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«Je vais jouer jusqu’à tant que je ne sois plus capable»: Donald Brashear est toujours dans le coup à 52 ans

Photo portrait de Jonathan Bernier

Jonathan Bernier

2024-03-02T05:00:00Z

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SAGUENAY | La porte de service du vétuste Palais des sports de Jonquière s’entrouvre, laissant entrer la brise glaciale d’un soir de février saguenéen. Dans l’embrasure se dresse l’ombre d’un colosse, crâne rasé, barbe grisonnante, sac d’équipement des Flyers de Philadelphie sur l’épaule.

«Hey Brash! Comment ça va, mon gars? Content de voir!»

Dans le vestibule de la pièce ayant servi, il y a un quart de siècle, de vestiaire aux Gaillards de Jonquière, de la Ligue de hockey collégial, Donald Brashear est accueilli par ses coéquipiers et son entraîneur Bob Desjardins.

L’air timide, malgré le sourire qu’il affiche, Brashear s’engouffre dans ce qui se veut maintenant le repaire des Marquis de Jonquière. Ce soir, à 52 ans bien sonnés, il disputera son 15e match dans l’uniforme de cette formation de la Ligue nord-américaine de hockey. Un circuit dans lequel il est de retour après s’être promené dans d’autres circuits seniors inférieurs au cours des dernières saisons.

Photo Didier Debusschere
Photo Didier Debusschere

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«Je vais jouer jusqu’à tant que je ne sois plus capable. J’aime vraiment ça», lancera un peu plus tard Brashear à l’auteur de ces lignes, dans l’une des rares entrevues qu’il a accepté de donner au cours des dernières années.

Évidemment, la physionomie du vétéran détonne avec celle de ses compagnons d’armes, la plupart au début de la trentaine. N’empêche, il n’y a pas l’ombre d’un début de bedaine de bière par-dessus ces abdominaux, certes un peu plus fatigués, mais toujours bien présents.

Tenir tête aux jeunots

Et le coup de patin est encore là. Assurément dans la moyenne (peut-être même un peu plus) de ceux qui foulent la glace à ses côtés et contre lui dans cette ligue dans laquelle la très grande majorité des joueurs ont connu de brillantes carrières dans la LHJMQ.

Certains ont été repêchés dans la LNH. Au premier tour, même. Chez les Marquis, c’est le cas d’Alexandre Picard (8e au total), sélectionné par les Blue Jackets en 2004, et de Philippe Paradis (27e au total), par les Hurricanes en 2009.

«Je pratique au moins trois fois par semaine. Quand je ne le fais pas, je le ressens assez rapidement, lance Brashear pour expliquer comment il parvient à tenir tête aux jeunots. Même dans la LNH, passé 35 ans, ceux qui ne veulent plus s’entraîner commencent à voir leurs performances descendre.»

Photo Didier Debusschere
Photo Didier Debusschere

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Brashear est bien placé pour le savoir. Il a disputé 1025 matchs dans le circuit Bettman. Une carrière de 16 saisons qui l’ont mené de Montréal à New York, en passant par Vancouver, Philadelphie et Washington. Il avait 38 ans quand il a disputé sa dernière campagne, sa seule dans l’uniforme des Rangers.

«Y en a qui pensent que je me magane parce que je joue encore à 52 ans. Ceux qui pensent ça, c’est parce qu’ils ne savent pas c’est quoi se tenir en forme, martèle-t-il. Quand tu vieillis, il faut que tu bouges. D’ailleurs, quand je ne fais rien, c’est là que j’ai le plus mal partout.»
Le favori de la foule

En ce vendredi soir, 2210 spectateurs prennent place dans le Palais des sports. Bien qu’ils affectionnent encore le jeu robuste, ils savent qu’on est à des années-lumière de l’époque où ils venaient encourager Jimmy Burns, le bagarreur le plus en vue des Condors de Jonquière, première mouture du hockey senior provincial au pays des Bleuets.

Néanmoins, on sait qu’ils ne cracheraient pas sur une démonstration des talents pugilistiques de celui qui a livré plus de 200 combats dans la LNH. On le comprend rapidement en les entendant scander le nom de leur numéro 87 favori chaque fois qu’il touche la surface de jeu.

