Grande Allée: des citoyens toujours opposés à un projet immobilier

Jean-François Racine
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Des citoyens continuent de s’opposer férocement au projet immobilier proposé par Immeubles Simard sur la Grande Allée.
Le regroupement proteste puisque la Ville de Québec procédera, selon eux, à un vote important sans que les citoyens n'aient obtenu de réponses aux mémoires déposés.
Les signataires d’une lettre ouverte déplorent la consultation citoyenne tenue le 12 mai dernier. Ils dénoncent ainsi le projet de changement du PPU (Programme particulier d'urbanisme) du 955 Grande-Allée Ouest.
Le projet ne tient compte, disent-ils, de la facture identitaire du quartier ni de sa réalité géographique.
Leurs inquiétudes touchent notamment la circulation, les arbres et la tranquillité du secteur.
Les nouveaux bâtiments seraient construits autour de l'ancien édifice de Loto-Québec, qui abritera toujours des bureaux.
Le règlement permettant la construction pourrait être modifié bientôt. Un immeuble de quelques étages et 180 logements est prévu avec un stationnement souterrain. Le projet totalise 40 millions de dollars.
Lettre ouverte des citoyens
À propos du projet de changement du PPU du 955 Grande-Allée Ouest
Marcher Québec, c’est lire son histoire, sans les mots. La seule facture visuelle, du moins ce qui en aura été préservé, par des Anglais visionnaires comme Lord Dufferin d’abord, est un récit de ce que nous sommes, de ce que nous fûmes. La fierté farouche et combative des Français s’inscrit dans la pierre de taille et les murs massifs et bas du patrimoine bâti du Vieux-Québec; le legs de beauté, de grandeur et de noblesse du parc des Champs-de-bataille en mémoire des combats qui auront opposé la France et l’Angleterre incarne une certaine mémoire de ces hommes qui y ont trouvé la mort, puis la paix; Bergerville et les grands domaines racontent sans paroles les quartiers ouvriers, la richesse des barons du bois. Et plus à l’Ouest? Les plain-pieds de Sainte-Foy et ce rêve, pour une classe moyenne émergente, d’accéder à la propriété foncière.
Dans cette trame, plusieurs erreurs sont aussi visibles et se racontent d’elles-mêmes, comme la colline parlementaire et ses bâtiments gris, en complète rupture visuelle avec l’environnement et la géographie, froide forteresse de béton anonyme marquant une époque éprise de modernité et de temps nouveaux.
Mais dites-nous, que retiendront de nous les prochaines générations, sinon notre aplaventrisme devant les nouveaux dictats de l’immobilier, le manque de vision de nos élus et l’irrespect, encore une fois, de ce que nous sommes, de ce que nous fûmes et demandons?
Notre regroupement citoyen dénonce et rejette vivement le projet déposé par le nouveau propriétaire du 955 Grande-allée Ouest lors de la séance du conseil du 12 mai dernier, un projet qui ne tient compte ni de la facture identitaire du quartier ni de sa réalité géographique et encore moins de son statut de capitale nationale et de ville touristique admirée de par le monde. Qui plus est : un projet déposé en toute hâte, sans réelle consultation publique, dans une période où les rassemblements citoyens sont toujours interdits.
Car d’où vient l’urgence? Le temps presse-t-il au point de bafouer le plus fondamental des droits citoyens, celui d’être informé et de faire entendre sa voix? Avouons-le, le tour de force est superbe! Là où d’autres ont mis des années avant de faire accepter un projet immobilier (par exemple Woodfield, en quelque 7-8 ans), l’actuel promoteur aura mis... 3 petits mois. Une démocratie digne de ce nom prévoit un réel processus de consultation, très éloigné des 6 jours initialement prévus entre la séance d’information du 12 mai et la consultation publique du 18 mai (finalement reportée au 27). Et puisque la séance du conseil de quartier du 1er juin prochain interdira lui aussi une prise de parole publique, nous n’avons d’autre choix que d’écrire et de décrire dans les médias qui nous épauleront, le triste sort réservé au Québec à ceux qui défendent patrimoine et bien commun.
