Donald Trump et l’intelligence artificielle: un long historique de publications qui dérapent et qui suscitent des inquiétudes


Antoine Lacroix
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La publication controversée de Donald Trump cette semaine où il se présente comme Jésus est la dernière d’une longue série d’un usage douteux de l’intelligence artificielle pour générer des montages, au point où des experts s’inquiètent, car le président américain ne semble avoir aucune limite.
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« Ce contenu-là devient une sorte d’outil stratégique pour garder l’attention sur soi, affirme Alexandre Hudon, médecin psychiatre et chercheur régulier à l’Institut universitaire de santé mentale de Montréal. Ça démontre à quel point il est prêt à aller loin pour avoir de l’attention et pour qu’on parle de lui. »

Au fil des années, il a été possible de voir des images du président américain en habit de pape, dans une armure royale, aux commandes d’un avion de chasse de l’armée, en train de vouloir conquérir le Canada et le Groenland, et cette semaine, en tenue de Jésus.

Le point commun entre toutes ces situations ? Elles ont été inventées de toutes pièces grâce à des logiciels d’intelligence artificielle (IA).
Suivi de près
« On peut s’imaginer que c’est dans un but de diviser, de manipuler l’information, de désinformer, mais surtout le but est d’influencer les gens », estime Stéphanie Léonard, psychologue et spécialiste de l’image et des réseaux sociaux.
Si les faits et gestes numériques de Donald Trump sont autant suivis de près, c’est qu’il occupe un poste qui possède une influence immense sur le reste de la planète, tant ses actions peuvent avoir des impacts sur la vie des gens, rappelle Linda Pagani, une psychologue qui s’intéresse à la détérioration de nos cerveaux face à une surconsommation du vide.
« Ça peut engendrer beaucoup d’anxiété, ajoute la spécialiste de la surconsommation des écrans. C’est une machine de propagande et elle est là pour affaiblir les gens. »
Quelle est sa stratégie ?
Plusieurs se questionnent sur les motivations de Trump derrière son usage de l’IA.
« C’est un peu une stratégie de créer un écran de fumée, croit Linda Pagani. C’est une façon de changer de sujet alors qu’il a plein de problèmes dans son pays, et ailleurs, à faire oublier. »
Mais il est dur de passer sous silence que le milliardaire semble beaucoup aimer se mettre en valeur auprès de sa base partisane et montrer une posture de force, tout en faisant réagir ses détracteurs.
« Quand il publie des images comme ça, quelqu’un qui idéalise déjà la personne de M. Trump, ça vient leur faire dire : “Oh oui, mon président, c’est quelqu’un de puissant”, fait valoir Alexandre Hudon, psychiatre spécialisé notamment en intelligence artificielle. Ça vient lui assurer du temps d’antenne à son sujet, ça fait penser à la fameuse expression “parlez-en bien, parlez-en mal, mais parlez-en” ».

Ce n’est pas bienveillant
Devant le tollé soulevé par sa publication où il apparaît comme Jésus en train de guérir un malade, qu’il a depuis supprimée, Trump s’est défendu en affirmant qu’il trouvait plutôt qu’il s’agissait de lui, mais en médecin, une explication que plusieurs ont trouvé boiteuse.

« Je pense que ça vient juste confirmer pour moi l’intention de base qui n’est pas une intention bienveillante. [...] Il aurait pu dire, je suis désolé, j’ai fait une erreur, c’est de mauvais goût, au lieu d’inventer une espèce d’excuse qui n’a aucun sens », souligne Stéphanie Léonard.

Sans pouvoir poser un véritable diagnostic puisqu’ils n’ont pas pu l’évaluer, les experts consultés par Le Journal ont estimé qu’un certain narcissisme ressortait de ses publications.
« Chez la plupart des grands dirigeants, on retrouve des traits narcissiques, on retrouve des traits où on est très centré sur soi-même, relate Alexandre Hudon. Et ça, on le retrouve quand même chez M. Trump, dans le narratif qu’il nous envoie, autant dans ses sorties publiques que dans ces images-là. On voit quand même qu’il utilise sa propre personne pour envoyer des messages forts au grand public. »
Un encadrement de l’intelligence artificielle demandé
Devant les dérapages en lien avec l’usage de l’intelligence artificielle, plusieurs experts appellent à un meilleur encadrement et à des balises claires.
« C’est quand même ironique, parce que c’est un président qui s’est beaucoup positionné contre les “fake news” et tout ça, mais il y contribue d’une certaine manière », affirme Stéphanie Léonard, psychologue.
Elle voudrait qu’un filtre, un filigrane ou une mention comme quoi il ne s’agit pas d’une véritable photo soit ajouté par les différents logiciels. Un propos partagé par le psychiatre Alexandre Hudon.
Distinguer le vrai du faux
« Il y a certains cas où on a de la misère à distinguer la vérité et la fiction. [...] On se base tout simplement sur la critique de l’utilisateur, mais encore faut-il que l’utilisateur ait des repères pour identifier ce qui est véritable », met-il en garde.
D’autant plus qu’avec l’amélioration de ces technologies, le chercheur croit que la situation ne va que s’aggraver.
« Il n’y a pas si longtemps, on était capable de voir certains signes, comme des personnages avec plus de doigts ou des transitions qui étaient moins bonnes. Mais là tranquillement, on a des vidéos montées de toutes pièces qui sont très bonnes et qui se tiennent à plusieurs niveaux », fait valoir M. Hudon.
« Quand on joue sur la ligne entre le vrai du faux, c’est là que ça devient dangereux, renchérit Mme Léonard. La meilleure façon de se protéger de ça, c’est de toujours se fier à des sources qui sont rigoureuses, fiables. »
Même le pape s’en mêle
Le pape Léon XIV a mis en garde vendredi contre l’utilisation de l’IA pour alimenter « la polarisation, les conflits, les peurs et la violence ».
« Le défi que posent ces systèmes est plus profond qu’il n’y paraît : il ne concerne pas seulement l’utilisation de nouvelles technologies, mais le remplacement progressif de la réalité par sa simulation », a-t-il déclaré lors d’un discours.
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