Des chances improbables pour Jonathan Huberdeau de redevenir le joueur qu’il a été


Stéphane Cadorette
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La chute de Jonathan Huberdeau se poursuit avec les Flames, au point où il a été cloué au banc durant toute la troisième période, mardi soir, face aux Predators. À ce stade, si on se fie à différentes statistiques et à des avis de dépisteurs, les chances sont minces qu’il redevienne l’attaquant productif qu’il était il y a deux saisons à peine.
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Tout a été dit sur la dernière campagne difficile qu’a connue Huberdeau, sa première à Calgary, sous les ordres de Darryl Sutter. Avec la transaction qui l’a fait passer des Panthers aux Flames, sa production a chuté dramatiquement de 115 à 55 points. Jamais un joueur dans l’histoire de la LNH n’avait connu une baisse de régime aussi radicale.
Depuis que Sutter – que certains aiment qualifier de dinosaure – est parti, plusieurs s’attendaient à ce que le Québécois rebondisse. Or, même si la saison demeure très jeune avec seulement 12 matchs joués, Huberdeau est en voie d’amasser seulement 41 points.
«Tout ce qu’il a connu ne peut pas s’effacer tout d’un coup. Je pense qu’il va revenir à un calibre supérieur à celui de l’an passé, même s’il ne redeviendra peut-être plus jamais le joueur qu’il a été en Floride», glisse un recruteur d’une formation de l’Est de la LNH que nous avons consulté et qui a demandé à ne pas être identifié.
Statistiques révélatrices

La firme de statistiques avancées Sportlogiq a étudié le rendement de Huberdeau cette saison et arrive à la conclusion que l’attaquant «ne complète pas autant de passes vers les zones dangereuses de la glace et il s’implique moins lorsqu’il s’agit de reprendre la possession pour son équipe en zone offensive».
Les chiffres fournis illustrent bien cette conclusion. C’est au niveau des passes complétées vers l’enclave que le jeu de Huberdeau souffre plus que tout. En 2021-2022 avec les Panthers, il complétait 3,17 passes vers l’enclave par partie, ce qui lui conférait le cinquième rang à travers toute la LNH. L’an dernier, il en a complété 2,13 par rencontre (28e) et cette saison, la descente se poursuit de plus belle à 1,83 par match, ce qui le fait glisser au 46e rang.
Pour les passes complétées en zone offensive, l’ailier est passé en deux ans du deuxième rang (18,2 par match) au 87e (13,1 par match).
Sportlogiq a fait allusion à une implication déficiente pour reprendre possession de la rondelle en zone offensive. Encore là, lors de sa magistrale campagne de 2021-2022, il remportait 1,27 bataille à un contre un en zone offensive. C’était beaucoup mieux que 0,9 la saison dernière et 0,83 cet automne.
Pourquoi tous ces indicateurs offensifs chutent-ils? Les dépisteurs consultés estiment que «Hubby» s’épanouissait davantage en Floride, dans un système de jeu davantage axé sur la possession de la rondelle que sur l’échec avant.
«En Floride, il était tout le temps en mouvement, c’était plus un style possession de rondelle où on rentre en zone offensive avec contrôle», a mentionné un dépisteur d’une formation de l’Ouest.
«Jonathan, ce n’est pas le genre de gars que tu envoies toujours en ligne droite. Il peut garder la rondelle, la protéger et bouger pour créer des chances parce qu’il a tellement de bonnes mains et une bonne vision», a analysé un autre de ses pairs, cette fois dans l’Est.
Sportlogiq semble confirmer cette analyse en démontrant que depuis qu’il est à Calgary, Huberdeau possède la rondelle 35 s par match en zone offensive (105e rang), contre 55 s à sa dernière saison en Floride (14e).
Des signes encourageants?

