Sa carrière de joueur dérobée par la vie, il est devenu la plus grande tête de hockey à l'extérieur de la LNH


Nicolas Cloutier
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Dès qu’un poste d’entraîneur-chef se libère dans la Ligue nationale de hockey (LNH), le nom de David Carle émerge. À 35 ans seulement, Carle est la tête de hockey la plus prometteuse en Amérique du Nord. Son éventuelle embauche à titre d’entraîneur-chef dans la meilleure ligue au monde est inévitable.
Pour l’heure, Carle est trop occupé à gagner à Denver, l’un des programmes de hockey les plus réputés de la NCAA. Avec les Pioneers, il a compilé une incroyable fiche de 161-64-16 et a raflé le championnat national l'an dernier (contre Jacob Fowler et Boston College en finale) ainsi que l'or au Championnat mondial junior derrière le banc des États-Unis.
Comment, à un âge aussi précoce, le rouquin a-t-il bâti à une telle vitesse une réputation de gagnant aussi béton? Parce que la vie lui a volé sa carrière de hockeyeur.
Ancien défenseur, Carle, un produit de la prestigieuse académie Shattuck St. Mary’s au Minnesota, était pressenti pour être repêché au premier ou deuxième tour avant le repêchage de 2008. Jusqu’à ce qu’au traditionnel «Combine», une batterie de tests médicaux ne révèle une sérieuse condition cardiaque: une cardiomyopathie hypertrophique.
Une condition si sérieuse qu’elle a immédiatement mis fin à sa carrière. Comme l’explique l’Institut de cardiologie de Montréal, l’épaississement du muscle cardiaque causé par la maladie peut provoquer un blocage à la sortie du ventricule gauche du cœur. Le risque peut ainsi être considérable lors d’un effort physique soutenu.
Le Lightning de Tampa Bay a tout de même sélectionné Carle au septième tour, 203e au total, mais le principal intéressé n’a plus jamais rejoué au hockey. Jusqu’où se serait-il rendu s’il avait pu atteindre la LNH? Cette question l’a peut-être hanté, mais elle ne le tourmente plus.
«Quand j’étais plus jeune, peut-être, mais ces jours-ci, je suis beaucoup trop occupé pour penser à ce genre de choses», dit-il en direct de l’aéroport, lors d’une entrevue téléphonique avec le TVASports.ca.
Avec le temps, le regret a fini par laisser place à la gratitude. La gratitude d’exercer le métier qu’il aime à un haut niveau.
«Je peux dire que je me sens béni et chanceux avec la façon dont les choses ont tourné pour moi. J’adore mon lieu de travail et je suis choyé d’avoir pu bénéficier des occasions qui m’ont été données.
«Vraiment, je n’aurais pas pu demander un meilleur coup du sort quand je repense à cette situation franchement mauvaise qui est survenue en 2008.»
Il a raison, au fond. Il aurait pu broyer du noir, se morfondre, vivre le restant de ses jours avec ce terrible sentiment d’injustice, cette impression que les dés ont été pipés contre lui. Mais le voilà aux portes de la LNH en train de diriger la jeune élite du hockey. Il aurait difficilement pu mieux réussir cet après-carrière pour le moins précipité.

Ce qu’il a retenu de Lane Hutson
Pendant quelques semaines, Carle a dirigé et vu de près le jeune défenseur des Canadiens de Montréal Lane Hutson au dernier Championnat mondial junior.
Que retient ce brillant homme de hockey de sa brève expérience avec un joueur au style de jeu inusité? Pas forcément ses pirouettes.
«Son niveau de compétition, mentionne d'abord Carle. C’est un aspect sous-estimé de son jeu. Ce n’est pas la première chose qui saute aux yeux quand on parle de joueurs de sa stature. Mais c’est un joueur vraiment compétitif.
«Quand il saute sur la glace, il veut avoir un impact. Son quotient intellectuel de hockey et ses habiletés appartiennent à l’élite.»
Comme les partisans montréalais ont pu le constater, Hutson joue comme Hutson. Il n’y a pas beaucoup de joueurs qui se déplacent sur la patinoire avec la même démarche.
«Il est un brin différent des autres joueurs qui sont dans l’élite, observe Carle. Il a l’air différent. Il joue différemment, il bouge différemment sur les extrémités de ses lames. Il est imprévisible, il peut manipuler longuement la rondelle. Je ne suis pas surpris qu’il connaisse du succès.»

Retrancher un prodige
L’entraîneur des jeunes Américains a pris une décision déchirante l’an dernier, celle de retrancher le prodige James Hagens, pressenti pour être choisi premier au total en 2025.
«Il nous a fait réfléchir, avoue Carle. C’est ce qu’on demande à nos joueurs, de compliquer nos décisions. On ne veut pas que ce soit facile.»
La deuxième fois pourrait être la bonne pour ce joueur de centre au potentiel très élevé.
«L’expérience qu’il a accumulée à notre camp en décembre dernier va lui donner davantage de confiance cette année», prédit Carle, qui visera une deuxième médaille d’or consécutive.
Le jeune instructeur s’enthousiasme de ce que Hagens pourrait devenir dans quelques années, une fois qu’il aura atteint sa pleine maturité physique.
«Sa tête est toujours levée, fait-il remarquer. Tu commences à faire des projections et tu te dis: “Wow, qu’est-ce qu’il va être capable de faire à 190 ou 195 livres, avec des jambes raffermies?” Tu commences à être vraiment excité. Parce que son sens du hockey, tu sais qu’il ne s’en va nulle part.
«Non, ce qui arrive, souvent, c’est qu’une fois cette maturité atteinte, les habiletés et le coup de patin ressortent encore plus. C’est normal que le potentiel de Hagens suscite autant d’entrain.»
À un moment où la suprématie de Hagens au premier rang de sa cuvée est contestée par les Michael Misa, Matthew Schaefer et Porter Martone, il est bon de se rappeler que le meilleur est à venir dans le cas de Hagens.
Ce n’est pas nous qui vous le disons, mais l’une des meilleures têtes de hockey au continent.