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Des documents embarrassants pour Biden

Photo portrait de Pierre Martin
2023-01-19T10:00:00Z

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La découverte de documents classifiés dans les bureaux privés et la résidence de Joe Biden est un boulet qu’il traînera jusqu’en 2024.

On ne connaît pas encore tous les détails de l’affaire, mais on en sait assez pour comprendre deux choses. D’abord, c’est infiniment moins grave que l’affaire des documents de Mar-a-Lago. Ensuite, même si les conséquences juridiques seront probablement nulles, Biden écopera politiquement.

Pour le moment, l’affaire comporte deux leçons utiles. L’une porte sur les périls de l’anti-trumpisme et l’autre m’amènera à présenter à mes lecteurs deux néologismes incontournables en politique américaine et malheureusement intraduisibles.

  • Écoutez l'entrevue de Pierre Martin via QUB radio :

Périls de l’anti-trumpisme

Joe Biden a gagné en 2020 parce qu’il promettait d’être l’anti-Trump. Dénonçant les mensonges pathologiques, la corruption ouverte et l’administration opaque et chaotique de Trump, Biden promettait la vérité, l’honnêteté, la transparence et la responsabilité. 

Le problème est que, même si la performance de Biden est considérablement meilleure que celle de Trump sur tous ces plans, elle n’est pas immaculée. Biden est loin des 30 000 déclarations fausses de Trump, mais son score n’est pas zéro. Les tribulations de Hunter Biden sont de la petite bière si on les compare aux magouilles saoudiennes de Jared Kushner et à la criminalité démontrée de l’entreprise Trump, mais elles sont embarrassantes. 

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Dans les affaires de documents, Trump a cherché à cacher ses actions même sous la menace d’une mise en demeure, mais Biden sera quand même blâmé parce que ses avocats ont attendu quelques semaines avant de rendre l’affaire publique. Finalement, on reprochera à Biden de ne pas avoir géré ses documents de façon impeccablement responsable, même si Trump les gérait de façon carrément criminelle.

Biden paiera cher et longtemps son incapacité d’atteindre la perfection, y compris chez ses propres partisans, même si l’opposition trumpiste établit des records dans l’autre sens. 

Whataboutism et bothsidesism

Dans l’environnement polarisé de la politique américaine, les inconduites relativement mineures qu’on reproche au parti adverse peuvent être utilisées pour minimiser les fautes considérablement plus graves, voire potentiellement criminelles, de son propre parti. 

Sur ce plan, les deux partis sont loin d’être équivalents. Rappelons-nous l’ex-sénateur démocrate Al Franken, forcé à démissionner par son propre parti pour une mauvaise blague à caractère sexuel, alors que les républicains passent l’éponge sur les multiples inconduites sexuelles de Trump.

Quand Donald Trump fera face à des accusations criminelles pour avoir volé des documents classifiés et refusé de collaborer avec la justice, ses apologistes n’hésiteront pas à rétorquer « What about Biden ? » 

On connaît la musique. En 2016, les républicains avaient réussi à minimiser la montagne de mensonges et d’inconduites de Trump en martelant les courriels d’Hillary Clinton. Aujourd’hui, ils minimisent la montagne de mensonges de leur recrue George Santos en amplifiant les imperfections des démocrates.

Le bothsidesism, cette tendance à créer et à soutenir ce genre de fausses équivalences, sera renforcé par la propension des médias à accorder le même poids aux bobos des deux partis, peu importe les différences de nature et de gravité des bobos en question.

Même si Joe Biden remonte la pente dans l’opinion publique, il devra d’ici à novembre 2024 composer avec le whataboutism et le bothsidesism, des plaies devenues incontournables dans l’environnement politique et médiatique américain. 

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