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Dopage, arbitrage, joueurs frustrés: un US Open sur fond de polémique et de contestation

Félix Auger-Aliassime discute avec l'arbitre avec, à ses côtés au filet, Jack Draper, lors de ce match de quart de finale à Cincinnati, le 16 août, qui s'est conclu dans une polémique qui pourrait laisser des traces.
Félix Auger-Aliassime discute avec l'arbitre avec, à ses côtés au filet, Jack Draper, lors de ce match de quart de finale à Cincinnati, le 16 août, qui s'est conclu dans une polémique qui pourrait laisser des traces. Photo Getty Images via AFP
Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2024-08-23T23:00:00Z

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NEW YORK | Chez les joueurs de tennis, la grogne est palpable depuis quelques semaines. L'arbitrage, avec ses lacunes et ses zones grises, est décrié par les athlètes. Ils sont nombreux à utiliser les réseaux sociaux afin de se faire les porte-voix de situations qu'ils jugent injustes.

Mais alors que le «vol» dont a été victime Félix Auger-Aliassime dans son match de quart de finale à Cincinnati était sur toutes les lèvres – Novak Djokovic a d'ailleurs qualifié la situation «d'embarrassante» sur X –, voilà qu'un autre scandale a ébranlé la planète tennis à une semaine des Internationaux des États-Unis. Les deux contrôles positifs pour dopage du numéro 1 mondial, Jannik Sinner. 

L'Italien a été blanchi par l'Agence internationale pour l'intégrité du tennis, l'ITIA. Mais certains de ses collègues, eux, ne se sont pas gênés pour dénoncer le processus qui a mené à cette absolution quasi totale, comme vous pourrez le lire plus bas. 

New York peut être une fournaise quand les meilleures raquettes au monde s'y affrontent pour le dernier titre majeur de la saison. Cette année, la météo s'annonce plus douce. C'est surtout hors du terrain qu'il fera chaud. 

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Voici les raisons pour lesquelles la tension est aussi grande et également, l'autre grande énigme à suivre durant la prochaine quinzaine. 

Dopage, processus, et deux poids, deux mesures 

Jannik Sinner est un numéro 1 mondial beige. Sa puissance spectaculaire peut faire courir les foules, mais hors du terrain, il est loin d'avoir le charisme d'un Djokovic, d'un Nadal, d'un Federer ou d'un Alcaraz.

Photo Agence QMI, Joël Lemay
Photo Agence QMI, Joël Lemay

Ce qui ne pouvait toutefois être remis en doute, jusqu'à cette semaine, c'était son professionnalisme. C'est pourquoi la nouvelle de ses deux contrôles positifs au clostébol, à Indian Wells (en mars), puis dans les semaines suivantes, avait de quoi laisser sans mot. 

Les autres joueurs, eux, n'entendaient cependant pas demeurer muets. Même si l'argumentaire de son clan semble plausible: le champion du dernier Open d'Australie a été victime d'une contamination croisée à cette substance anabolisante qui n'est pas produite naturellement par le corps humain. Et que les traces trouvées dans son organisme sont infimes. Pas suffisantes, selon l'avis d'experts, pour avoir amélioré ses performances sportives. 

S'il avait été reconnu coupable, Sinner aurait pu être banni du circuit pendant quatre ans. Pris en quantité suffisante, le clostébol aide au développement des muscles et à la réduction de la fatigue. 

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Mais ce n'est pas là où le débat fait rage. C'est plutôt en raison du traitement qualifié de privilégié, si on lit entre les lignes, dont a bénéficié le joueur de 23 ans. Un joueur qui trône au sommet du classement, qui a remporté un titre majeur cette saison.

La durée de sa suspension provisoire a été incroyablement brève, alors que certains joueurs soupçonnés de dopage ont été écartés du circuit pendant des mois par le passé en attendant de prouver leur innocence. 

«Je ne peux imaginer ce que tous les autres athlètes qui ont été bannis pour [avoir été] contaminés ressentent en ce moment», a écrit Denis Shapovalov sur X, avant d'ajouter: «Différents joueurs, différentes règles.»

«Je suppose que seule l'image des meilleurs joueurs compte», a déploré Tara Moore. Moore, une Britannique qui, à son sommet, a atteint le 77e rang sur la WTA, a été contrôlée positive pour usage de nandrolone en 2022. Elle a été blanchie 18 mois plus tard, après avoir passé cette année et demie loin du circuit. 

L'heure d'une autre révolution est-elle arrivée?

