Domination totale du Canada

François-David Rouleau
Partager
Des buts à profusion, des chances de marquer à la tonne, des montées en surnombre incalculables, de nombreux tirs sur les poteaux, le Canada n’a montré aucune pitié face à la pauvre formation de l’Autriche.
Cette victoire de 11 à 2, mardi soir au Rogers Place, démontre non seulement une domination totale, mais on peut aussi remettre en question ce style d’affrontement inégal, voire injuste.
- À lire aussi: Connor Bedard détruit l’Autriche à lui seul
- À lire aussi: À VOIR: Connor Bedard se donne en spectacle!
Un score quasi identique à l’unique affrontement entre les deux équipes datant du 30 décembre 1980 dans une victoire canadienne de 11 à 1.
Le duel de 2021 est signé par une recrue. C’est le jeune magicien Connor Bedard qui a fait des feux d’artifice en réalisant un tour du chapeau alors que le cadran n’indiquait pas encore la mi-match.
Et il a ajouté un quatrième but en début de troisième période.
L’attaquant a ainsi rejoint les Mario Lemieux (1983), Simon Gagné (1999), Brayden Schenn (2011), Taylor Raddysh (2017) et Maxime Comtois (2019) comme les meilleurs marqueurs en un seul match dans l’histoire d’Équipe Canada Junior (ÉCJ).
Il est le seul joueur de l’histoire d’ÉCJ à avoir marqué quatre buts dans un même match à l’âge de 16 ans.
Sur les traces de Gretzky
Autre preuve de son grand talent indéniable, après deux matchs, il marche sur les traces de Wayne Gretzky et Eric Lindros, deux des meilleurs patineurs de 16 ans à avoir enfilé l’uniforme canadien chez les juniors.
En 1990, Lindros avait compilé quatre buts au Mondial Junior à Helsinki, en Finlande.
Mais le meilleur de tous les temps reste «la Merveille» Gretzky qui avait marqué huit buts en compilant une fiche de 17 points lors de l’édition 1978 qui se déroulait à Montréal.
Gretzky avait terminé au sommet des meilleurs pointeurs du tournoi en devançant par un point le Soviétique Viktor Shkurdyuk.
«C’est vraiment incroyable d’entendre son nom aux côtés de Wayne Gretzky. C’est un honneur et c’est surréel», a réagi Bedard en point de presse.
«Je veux garder les pieds sur terre, a ajouté celui qui a dirigé 12 tirs vers le filet adverse. Ce n’est que le deuxième match. C’était une bonne performance. Mes coéquipiers m’ont aussi facilité la tâche.»
Son compagnon de trio, le Québécois Elliot Desnoyers, lui a d’ailleurs refilé la rondelle à trois reprises pour lui aussi s’inscrire à la feuille de pointage.
Mason McTavish a également marqué deux buts en plus d’amasser une aide dans ce festival offensif. Cole Perfetti a aussi produit trois points.
En fait, il serait plus simple d’énumérer uniquement les joueurs canadiens qui n’ont pas noirci la feuille de pointage. On peut les compter sur les doigts d’une main.
Neuf des hommes de Dave Cameron ont récolté deux points ou plus.
Départ canon
En appliquant un échec avant aussi intense qu’efficace, le Canada a rapidement pris la maîtrise du match. C’est Kent Johnson qui a ouvert le pointage avec un tir sur réception précis en supériorité numérique.
Après que Lukas Cormier et Logan Stankoven eurent creusé l’écart, Bedard s’est mis en marche avec cinq minutes à jouer au premier engagement. Placé dans l’enclave sur l’attaque massive, le jeune espoir admissible à l’encan 2023 de la LNH a saisi son propre retour pour briser la glace à son premier Mondial junior. Sur la séquence, Shane Wright, l’un des plus beaux espoirs en prévision du prochain repêchage a amassé son premier point.
Dès la présence suivante, Bedard a aussitôt fait scintiller la lumière rouge sur une descente à trois contre le pauvre gardien Leon Sommer.