Les statistiques laissent quand même poindre des signes encourageants. Pour les tirs tentés, Huberdeau semble plus d’attaque que l’an dernier (3,5 par match contre 2,96 la saison passée). Il génère ainsi plus de chances de marquer (2,17 par match contre 1,67).
«Ce qu’on voit de ses statistiques avancées offensives, c’est que ce n’est pas ce qu’on a vu de lui en Floride, mais ce n’est pas un désastre», conclut un dépisteur d’une équipe de l’Ouest.
Pour ce même dépisteur, il ne faut pas croire que le fait que Huberdeau ait été cloué au banc ait un lien avec sa baisse de production offensive.
«Il y a quelque chose d’autre dans son jeu, que ce soit son jeu défensif ou son niveau de compétitivité, qui n’est pas là. Il faut oublier la partie offensive, qui est alignée avec le reste de l’équipe. Ce qui se passe, ça sent plus le message au reste de l’équipe», affirme-t-il.
Difficile de rebondir

Dans l’histoire de la LNH, des 15 joueurs qui ont connu la plus importante chute de points d’une saison à l’autre, aucun n’est revenu avec une production égale ou supérieure à leur plus grosse saison par la suite. Seul le grand Wayne Gretzky, après être passé de 163 points à 121 avec les Kings de 1991 à 1992, s’en est approché avec une autre saison de 130 points, deux ans plus tard.
C’est signe que pour Huberdeau, il sera extrêmement difficile de retrouver un niveau de jeu similaire à celui de sa campagne de rêve en 2021-2022.
«Il a besoin d’un bon entourage. Quand il finira par sortir de ce trou, il se sentira encore plus fort. Probablement plus fort que jamais. Je crois en lui», mentionne son compatriote québécois de Detroit David Perron, qui se désole à distance de voir son ami pointé du doigt.
«J’ai vu le clip où il a la tête entre les deux jambes au banc des Flames. Je n’ai pas aimé voir ça. J’ai toujours aimé mes conversations avec Jo. Si je lui parlais, je ne lui glisserais probablement pas un seul mot sur le hockey. Il a la tête qui doit bourdonner. Il doit penser juste au hockey. Je le sortirais pour prendre une bière au resto. On parlerait de tout et de rien. Mais si ça devait tomber sur le hockey, ça viendrait de lui. Et je l’écouterais.»
–Avec la collaboration de Jean-François Chaumont à Detroit
LES PLUS IMPORTANTES CHUTES DE POINTS DANS L’HISTOIRE
Jonathan Huberdeau
2021-2022: 115 points
2022-2023: 55 points
Meilleure saison ensuite: ?
Bill Barber
1975-1976: 112 points
1976-1977: 55 points
Meilleure saison ensuite: 89 points
Dennis Maruk
1981-1982: 136 points
1982-1983: 81 points
Meilleure saison ensuite: 60 points
Bob MacMillan
1979-1980: 108 points
1980-1981: 61 points
Meilleure saison ensuite: 63 points
Reggie Leach
1976-1977: 91 points
1977-1978: 46 points
Meilleure saison ensuite: 70 points
Chuck Lefley
1976-1977: 85 points
1977-1978: 41 points
Meilleure saison ensuite: 12 points
Sergei Fedorov
1996-1997: 107 points
1997-1998: 63 points
Meilleure saison ensuite: 83 points
Mats Naslund
1989-1990: 84 points
1990-1991: 41 points
Meilleure saison ensuite: 22 points
Pete Mahovlich
1976-1977: 105 points
1977-1978: 62 points
Meilleure saison ensuite: 66 points
Vaclav Nedomansky
1980-1981: 74 points
1981-1982: 32 points
Meilleure saison ensuite: 40 points
Wayne Gretzky
1991-1992: 163 points
1992-1993: 121 points
Meilleure saison ensuite: 130 points
Joe Mullen
1989-1990: 110 points
1990-1991: 69 points
Meilleure saison ensuite: 87 points
Mike Modano
2003-2004: 85 points
2004-2005: 44 points
Meilleure saison ensuite: 77 points
André Boudrias
1975-1976: 78 points
1976-1977: 38 points
Meilleure saison ensuite: 43 points
Brian MacLellan
1985-1986: 85 points
1986-1987: 45 points
Meilleure saison ensuite: 48 points
Bryan Trottier
1982-1983: 129 points
1983-1984: 89 points
Meilleure saison ensuite: 111 points