Sport puriste attaché à ses traditions, le tennis? Oh que oui! Mais des pas de géants ont été réalisés dans les deux dernières décennies. Surtout grâce à l'introduction du hawk-eye, au milieu des années 2000. Cette technologie permet aux joueurs de contester certains appels effectués par l'arbitre et les juges de ligne en émettant une reprise vidéo générée par ordinateur de l'emplacement où est tombée leur balle. Ce qui était une immense révolution. 

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La pandémie a précipité un autre changement. Exit, les juges de ligne dans une majorité de tournois. La plupart des grands événements tennistiques de la planète les ont remplacés par des appels de balle émis électroniquement. Il s'en trouve bien sûr pour regretter cette époque où des joueurs comme John McEnroe s'époumonaient contre les arbitres. Après tout, ça faisait partie du folklore.

Mais il demeure tout de même un humain, posté en haut d'une chaise, qui a entre ses mains la destinée d'un match. 

La dernière année a montré à maintes reprises que l'arbitre a ses limites dans un sport toujours plus rapide, toujours plus puissant. Un sport dans lequel les joueurs n'hésitent pas à faire éclater leur frustration en plein match, ce qui peut être passible de récriminations (voire d'une disqualification) écrites dans le livre des règlements, mais qui est laissé au bon jugement d'un être humain. Parlez-en à Shapovalov.

Photo Agence QMI, Joël Lemay
Photo Agence QMI, Joël Lemay

Auger-Aliassime a été l'une des victimes de ces limites de l'humain, le 16 août, en quart de finale à Cincinnati. L'arbitre Greg Allensworth n'a pas été en mesure de percevoir en temps réel que la balle frappée par le joueur adverse, Jack Draper, avait touché le sol du côté du terrain du Britannique avant de se retrouver du côté du Québécois... sur point de match. 

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Photo Matthew Stockman / Getty Images via AFP
Photo Matthew Stockman / Getty Images via AFP

Des millions de personnes l'ont vu, elles. Grâce à la reprise vidéo, au ralenti. Le hic, c'est qu'Allensworth n'a pas le pouvoir d'invalider sa décision à l'aide de la fameuse reprise. Et que le Québécois a perdu ce match dans lequel il aurait fallu au moins jouer une balle de plus.

L'heure d'une autre révolution technologique semble avoir sonné, mais combien de temps les instances du tennis mettront-elles pour agir? 

Dur, dur de prédire le champion et la championne

Maintenant, le tennis, celui qui se joue sur le terrain. Car ces polémiques éclipsent le début d'une véritable nouvelle ère: celle où, tant chez les hommes que chez les femmes, l'issue d'un tournoi majeur est devenue immensément difficile à prévoir. 

C'est la norme depuis plusieurs années au tennis féminin (hormis peut-être à Roland-Garros, où le trophée revient d'emblée à Iga Swiatek). Mais pas au tennis masculin. Et ce US Open est ouvert à souhait, chez ces messieurs. Pas nécessairement pour les bonnes raisons, toutefois. 

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Sinner aurait été un candidat redoutable au titre à New York. L'Italien a remporté le titre à Cincinnati. Mais la polémique et la grogne de la dernière semaine auront-elles un impact sur son jeu, lui qui s'est caché du public et des caméras dans les jours qui ont suivi son arrivée dans la Grosse Pomme? 

Son dauphin, Carlos Alcaraz, lui, s'est vu montrer la porte de sortie assez tôt à Cincinnati par le bon vieux Gaël Monfils. Après avoir enfin glané l'or olympique, Novak Djokovic a-t-il vraiment la motivation pour ajouter un autre trophée du Grand Chelem à son inégalable collection? Quoique 25, ce serait un beau chiffre: à Montréal, ça demeure un rêve! 

Photo AFP
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Et le roi du dur, Daniil Medvedev, n'a fait que passer dans les deux dernières semaines, chaque fois éliminé à son premier match. 

Chez les dames, la championne en titre se cherche. L'Américaine Coco Gauff avait fait fondre le cœur de l'Amérique en s'adjugeant la couronne l'an passé. Elle aussi, elle a perdu tôt à Toronto et Cincinnati. 

Ses compatriotes peuvent rêver un peu en voyant les sublimes performances de Jessica Pegula (championne à Toronto, finaliste à Cincinnati), mais cette dernière n'a jamais convaincu en Grand Chelem. Swiatek est aussi très bonne sur surface dure, mais c'est plus facile de l'y battre que sur l'ocre, disons. 

Aryna Sabalenka? Blessée dans les dernières semaines, absente à Wimbledon, la Biélorusse est revenue en force à Cincinnati en s'adjugeant le titre. Maintenant, peut-elle vaincre ses démons dans ces tournois majeurs, où ses deux trophées remportés en Australie devraient être bien mieux entourés?

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