Des lapins qui peuvent mourir de peur: les fermettes de Pâques devraient-elles disparaitre pour de bon?


Anne-Sophie Poiré
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Des moutons, des chèvres, des lapins et des poules déambulent dans un enclos jaune surplombé d’un moulin à vent couleur lilas: une scène champêtre classique, à l’exception que ces bêtes brillent sous les néons de la Place Versailles, à Montréal. Bien que ces fermettes de Pâques n’aient plus la cote auprès du public et des vétérinaires, plusieurs centres commerciaux continuent d’en faire l’installation année après année. Cette pratique devrait-elle cesser pour de bon?
«Les lapins sont parmi les espèces les plus nerveuses. Ils peuvent carrément mourir de peur après plusieurs jours dans ce genre de fermettes, s’ils ont vécu trop de stress», signale la vice-présidente de l’Association des médecins vétérinaires du Québec (AMVQ), Valérie Bissonnette.
Elle croit que les centres commerciaux sont loin d’offrir les conditions optimales pour accueillir des animaux de la ferme, et ce, même avec les meilleures intentions du monde.
«Les espèces exposées sont des proies, elles sont donc plus vulnérables face aux stress inévitables des centres commerciaux comme le bruit excessif et une lumière mal adaptée», souligne la vétérinaire.
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«Les poules doivent être dans la pénombre, les chèvres sont très sensibles au bruit et il n’y a rien de pire pour un mouton que d’être isolé de son troupeau», détaille-t-elle.
Des fermes controversées
Sur les réseaux sociaux de la Place Versailles où on annonce en grand la ferme de Pâques annuelle, plusieurs internautes dénoncent les conditions dans lesquelles sont détenues les bêtes.
«Sérieux!!!! En 2025, une fermette comme divertissement?! Les animaux ne sont pas des objets à exploiter pour notre petit plaisir!», écrit une utilisatrice sur Instagram.
«Honte à vous! Un centre commercial est le DERNIER ENDROIT SUR TERRE où ces créatures sensibles ont leur place», déplore un autre.

Il faut dire que la fermette du centre commercial n’en est pas à sa première controverse.
En avril 2022, des militants antispécistes étaient débarqués à la Place Versailles pour faire connaître leur mécontenteme nt quant à l’exploitation animale à des fins de divertissement.
Face aux critiques, nombre de centres commerciaux ont abandonné cette pratique dans les dernières années. C’est le cas du géant de l’immobilier Cominar qui, en 2020, annonçait la fin des traditionnelles fermettes de Pâques dans ses établissements.
«C’est une bonne chose que ces installations disparaissent. Les gens réalisent qu’un centre commercial, ce n’est pas un endroit pour les animaux», fait valoir la directrice de la défense des animaux et des affaires juridiques et gouvernementales à la SPCA, Sophie Gaillard.
«Il y a 20 ans, il y avait encore des cirques qui venaient se produire dans les stationnements de centres commerciaux, avec des éléphants et des grands félins. C’est toujours légal, mais ça ne se fait plus. Il n’y a plus d’acceptabilité sociale», illustre l’avocate qui se spécialise dans le droit animal.
Aucun permis nécessaire
Il est difficile de savoir combien de ces fermettes sont toujours en opération dans les centres commerciaux du Québec, puisqu’aucun permis n’est nécessaire pour ces installations.
«Les permis du MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation] ne sont requis que dans deux cas de figure: pour opérer une refuge ou lorsqu’on possède 15 chats ou chiens et plus», précise Me Gaillard.
Pour garantir le bien-être et la sécurité des animaux dans une fermette de centre d’achats, donc, les inspections reposent sur un processus de plaintes. Et si le MAPAQ ne reçoit aucun appel à ce sujet, personne ne se déplacera pour s’en assurer.

«Pas de plainte, pas d’inspection», résume l'avocate, qui affirme avoir reçu une grande quantité de dénonciations concernant les fermettes de Pâques alors qu’elle était à la tête du Bureau des enquêtes à la SPCA.
L’organise n’enregistre aucun appel à ce sujet cette année. Au MAPAQ, on ne dénombre que deux plaintes pour 2025, a confirmé le ministère à 24 heures.
Attention aux zoonoses
En plus du bien-être animal, la Dre Valérie Bissonnette s’inquiète des enjeux de santé publique associés à ces installations.
Et avec l’épidémie de grippe aviaire (H5N1) qui fait des ravages chez les producteurs agricoles depuis trois ans, notamment, la vétérinaire se demande comment les fermes de Pâques ont bien pu être tolérées cette année.
«D’un point de vue de santé publique, ce n’est pas une bonne idée de placer des animaux dans un centre commercial. On répertorie environ 25 zoonoses pouvant être transmises dans les fermettes, dont la salmonelle et la fièvre Q», explique-t-elle.
La fièvre Q est une maladie causée par une bactérie qui peut survivre plusieurs années dans l’environnement. Elle touche surtout les ruminants domestiques comme les moutons et les chèvres, des animaux que l’on retrouve fréquemment dans les centres commerciaux à l’occasion de Pâques.
Chez l’humain, les symptômes s’apparentent à ceux de la grippe.
Des complications peuvent cependant survenir pour les femmes enceintes, notamment, comme un avortement ou la naissance d’un bébé mort-né.
Le propriétaire des animaux de la fermette de la Place Versailles n’a pas répondu aux demandes de 24 heures