Donald Trump plongé dans une tourmente économique, politique et diplomatique par la Cour suprême
AFP
Partager
Jeudi soir encore, Donald Trump répétait que les droits de douane étaient son « mot préféré ». En dégoupillant vendredi une bonne partie des taxes douanières décidées par le président américain, la Cour suprême le plonge dans une tourmente économique, mais aussi politique.
• À lire aussi : EN DIRECT | La grande majorité des tarifs douaniers de Donald Trump invalidés par la Cour suprême américaine
• À lire aussi : Quels sont les tarifs américains sur les produits canadiens ?
• À lire aussi : Tarifs douaniers invalidés : Donald Trump qualifie la décision de « honte »
La décision tombe à quelques jours de son discours sur l’état de l’Union face au Congrès mardi, un temps fort pour tout président.
Elle survient aussi en pleine campagne pour les élections législatives de l’automne, où le Parti républicain redoute de perdre sa majorité au Congrès, à cause du mécontentement des électeurs sur le coût de la vie.
« Sans droits de douane, ce pays aurait tellement de problèmes aujourd’hui », a martelé le milliardaire républicain pendant un déplacement jeudi en Géorgie (sud-est).
Quelques heures plus tard, la plus haute juridiction américaine, à laquelle Donald Trump lui-même avait donné une composition très conservatrice pendant son premier mandat, a jugé « illégale » sa décision d’imposer des taxes douanières dites réciproques.
Dès le début, de nombreux juristes ont averti que le président américain outrepassait certainement ses prérogatives avec ces taxes.
Libération
Cela n’a pas découragé Donald Trump, qui ne cesse depuis janvier 2025 d’éprouver la résistance des deux grands contre-pouvoirs prévus par la Constitution, la justice et le Congrès.
Il avait présenté ces droits de douane à la Maison-Blanche en avril 2025 en parlant d’un « jour de libération » pour l’Amérique, selon lui « plumée » depuis des décennies par ses partenaires commerciaux.
Il a promis aux Américains des retombées mirifiques, même si les droits de douane, toutes les études le confirment, sont en réalité très largement répercutés sur les consommateurs.
Donald Trump a assuré que ces droits de douane seraient redistribués sous diverses formes, notamment par de généreuses baisses d’impôt.
Il a assuré que les entreprises étrangères allaient ouvrir à tour de bras des usines aux États-Unis, afin d’échapper justement aux droits de douane.
Midterms
Le dirigeant républicain a évoqué le chiffre étourdissant de 18.000 milliards de dollars de nouveaux investissements dus à sa politique protectionniste, un montant jugé fantaisiste par beaucoup d’économistes.
À en croire les sondages, les Américains ne sont pas convaincus. Élu sur une promesse de baisser le coût de la vie, il est aujourd’hui accusé par une majorité d’électeurs d’avoir au contraire aggravé les problèmes de pouvoir d’achat.
Si les enquêtes d’opinion et les tendances observées lors de récentes élections locales se confirment lors des « midterms » de l’automne, au moment de renouveler tous les sièges de la Chambre des représentants et un tiers de ceux du Sénat, le Parti républicain pourrait essuyer une sèche défaite.
Donald Trump redoute que les démocrates, une fois majoritaires, ne lancent contre lui une procédure de destitution.
Avec sa décision, Cour suprême ébranle aussi toute la diplomatie du président américain, unilatérale, agressive et transactionnelle, dont les droits de douane sont un outil autant qu’un symbole.
Diplomatie
« J’ai mis fin à huit guerres. Sur les huit, au moins six ont pris fin à cause des droits de douane », qu’il aurait menacé d’imposer aux belligérants, a-t-il par exemple dit récemment sur Fox News.
Là aussi, ce chiffre de huit conflits semble largement contesté.
À plusieurs reprises, Donald Trump a aussi assuré que le président français Emmanuel Macron aurait accepté de doubler ou tripler le prix des médicaments en France - ce qui est faux - face à la menace de lourdes taxes sur le vin et le champagne.
La crainte des droits de douane a conduit nombre d’alliés ou rivaux des États-Unis à conclure des accords commerciaux avec Washington, comme l’Union européenne, ou à engager des négociations, comme la Chine. Ils pourraient en effet être tentés de revenir sur leurs engagements ou de cesser le dialogue.
L’incertitude pèse aussi sur les plans budgétaires du président américain, qui a notamment promis de généreuses baisses d’impôt.
Pourra-t-il les concrétiser si le gouvernement se voit obligé de rembourser les taxes perçues de manière illégale ? La bataille judiciaire sur ce front ne fait que commencer.