Pour témoigner de cette outrageuse domination, le Canada a terminé la période initiale avec 25 tirs au but sur les 40 lancers tentés en plus de ne laisser aucune chance tant le long des rampes qu’aux cercles de mises en jeu.
Gaffe du gardien
Le premier but autrichien est venu en fin de seconde période alors que le gardien canadien Brett Brochu a raté une sortie à 25 pieds de son filet. En cherchant à retourner le protéger, il n’a pu éviter son défenseur Kaiden Guhle. Lukas Necesany a donc profité du moment pour inscrire les siens au tableau.
Le Canada a répliqué avec cinq buts au dernier tiers alors que McTavish a frappé deux fois en moins d’une minute.
Mathias Bohm a complété la marque chez les Autrichiens qui dépassent le nombre de buts marqués lors de l’édition 2021.
Une réalité annuelle
Les gros scores sont courants à chaque édition du Championnat du monde junior. Dans un groupe où six des 10 équipes lorgnent le titre, les quatre autres tentent d’éviter la relégation. Un mal pour un bien?
Cette victoire de 11 à 2 du Canada sur les Autrichiens rappelle les faiblesses du système international.
À sa cinquième présence parmi la crème de l’élite mondiale au Championnat du monde junior, les Autrichiens n’ont jamais savouré la victoire à leurs 22 matchs depuis leur première apparition en 1981.
Mardi, ils ont concédé 64 tirs aux Canadiens. Après vérification dans le guide des statistiques, ce bombardement s’approche des 80 tirs dirigés vers la cage de l’Allemagne de l’Ouest en 1977.
Il y a aussi eu les 69 rondelles contre le Kazakhstan en 2009 ainsi que les 67 contre l’Autriche de 1981, le Japon de 1993 et la Lettonie de 2010. Toutes des équipes qui n’ont jamais fait le poids contre les grandes puissances mondiales juniors.
Les Autrichiens sont à nouveau présents à Edmonton, car la Fédération internationale de hockey sur glace avait décidé de ne reléguer aucune équipe au terme de l’édition 2021 en raison de la pandémie.
On peut observer qu’ils ne font pas le poids, dominés dans tous les aspects du jeu.
Question d’expériences
Après la victoire décisive mardi soir, l’entraîneur-chef Dave Cameron a expliqué que ce genre d’affrontement inégal et à sens unique est une réalité annuelle.
Il a relevé la victoire canadienne de 16-2 contre l’Allemagne l’an dernier en lever de rideau du tournoi. ÉCJ avait ensuite piétiné la Suisse 10-0. Les États-Unis avaient aussi largement dominé deux fois ses adversaires.
«Ça fait partie du tournoi. Il faut disputer ces matchs en profitant de l’expérience. C’est certain qu’ils amènent les joueurs à tomber un peu dans la paresse, mais ils nous aident dans notre processus», a-t-il expliqué.
«Les joueurs sont intelligents. Il faut forger les bonnes habitudes pour s’améliorer», a-t-il ajouté.
Pour les joueurs, il n’est pas question de ralentir la cadence. Ces matchs contre des rivaux plus faibles permettent une meilleure préparation.
«C’est un défi de rester concentré dans chaque instant du match, mais il faut s’attarder à exécuter les détails, a fait savoir l’attaquant Elliot Desnoyers, auteur de trois points, mardi. Le score en dit long sur notre préparation.»
«On aura un défi tout à fait différent demain [mercredi soir] contre l’Allemagne, a signalé Cameron. Dès que nous sommes débarqués de la patinoire après la victoire, nous savions que ce ne serait pas aussi facile, car les Allemands sont beaucoup plus solides avec la rondelle.»
Le Canada affrontera l’Allemagne, mercredi soir. Les Allemands ont offert une bonne résistance aux Finlandais en ouverture du tournoi et ils ont défait la République tchèque en prolongation, lundi.