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Diagnostic en santé mentale: mettre des mots sur des maux

ILLUSTRATION ADOBE STOCK
Photo portrait de Dre Christine Grou, psychologue

Dre Christine Grou, psychologue

2025-11-30T05:00:00Z

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En santé mentale, l’annonce d’un diagnostic s’accompagne souvent d’une appréhension majeure qui peut largement retarder la consultation: celle du regard d’autrui, parfois teinté de tabous ou de préjugés. Recevoir un diagnostic peut aussi susciter de l’anxiété, de la surprise ou encore du soulagement.

Comme psychologue et neuropsychologue, j’ai souvent constaté que, pour plusieurs personnes, l’inquiétude pouvait provenir du diagnostic d’un trouble mental ou neuropsychologique, de la peur de la «maladie» ou de la «dysfonction», mais aussi de la crainte d’être stigmatisé. Pourtant, établi et expliqué avec rigueur et bienveillance, un diagnostic n’est ni une sentence ni une étiquette. Il constitue un repère précieux qui permet de mieux comprendre l’origine de difficultés et d’orienter une personne vers des interventions adaptées.

En offrant une explication cohérente à ce qui parfois, par le passé, a été vécu comme une faute personnelle, il peut aussi atténuer la honte, alléger la culpabilité et ouvrir la voie à de nouvelles avenues et solutions concrètes. De plus, il ne faut jamais perdre de vue que le cerveau est lui aussi un organe, comme le cœur et les reins, et qu’il peut lui aussi montrer des signes d’une difficulté de régulation.

Un chemin vers le mieux-être

À l’instar d’un diagnostic médical qui précéderait un traitement menant au rétablissement, les personnes recevant un diagnostic en santé mentale peuvent, elles aussi, aspirer à une guérison ou, dans certains cas, à un rétablissement quand la maladie persiste, ou encore à un mieux-être ainsi qu’à une plus grande autonomie.

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Pour obtenir ce diagnostic et s’engager sur cette voie, le jugement clinique d’un psychologue, d’un médecin ou d’un professionnel habilité demeure essentiel. Le jugement clinique désigne la capacité d’un professionnel à interpréter, avec rigueur et discernement, l’ensemble des informations issues du processus d’évaluation pour dégager une compréhension juste et nuancée de la situation clinique d’une personne. Il faut rappeler que si le diagnostic est une activité réservée à certains professionnels, c’est qu’il requiert des compétences particulières puisqu’il y a un risque de préjudice important.

Les mots pour dire les maux

Diagnostiquer un trouble de santé mentale peut donc constituer une étape à la fois riche, déterminante et significative pour un individu. Tout d’abord, cela peut lui permettre de comprendre les différentes facettes de son comportement et, au besoin, d’en parler avec son entourage. Les relations interpersonnelles peuvent aussi s’en trouver apaisées. De plus, ce que l’on attribuait jadis à un trait de caractère, par exemple, l’irritabilité, l’entêtement ou l’hyperémotivité peut prendre un sens nouveau. Aussi, pour plusieurs, cette mise en mots transforme non seulement leur manière de se percevoir, mais aussi d’être perçu. Un diagnostic ouvre également l’accès à des soins et à des traitements au sein du système de santé, peut permettre d’obtenir des aménagements scolaires ou professionnels, ou encore donner accès à d’autres consultations nécessaires.

Bien sûr, ce diagnostic ne règle pas tout, et rétablissement ne rime pas nécessairement avec guérison complète. Certains symptômes peuvent persister. Mais le quotidien peut certainement gagner en cohérence, en prévisibilité et en sérénité. Soulignons qu’un diagnostic n’est jamais non plus une prédiction figée: il peut être évolutif et décrit la réalité clinique d’une personne au moment où elle est évaluée, une «photographie» destinée à évoluer au rythme des soins, des ressources et de la réalité de la personne.

Ne pas se définir par un diagnostic

Qu’un trouble soit temporaire, durable ou fluctuant, il ne définit jamais la personne qui le porte. On n’est pas une dépression, un déficit de l’attention ou une anxiété: on est une personne vivant avec ces réalités – parfois momentanément, parfois plus longtemps.

Cela dit, à l’ère de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, un écueil préoccupant demeure l’«autodiagnostic» que l’on se construit sans avoir consulté, ou encore le diagnostic via l’intelligence artificielle. Aucun algorithme ni aucune vidéo virale ne peut remplacer l’expertise d’un professionnel formé pour évaluer, comprendre et poser un diagnostic avec rigueur, justesse et humanité. Je le répète, l’activité est réservée, car elle requiert des compétences particulières puisqu’il y a un risque de préjudice important.

Au bout du compte, le diagnostic en santé mentale posé par un professionnel n’est pas une fin en soi, mais bien souvent le début d’un processus. Ce diagnostic n’est pas là pour réduire: il est là pour éclairer, soutenir... et ouvrir la porte à une meilleure autonomie et à un avenir plus libre.

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