Photo Didier Debusschere
Photo Didier Debusschere

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«Quand je le fais (jeter les gants), c’est parce que c’est moi qui sens que j’ai besoin de le faire. Personne ne me donne une tape dans le dos et ne me dit: «Envoye! Va le pogner, lui.» Si je sens qu’un gars dérange et qu’il faut que ça se rende là, ben c’est là que ça va se rendre», explique-t-il.

«Dans la LNH, je le faisais parce que c’était mon travail. Mais le hockey, c’est scorer des buts, faire des passes. Une bataille, ça ne donne pas un but, ça ne fait pas un point, ajoute-t-il. J’ai toujours eu ça comme mentalité. Maintenant, je peux davantage le faire.»

«C’est à moi de décider»

Et à une certaine époque, il a prouvé qu’il pouvait mettre la rondelle dans le filet. À sa deuxième saison avec le Canadien de Fredericton, club-école du Tricolore dans la Ligue américaine, Brashear avait touché la cible 38 fois en 62 matchs. Il avait terminé au deuxième rang des pointeurs de l’équipe (66 points).

Évidemment, ce n’est pas ce que les amateurs de hockey ont retenu de sa carrière. Ni ses adversaires.

Les visiteurs du moment, les Pétroliers de Laval, meneurs de ce circuit à six équipes, se sont amenés à Jonquière avec quelques fiers-à-bras dont la mission première n’est pas de faire scintiller la lumière rouge.

«C’est le seul club dans la Ligue qui fait encore ça, soutient un employé de longue date des Marquis. D’ailleurs, quand on joue contre eux, on n’a pas le choix d’en habiller un peu plus.»

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Assurément, il y aura un client pour Brashear.

«Ça, c’est à moi de décider, maintient l’homme fort. Souvent on est mis dos au mur pour faire cette job-là, mais à mon âge et avec mon expérience, je peux choisir ce que je veux faire.»
Des poids lourds

«Ding! Ding!»

Les Pétroliers mènent 4 à 0 dans les premiers instants de la deuxième période lorsque Brashear accepte l’invitation de Brett Gallant, incitant le DJ de la place à faire retentir l’effet sonore de la cloche d’une arène de boxe.

Un moment que la foule savoure pleinement.

Gallant n’a rien d’un pied de céleri. Bien qu’il lui concède trois pouces et quelques dizaines de livres, c’est une pointure à la hauteur de Brashear.

Photo Didier Debusschere
Photo Didier Debusschere

Gallant a disputé 14 saisons dans la Ligue américaine à Bridgeport, Lake Erie et Cleveland, gagnant en cours de route la coupe Calder en 2015-2016. Son tableau de chasse est bien garni. Il s’est battu contre de grosses pointures: Dylan McIlrath, Brian McGrattan. Il avait même eu le meilleur sur George Parros dans un combat au Centre Bell.

Ce soir, il ajoutera Brashear à sa collection en le renversant après avoir échangé coup pour coup avec lui.

Une défaite serrée pour l’ancien dur à cuire du Canadien. Une pas mal plus gênante pour son équipe qui s’incline 6 à 2.

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Au grand dam des spectateurs, dont plusieurs sont allés faire réchauffer leur voiture avant la fin de la rencontre.

S’appeler Donald Brashear, c’est avoir constamment une cible dans le dos

Photo Agence QMI, Steve Gauthier
Photo Agence QMI, Steve Gauthier

La signature de Donald Brashear avec les Marquis a assurément créé un buzz à Jonquière. Mais l’effervescence ne s’est pas transposée aux autres villes du circuit.

C’est plutôt tranquille au colisée Cardin. À peine 790 personnes. La norme pour un samedi soir. Ici, à Sorel, les grosses soirées sont les jeudis et vendredis. La visite de Brashear, à elle seule, n’est pas suffisante pour changer les vieilles habitudes.

Ça n’empêche pas quelques irréductibles partisans des Éperviers de prendre place tout près du banc des visiteurs pour invectiver les joueurs des Marquis.

«Fais attention pour ne pas tomber, Donald. À l’âge que tu as, tu vas être obligé de te faire remplacer une hanche», lance l’un d’entre eux, dès les premiers instants de la rencontre.

Toute la soirée, Brashear aura maille à partir avec les deux frères Malouin. Jérémie, reconnu pour allumer les feux, et Danick, celui qui les éteint. Les deux frères, deux anciens des Marquis, semblent s’être passé le mot.

