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«Chaque jour, des mamans dont un bébé venait de recevoir une greffe au visage me demandaient un repas pour leurs enfants»: des Québécoises ont parlé de l’horreur qu’elles ont vue à Gaza

Elles sont encore sous le choc de leur mission humanitaire

Mélanie Jomphe et sa collègue de Médecin sans frontières Myriam Labrie-Loiselle manifestaient en soutien au peuple palestinien le 14 juin 2025 à Montréal.
Mélanie Jomphe et sa collègue de Médecin sans frontières Myriam Labrie-Loiselle manifestaient en soutien au peuple palestinien le 14 juin 2025 à Montréal. Photo ZOÉ ARCAND

Zoé Arcand

2025-06-18T23:30:00Z
2025-06-19T13:01:18Z

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Deux travailleuses humanitaires québécoises qui ont vu les enfants mutilés et les mamans affamées aux portes des hôpitaux de Gaza témoignent de l'horreur quotidienne.

«J’ai travaillé en Haïti, au Congo, en Irak, au Yémen... Dans toute ma carrière, je n’ai jamais rien vu de comparable, que ce soit le nombre de patients ou le type de blessures», raconte Mélanie Jomphe, gestionnaire des ressources humaines sur le terrain pour Médecins sans Frontières (MSF).

Elle est rentrée de Gaza en avril après deux rotations de six semaines entrecoupées d’une pause de 15 jours dans l’hôpital de campagne de Deir al-Balah, dans le centre de cette zone grande comme Montréal.

Conséquence des tirs israéliens dans la bande de Gaza le 16 juin 2025.
Conséquence des tirs israéliens dans la bande de Gaza le 16 juin 2025. Photo AFP

«J’ai vu de façon régulière des enfants chercher dans des tas de débris et de vidanges pour trouver de la nourriture ou du bois et du papier pour faire des feux», se souvient-elle.

Car quand ce ne sont pas les missiles et les balles qui mutilent «surtout les enfants et les femmes», c’est la malnutrition ou des conditions sanitaires graves qui leur causent des problèmes intestinaux, des infections ou des brûlures, témoigne-t-elle.

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«Chaque jour, des mamans dont un bébé venait de recevoir une greffe au visage me demandaient un repas pour leurs enfants restés dehors. Leurs maris étaient morts, et on savait qu’au bout du compte, elles ne mangeaient jamais», continue-t-elle.

Le nombre de patients ne cesse d’augmenter et la capacité de l’hôpital à les garder pour qu’ils puissent faire leur convalescence atteint pratiquement son maximum, s’alarme celle qui peine toujours à se remettre de son choc post-traumatique.

Vivre sous les bombes

Les tirs d'obus sont rendus monnaie courante, au point où les organismes d’aide humanitaire craignent pour la sécurité de leurs employés.

«Quand il y a eu des bombardements sur des installations à moins de 100 mètres de moi, j’ai compris que le corridor humanitaire n’était plus une zone à l’abri des interventions de l’armée israélienne, confie la femme de 58 ans. Avant, les Palestiniens recevaient des avis d’évacuations 24 h avant les bombardements. Depuis mars, ça peut être seulement 15 minutes. Les gens fuient en panique.»

Des Palestiniens transportent à la hâte de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza le 16 juin 2025.
Des Palestiniens transportent à la hâte de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza le 16 juin 2025. AFP

En raison de ces avis de bombardement et des déplacements de populations forcés, la situation sur le terrain change d’heure en heure, se désole Myriam Labrie-Loiselle, qui coordonnait les employés de MSF postés à l’hôpital Nasser, près de Khan Younès.

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«Il faut constamment s’adapter. Même les installations humanitaires sont bombardées», s’alarme la femme de 34 ans.

Le 2 mars, les livraisons d’équipement humanitaire et de nourriture, notamment, ont été complètement interrompues par l’armée israélienne. Depuis le 19 mai, quelques camions d'aide ont pu entrer au compte-goutte, mettant fin au blocus total. Mais les Palestiniens sont aux prises avec un risque de famine extrême, selon l’ONU.

Onze travailleurs de Médecins Sans Frontières ont perdu la vie depuis le 7 octobre 2023, rapporte Myriam Labrie-Loiselle.

À bout de souffle

«On a beau être là pour soutenir les hôpitaux, on manque de médicaments, d’équipement, et la population n’a pas accès à l’eau et ne peut pas subvenir à ses besoins de base, martèle-t-elle. C’est absolument inhumain.»

De retour depuis trois semaines de son quatrième périple humanitaire dans la bande de Gaza, elle est découragée par «le manque de volonté politique dont font preuve la communauté internationale et le Canada à mettre fin à ce nettoyage ethnique auquel on assiste depuis 20 mois».

Des fournitures humanitaires ont été détruites par une frappe aérienne sur l’hôpital Nasser, où les employés de Médecins Sans Frontières étaient coordonnés par Myriam Labrie-Loiselle.
Des fournitures humanitaires ont été détruites par une frappe aérienne sur l’hôpital Nasser, où les employés de Médecins Sans Frontières étaient coordonnés par Myriam Labrie-Loiselle. Photo fournie par MSF

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Une situation qui ne s’améliore pas

Depuis que ces deux Québécoises sont de retour à Montréal, la situation est loin de s’améliorer.

Ces derniers jours, l’armée israélienne a abattu près d’une centaine de Gazaouis qui allaient chercher des vivres dans des centres d’aide, selon l’AFP.

«Les massacres se poursuivent sans relâche sur les sites de distribution de la fondation humanitaire de Gaza [désignée par Israël pour coordonner l’aide humanitaire]», dénonce MSF.

Selon l’ONU, 54 000 Palestiniens, dont 15 000 enfants, sont morts sous les frappes israéliennes depuis le 7 octobre 2023. Le Lancet estime que le nombre total de morts pourrait grimper à 186 000.

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