Crier après les arbitres, «ça fait partie de la game»
Ce mythe folklorique tend à se dissiper, mais il est toujours bien présent


Mylène Richard
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Crier et chialer contre un arbitre, «ça fait partie de la game, ça fait partie du show». C’est une phrase trop souvent entendue dans les arénas ou aux abords des terrains sportifs pour excuser les comportements déplacés.
Lysanne Patry en sait quelque chose. L’ancienne officielle, qui a atteint le midget espoir et la défunte Ligue canadienne de hockey féminin, se souvient d’un match en particulier durant lequel un entraîneur l’avait critiquée tout le long de la rencontre.
«Je l’avais croisé dans le corridor et il m’avait dit : “belle game ref [«referee», «arbitre» en français]”. Je lui avais demandé: “pourquoi tu me cries après alors? ” Sa réponse: “Ah ben, ça fait partie de la game!” Bien sûr, le spectacle!» s’étonne, encore aujourd’hui, Mme Patry.
Sauver ses doigts
Elle a également vécu de la violence physique quand un joueur junior AA l’a projetée sur la glace.
«Il y avait une bataille dans le coin, j’essayais d’intervenir. Il est arrivé dernière moi et m’a jetée par terre en me prenant de dos. Je n’ai rien vu venir. Tu te relèves assez vite pour ne pas te faire couper un doigt», raconte celle qui a aussi vu un père en colère descendre des estrades en se dirigeant vers elle.
«Je ne sais pas s’il m’aurait frappé, mais quelqu’un s’est interposé...»

Propos sexistes
La plupart des officielles ont déjà eu droit au très éloquent «retourne à tes chaudrons».
«Étrangement, c’est une femme qui m’avait dit ça!» lance Mme Patry, qui a longtemps arbitré au hockey dans les régions de Québec et de Montréal.
Ce genre d’insultes misogynes existent toujours aujourd’hui. Bien que peu fréquents, ces commentaires frappent toujours l’imaginaire.
Lors des derniers Championnats provinciaux, en avril, une jeune officielle s’est fait invectiver par des parents qui avaient consommé de l’alcool dans le stationnement de l’aréna avant une rencontre M13 AAA.
«Les commentaires qu’on a entendus n’avaient pas leur place, assure Stéphane Carbonneau, arbitre en chef de la région Richelieu. Ils n’ont pas arrêté de chialer, de dire qu’elle devait retourner à ses chaudrons, qu’elle n’avait pas d’affaire à arbitrer des gars. C’était assez ordinaire. Si elle est là, aux Championnats provinciaux, c’est qu’elle a été sélectionnée, les formateurs ne l’ont pas placée là pour rien. C’est plate, mais c’est une minorité qui fait passer tout le monde pour des sans-dessein.»