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L'effondrement du pont Duplessis à Trois-Rivières en 1951: attentat terroriste ou construction défaillante?

Photo fournie par Archives, Le Nouvelliste/Archives, Le Nouvelli
Photo portrait de Martin Landry

Martin Landry

2024-04-06T06:30:00Z

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Dans la nuit du 31 janvier 1951, Benoit Lefebvre, un jeune chauffeur de taxi de Trois-Rivières, s’engage sur le pont Duplessis avec deux clients à bord de son véhicule. Il est 3h du matin, la ville de Trois-Rivières est endormie, tout est calme. Soudain, le chauffeur de taxi ressent une vibration anormale, il a l’impression qu’il a fait une crevaison. Puis, il sent que sa voiture tombe dans le vide. C’est le black-out. Lorsqu’il rouvre les yeux, Lefebvre ne comprend pas trop ce qui vient de se passer. Son véhicule est sous une partie de la structure effondrée du pont, au niveau de la rivière.  

Lefebvre et ses passagers constatent qu’un pan complet du pont tient encore debout et que d’autres automobilistes qui roulent sur la structure sont propulsés dans les eaux glaciales du Saint-Maurice. La scène est horrible. Tout près d’eux, une voiture est enfoncée à moitié dans la glace et ses phares allumés pointent vers le ciel. Les premiers policiers arrivent sur les lieux une quinzaine de minutes après l’effondrement, puis des secouristes armés de scies à chaîne tentent d’extirper le plus de victimes possible des eaux glaciales du lac.

Photo fournie par Archives, Le Nouvelliste/Archives, Le Nouvelli
Photo fournie par Archives, Le Nouvelliste/Archives, Le Nouvelli

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Au bilan, une dizaine d’automobilistes seront blessés et quatre autres trouveront la mort cette nuit-là sur le pont Duplessis.

Le pont Duplessis 

Lors de l’inauguration du pont le 6 juin 1948, Maurice Duplessis avait déclaré aux journalistes et aux dignitaires présents que «Ce pont [était] aussi solide que l’Union nationale».

Photo fournie par Collection Alain Lavigne. Assemblée nationale
Photo fournie par Collection Alain Lavigne. Assemblée nationale

Malheureusement pour le premier ministre du Québec, le pont dont la construction avait coûté la rondelette somme de trois millions de dollars a rapidement révélé des indices de faiblesses. Sa structure préoccupait les ingénieurs, il semblait y avoir quelques enjeux techniques avec l’acier ou le béton. L’hiver avant le drame, plusieurs fissures avaient fait leur apparition sur la chaussée.

Mais aussi bizarre que cela puisse paraître, le premier réflexe du gouvernement n’est pas de se questionner sur la structure après l’effondrement. À 3h de l’après-midi le jour de la catastrophe, Maurice Duplessis prend la parole et déclare que les autorités ont toutes les raisons de croire que le pont aurait été la cible d’une attaque terroriste des communistes.

Photo fournie par Archives, Le Nouvelliste/Archives, Le Nouvelli
Photo fournie par Archives, Le Nouvelliste/Archives, Le Nouvelli

«Nous avons des raisons sérieuses de croire qu’il a eu du sabotage par des éléments subversifs», avait déclaré Maurice Duplessis.

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La guerre froide 

En 1951, nous sommes en plein cœur de la guerre froide et la peur des communistes est bien réelle. À cette époque, le monde est divisé entre deux camps idéologiques. Le bloc de l’Ouest, capitaliste, est sous l’influence américaine, puis le bloc de l’Est, communiste, est sous l’influence soviétique. Le Canada est évidemment dans le camp des capitalistes et le gouvernement Duplessis exacerbe cette peur de l’ennemi communiste. L’Union nationale avait d’ailleurs fait voter la loi protégeant la province contre la propagande communiste en 1937. Une loi popularisée sous le nom de «loi du cadenas». Elle donnait les pleins pouvoirs aux policiers pour cadenasser tout établissement où l’on pouvait retrouver des sympathisants des idées communistes.

Photo fournie par Fond Conrad Poirier, BAnQ
Photo fournie par Fond Conrad Poirier, BAnQ

En 1951, lors de l’effondrement du pont Duplessis, le Canada est engagé dans la guerre en Corée contre les communistes. Six mois avant la catastrophe du pont Duplessis, à l’été 1950, les forces armées de la Corée du Nord avaient envahi la partie sud de la Corée. Le Canada s’était engagé militairement avec 16 autres pays pour freiner cette expansion communiste. Cette crainte d’être envahi par ces anticapitalistes était omniprésente partout en Occident. Au Québec, on sent que cette peur des communistes était amplifiée par le gouvernement de l’Union nationale.

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Photo fournie par Archives nationales du Canada
Photo fournie par Archives nationales du Canada

Une tentative de connaître la vérité 

Pour Duplessis, il est évident que cette attaque vise son gouvernement parce qu’il lutte activement depuis de nombreuses années contre l’implantation des idées communistes dans la province.

Au petit matin du 31 janvier, le réveil est brutal pour les Trifluviens. La nouvelle de l’effondrement du pont Duplessis attire plusieurs personnes à constater les dégâts sur les lieux. Les communications entre les deux rives sont coupées. On fait appel à la radio locale pour établir les premiers contacts d’une rive à l’autre. Puis, l’armée canadienne arrivée en renfort érige une structure temporaire. On va même mettre en place un pont de glace pendant quelques semaines.

Photo fournie par la BAnQ
Photo fournie par la BAnQ

Six semaines après la catastrophe, le journal Le Devoir apporte un éclairage nouveau sur l’histoire. On explique que, huit mois avant l’effondrement, trois rapports d’experts avaient déterminé que l’acier utilisé dans la structure du pont Duplessis était de piètre qualité. Le gouvernement connaissait cette information.

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Un peu coincé par les journalistes qui multiplient les questions, Duplessis commande une enquête publique pour identifier les causes de l’effondrement.

En relisant le contrat pour la construction du pont signé en 1946 entre le ministère et la Dufresne Engineering Company Limited, on y apprend que plusieurs faits imputent une responsabilité directe au gouvernement Duplessis dans la construction de cette structure. On y découvre que l’entreprise était responsable d’exécuter les travaux de ce pont conformément aux plans et devis du ministère. On peut aussi y lire que les achats des matériaux, l’embauche de la main-d’œuvre, les paiements, la sous-traitance et les salaires devaient se faire sous la direction immédiate du ministre.

Malheureusement, les commissaires ne donnent pas des réponses claires sur les causes de l’effondrement et vont même jusqu’à écrire qu’ils ne sont pas en mesure d’éliminer à 100% la thèse de sabotage.

Il faut dire que le fait que les travaux publics aient demandé la destruction de la partie restante du pont avant la fin de l’enquête n’a pas tellement aidé à faire toute la lumière sur cette histoire.

Finalement, s’il y a eu attentat terroriste de la part des communistes, jamais personne ne l’a revendiqué. Il semble encore une fois que cette hypothèse, présentée comme un fait, est sortie de la tête d’un seul homme.

Le pont Duplessis sera reconstruit et rouvert aux automobilistes en 1953.

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