En l’absence de Gaby Roch, l’homme fort des Éperviers, Danick devient l’homme de main de l’entraîneur Christian Deschênes. D’ailleurs, le propriétaire, directeur général et entraîneur-chef des Éperviers n’a même pas tenté de renflouer sa formation.

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Photo Agence QMI, Steve Gauthier
Photo Agence QMI, Steve Gauthier

«Des gars comme Donald, à 52 ans, [Brett] Gallant, qui a joué 10 ans dans la Ligue américaine, et [Pierre-Cédric] Labrie, ce sont les derniers des Mohicans. Des gars comme ça, âgés dans la vingtaine, il n’y en a plus», a-t-il indiqué à l’auteur de ces lignes.

«Oui, dans le senior AAA, la ligue en dessous, il y a des gars qui sont là juste pour ça. Mais ce sont de gros bras sans équilibre, a ajouté Deschênes, qui a lui-même connu une brillante carrière dans la LNAH après quelques saisons passées en France. Mettons que j’en trouve deux de même et que je les envoie contre Donald à soir, c’est sûr que les gars vont se faire défoncer.»

Un client recherché

Le stratagème est le même tout au long du match. Jérémie picosse Brashear et Danick s’approche pour l’inviter. Chaque fois, l’ancien joueur du Canadien échange quelques mots avec son assaillant et tourne les talons.

Photo Agence QMI, Steve Gauthier
Photo Agence QMI, Steve Gauthier

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«Ça fait trois matchs qu’on joue contre eux et chaque fois, il fait la même chose, racontera Brashear, une fois de retour au vestiaire. Il essaie de me forcer à pogner des deux [minutes de pénalité]. À soir, j’ai décidé que je jouais la même game que lui.»

«J’ai fait ce que j’avais à faire, a répliqué Malouin, dans l’un des corridors du colisée Cardin. Il se sert beaucoup de ce qu’il a accompli dans sa carrière pour dire “c’est sûr que t’as peur”. Le gars a 52 ans et tu vois qu’il est encore solide. Mais je n’ai pas à reculer devant lui.»

Cette game, dont parlait l’attaquant des Marquis, c’est de tirer le chandail, donner un petit coup de bâton dans les mollets par-ci, une poussée sur l’épaule par là. Des gestes qui font monter la frustration chez les partisans des Éperviers.

«T’es plus brave de dos Brashear! Tu dois être dangereux dans les douches», lance l’un d’entre eux, peu subtile.

Brashear ne bronche pas.

«Ça ne me dérange plus trop, trop. Les niaiseries, je les ai pas mal toutes entendues, laisse-t-il tomber. Ça a toujours été comme ça, dans toutes les ligues. Les gens crient toute sorte d’affaires, ils veulent voir de la bataille. Même dans la Ligue nationale, c’était pareil.»

Il obtiendra vengeance en préparant l’un des six buts de son équipe et en permettant à son unité d’obtenir quelques occasions de marquer.

D’ailleurs, cette mention d’assistance mettra la table à une séquence de quatre matchs avec au moins un point pour Brashear. Pas mal!

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Respect mutuel

Cela dit, l’aîné des frères Malouin a le physique de l’emploi. À 6 pieds, 4 pouces, il est l’un des rares à pouvoir regarder Brashear (6 pieds, 3 pouces) directement dans les yeux.

«À la grosseur qu’il a, c’est sûr qu’il doit être tough», reconnaît Brashear.

Photo Agence QMI, Steve Gauthier
Photo Agence QMI, Steve Gauthier

À défaut de pouvoir ajouter le nom de Brashear à son CV somme toute bien garni, le gaillard de 33 ans pourra à tout le moins se vanter d’avoir été reconnu, jusqu’à un certain point, par le légendaire bagarreur.

Le respect est mutuel, il va sans dire.

«J’ai tout le respect du monde pour ce gars-là, pour ce qu’il a accompli dans sa carrière. Il a joué au-dessus de 1000 matchs et il s’est battu contre tous les plus toughs. En plus, je suis persuadé que c’est un bon gars.»

C’est tu beau pareil, hein!

Les 20 joueurs de la LNAH à avoir joué dans la LNH ou à avoir été repêché

Donald Brashear est assurément celui qui a connu la plus longue carrière, mais il n’est pas le seul joueur de la LNAH à avoir disputé des matchs dans la LNH. D’autres, sans nécessairement avoir joué, ont été des choix de repêchage des équipes du circuit Bettman. Ce qui prouve que le calibre est relevé. Les voici.

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