Notre regroupement citoyen demande donc à la ville et à nos représentants élus de respecter son propre PPU et de tenir compte des préoccupations et attentes de ceux et celles qu’ils sont censés représenter.
Le 955 Grande-Allée Ouest est la première de 5 institutions qui bordent le côté sud de la Grande-Allée, entre le dernier quartier résidentiel de Sillery et les plaines. Accorder le changement de zonage au promoteur revient à ouvrir toute grande la porte à une série de constructions (qui pourront alors atteindre jusqu’à 22 mètres de haut!) qui défigureront à jamais la plus majestueuse des portes d’entrée de la ville.
En s’opposant à ce projet, c’est donc toute l’identité du quartier que les citoyens souhaitent préserver pour les générations futures. Une fois l'erreur commise, jamais plus nous ne pourrons récupérer ces espaces verts perdus. Et dans la lecture que feront les générations prochaines de notre époque, ils relèveront clairement le manque de vision des élus qui auront sacrifié le bien commun aux visées pécuniaires. Nos Champs Élysées ne raconteront plus rien, sinon notre amnésie collective et une triste absence d’engagement envers ceux qui suivront.
La commission d’urbanisme doit tenir compte de la réalité géographique du cap Diamant, des limites naturelles qu’impose une densification harmonieuse lorsque l'espace est restreint. Car certes, la densification est un noble objectif. Mais cherchons ensemble un seul projet réalisé récemment qui soit harmonieux. Un seul. Difficile, non? Impossible de nier le sentiment d'oppression ressenti sur toutes les artères urbaines où il y a eu densification dans les dernières années dans la ville de Québec. Le boulevard Laurier s’est transformé en forteresse anonyme et pourrait tout aussi bien se retrouver à Trois-Rivières ou à Limoilou, comme la route de l’Église. La côte Saint-Sacrement avec les constructions en cours ou celle du Gibraltar n’offrent plus aucune percée visuelle. Pensons aux récents projets de densification sur Grande-Allée, au Saint-Patrick, aux condominiums du boulevard Charest, à ceux de l’ancienne boucherie Bégin sur la rue St-Jean ou à ceux de l’avenue Maguire : il y en a tant, de ces murailles qui cloisonnent le regard, sans égards aux proportions historiques du quartier avoisinant, construites à quelques mètres de la rue. Une de plus? Sur Grande-Allée? Une de trop. C’en est assez!
La ville a pris le soin de définir la facture identitaire de chaque quartier dans son PPU. Pourquoi alors y renoncer? Et au bénéfice de qui?
Nous demandons donc formellement aux instances de la ville et à nos élus de tenir compte de nos récriminations qui visent à protéger l’une des signatures phares de la Capitale, notre Grande-Allée, montée superbe vers la colline parlementaire. Cette première entorse au changement de zonage serait une catastrophe, dont les répercussions transformeraient à tout jamais le visage de notre quartier, étranglé de toutes parts.
Il est particulier que la Capitale-Nationale laisse au fédéral et aux citoyens le souci de préserver les espaces verts, la qualité de vie et le caractère majestueux de l'entrée de la ville. Souhaitons que nos élus choisissent de soutenir et de porter cette volonté citoyenne exprimée clairement, poliment et d'une seule voix. Qu’ils soient l'écho de nos idéaux et de nos revendications, pour le bien commun. Car nos voix unies porteront loin, et pour longtemps.
Signé à Québec, en ce 29 mai 2021,
- Caroline Paquet
- Frédéric Brouillard
- Guy Bertrand
- Suzane Lachance
- Michel Leclerc
- Louis Tetu
- Éric Gagnon
- Roger Pothier
- Judith Labonté
- Gilles Manhès
- Isabelle Auger
- Philippe Garant
- Louis-Philippe Roux
- Magalie Lavoie
- Michel Tremblay
- Marc-André Roy
- Peter Vanrolleghen
- Annick De Meester
- Sophie Auger
- David Manicam
- Myriam Normand
- Annie Larochelle
- Daniel Cadoret
- Laurence Lebel-Ouellet
- François Cloutier
- Maryleen Brown
- André Lemieux
- Lucie Morisset
- Jean Savoie
- Claudine Béland
- Jacques Labrecque
- Sharon Little