Frappé à la tête par un joueur, cet ancien arbitre de la MLS porterait plainte à la police aujourd'hui
Certaines agressions sur des terrains sportifs ont fini devant les tribunaux


Mylène Richard
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Dans les dernières années, les tribunaux ont puni sévèrement des attaques contre des officiels, une approche bien différente de ce qui se faisait il y a une vingtaine d’années, comme l’a constaté un ancien arbitre de soccer, frappé à la tête par un joueur.
«Ça m’a toujours marqué, parce que le premier réflexe de la police avait été de dire que c’était arrivé dans le cadre d’une activité sportive supervisée par une fédération et que c’était plus vers elle que je devais me tourner. En même temps, c’est quelqu’un qui a frappé quelqu’un d’autre», expose Richard Gamache.
Insatisfait après une décision, un jeune d’environ 16 ou 17 ans, évoluant dans un calibre élite AAA, s’était rué sur M. Gamache, avant de lui asséner un coup de poing à la tête.
Influencé par les policiers à l’époque, le résident de Québec de 43 ans n’avait pas déposé de plainte officielle contre le joueur, lequel avait été suspendu au moins deux ans par Soccer Québec.
«Avec le recul, je suis convaincu que si ça s’était reproduit, c’est évident que j’aurais porté plainte à la police. Et c’est ce que j’explique aux jeunes arbitres. Ce n’est pas parce que ça survient durant un sport que ça met de côté les voies de fait, le Code civil et le Code criminel. Aujourd’hui, c’est mieux encadré», ajoute celui qui supervise les nouveaux dans la profession.
Un exemple au Québec
Des juges ont effectivement donné raison à M. Gamache au fil des ans. Ce fut notamment le cas en 2019, quand un hockeyeur a été condamné à payer une amende de 500$, assortie d’une probation de 12 mois et d’un dossier criminel. L’homme, âgé de 45 ans à l’époque, avait plaidé coupable de voie de fait simple après avoir asséné un coup de poing au visage d’un arbitre lors d’un tournoi amateur sur la Côte-Nord, mettant fin à la carrière de l’officiel.
Chez les professionnels, si les agressions contre les officiels sont rares, les amateurs se souviendront des attaques sauvages et par-derrière de Todd Bertuzzi sur Steve Moore et de Marty McSorley sur le Québécois Donald Brashear au début des années 2000. Les deux agresseurs ont été condamnés au criminel, sans toutefois aller en prison. Poursuivi également au civil, Bertuzzi avait conclu une entente hors cours.
«J’ai-tu vraiment besoin de ça dans ma vie?»
Richard Gamache, qui a également déjà été escorté par la police à la fin d’une autre partie par crainte de représailles de la part de parents, d’entraîneurs et de joueurs, se rappelle qu’il s’était remis en question après l’incident de 2003.
«J’ai-tu vraiment besoin de ça dans ma vie? C’est quoi, le plaisir de faire ça? Pourquoi mettre ma sécurité en jeu? s’était demandé à l’époque le jeune Richard, plus ébranlé mentalement que physiquement. J’étais plus fragile lors des matchs suivants. Mais l’arbitrage m’a beaucoup plus apporté dans ma vie que les incidents isolés.»
Celui qui a persévéré jusqu’à œuvrer au sein de la Major League Soccer entre 2014 et 2020 est aujourd’hui plus sensible aux propos injurieux des spectateurs. Lorsqu’il était responsable des officiels à Saint-Hyacinthe, il a dû faire appel à la police pour intervenir ou sécuriser les matchs lors de tournois, durant lesquels l’émotion est à son comble.
«Depuis que j’encadre des arbitres, on dirait que ça vient me chercher encore plus. Je suis dans les estrades, je vois les parents, j’entends les commentaires. Il y a une culture qui se poursuit et c’est dur à détricoter, observe M. Gamache. Ça ne fait pas partie de la game, même si tout le monde le dit. Ce n’est pas normal d’accepter de faire crier des insultes blessantes et dévalorisantes. On se fait dire très tôt qu’on doit se faire une carapace, mais ce n’est pas censé être comme ça.»