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«Dommage qu’il l’ait raté»?

Les citoyens d’un pays ne règlent pas leurs différends en utilisant des armes

MEGA/WENN
Photo portrait de Richard Martineau

Richard Martineau

2024-07-14T19:30:00Z

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Avouez, vous avez entendu cette phrase avant-hier.

Vous l’avez peut-être même prononcée vous-même. Ou à tout le moins pensée.

En vous disant que si on pouvait sauter dans une machine à voyager dans le temps et tuer Hitler, Staline et Mao dans leur berceau, ou juste avant qu’ils ne prennent le pouvoir, on le ferait sans hésiter une seconde.

Pour le bien de l’humanité.

UNE BIEN MAUVAISE NOUVELLE

Cette réaction est tout à fait compréhensible.

Reste que ce qui s’est passé en Pennsylvanie est inacceptable, déplorable et inquiétant.

Primo, parce que même s’il est un personnage grotesque, odieux et, oui, dangereux, Trump n’est ni Hitler, ni Staline, ni Mao.

Secundo, parce que nous vivons en démocratie, et que la démocratie implique qu’on respecte le choix du peuple, même si on croit que le peuple s’est trompé.

(Après tout, n’est-ce pas ce qu’on reproche à Trump? Accepter le choix du peuple uniquement si le peuple vote pour lui? Accepter le processus démocratique uniquement si celui-ci le porte au pouvoir? Sinon, contester les résultats du vote et crier au vol, au complot?)

Et tertio, parce que cette tentative d’assassinat contre un ex-président qui s’achemine, grâce à la sénilité de son adversaire, vers une seconde victoire qui risque d’être encore plus éclatante que la première n’annonce rien de bon.

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Quand on vous dit que les États-Unis n’ont jamais été aussi désunis, aussi divisés, aussi près d’une possible guerre civile, eh bien, c’est ça.

C’est exactement ça.

Quelqu’un prend une arme et tire sur un candidat.

Merci la polarisation.

Merci les médias sociaux, les chambres d’écho et l’extrémisme, qui pousse, pousse, pousse de la fonte, tant à gauche qu’à droite.

LA VICTOIRE ASSURÉE

Et puis, il y a un autre élément.

Grâce à cette tentative d’assassinat, Trump vient probablement de gagner ses élections.

Il vient maintenant de rejoindre un petit club sélect qui comprend JFK, Martin Luther King, Abraham Lincoln et Robert Kennedy.

Sans parler de Ronald Reagan qui a lui aussi échappé de peu à la mort.

Je suis d’ailleurs sûr qu’au moment où vous lisez ces lignes, des coucous qui «ont fait leurs recherches» disent que c’est Trump lui-même qui a organisé cette mise en scène pour assurer sa victoire.

S’il n’a pas été victime d’un complot du Deep State ou d’un groupe de démocrates pédophiles.

Le Grand Orange s’est toujours présenté comme le Sauveur. Et l’actualité vient de lui donner raison.

Que peut-il demander de mieux?

Il a accédé au rang de victime dans un pays qui n’a jamais autant vénéré les victimes!

Tout ça, pour un petit bout d’oreille sacrifié.

C’est ce qu’on appelle un bon «deal».

LES ANNÉES 60

Cette scène rappelle les années 60, quand les Américains se levaient en se demandant qui allait tomber sous les balles aujourd’hui.

Même si vous détestez Trump, c’est une mauvaise nouvelle.

Les citoyens d’un pays ne règlent pas leurs différends en utilisant des armes.

Ceux qui ont dit «Dommage que le tireur l’ait raté» ne font pas partie de la solution. Mais du problème.

La démocratie, c’est comme la liberté d’expression.

C’est bon aussi pour les caves.

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