqu’à ce que son enfant ait fini de jouer au football, serait une conséquence acceptable», souhaite celui qui n’a pas porté plainte après l’agression.
La particularité du football, c’est qu’il peut y avoir jusqu’à 50 joueurs par équipe. Donc l’augmentation de nombre d’athlètes ne veut pas nécessairement dire qu’il y a plus de formations ou plus de matchs. Football Québec n’a donc pas officiellement besoin de plus d’arbitres. Toutefois, la tendance est inquiétante, sans être alarmante comme c’est le cas avec d’autres sports.
Perte de temps
William avoue avoir l’impression de perdre du temps à remplir des rapports d’incidents lorsque quelqu’un s’en prend verbalement ou physiquement à un officiel et que le fautif écope de seulement un match de suspension.
Bien qu’il ait le physique de l’emploi et un moral de fer face aux insultes qui «font partie du show» selon lui, il comprend parfaitement que d’autres peuvent se décourager.
«C’est sûr à 100% que ça rebute des jeunes arbitres. Un officiel de 14-15 ans qui a du potentiel, s’il n’a pas le caractère pour endurer ça, malheureusement, il va quitter», soutient-il.

Plus difficile au baseball
Parmi tous les sports qu’il a officié, comme le hockey et la ringuette, William soutient que c’est au baseball que le travail d’arbitre est le plus difficile.
«La zone des prises, c’est 98% du jugement. On regarde les balles descendre à 70-75 milles à l’heure avec nos yeux, et il faut essayer de juger où elle a passé, sans reprise vidéo! Sur les sentiers, il faut juger s’il y a eu de l’obstruction aussi.»
Jacob Gauthier, qui arbitre au hockey et au baseball, abonde dans le même sens.
«Au hockey, un hors-jeu demeure un hors-jeu. Au baseball, les règles changent selon les calibres. Avec ou sans lanceur, le nombre d’élans, les vols de buts ou pas, la chandelle intérieure, la feinte irrégulière, etc. On demande donc aux nouveaux arbitres d’apprendre pratiquement un nouveau sport.»
«Aussi, au baseball, tu es à trois pieds des spectateurs qui pensent tous avoir une meilleure vision du jeu», ajoute le jeune homme de 22 ans.

Selon les catégories, les entraîneurs ont accès au terrain et peuvent aller dire leur façon de penser à l’arbitre sur le terrain.
«Ça n’apporte rien, car l’appel de l’arbitre a déjà été fait et souvent, ça se termine avec une expulsion», renchérit William.
«Ça faisait peur»
À ses débuts, Jacob a rapidement expérimenté ce genre de situation lors d’un tournoi moustique (moins de 11 ans) à Saint-Constant.
Lui et son collègue, qui étaient à peine plus âgés que les joueurs, ont commis une erreur et un entraîneur a quitté l’abri des joueurs pour les enguirlander.

«Il a même poussé mon partenaire. J’ai figé, je ne savais pas comment réagir. Le directeur du tournoi et le superviseur des arbitres sont entrés sur le terrain et ils ont géré la situation, parce qu’on était complètement dépassé face à un adulte beaucoup plus imposant que nous. C’était impressionnant, ça faisait peur.»
Cet événement a mis fin à la carrière du partenaire de Jacob. Ce dernier n’a pas douté et il a poursuivi l’arbitrage. Il a même recroisé cet entraîneur récemment sur un terrain après avoir purgé une longue suspension.
«C’est mon père, avec qui j’arbitre, qui l’a reconnu. Il avait complètement changé, avec une meilleure attitude. Moi aussi j’ai changé, j’ai pris de l’expérience, je me suis fait une carapace», soutient Jacob.