«Dernière génération»: qui est le groupe qui a perturbé l’aéroport de Montréal?
Le mouvement né en Europe et qui prône la désobéissance civile a commencé à mener des actions à Montréal au cours des dernières semaines


Olivier Faucher
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Aéroport perturbé, rue et pont bloqués, peinture lancée sur des fenêtres: les militants écologistes qui ont fait la pluie et le beau temps à Montréal cette semaine appartiennent à un groupe fondé en Europe venant tout juste de débarquer en ville. Et préparez-vous: ce n’est que le début, avertit-il.
D’où vient le mouvement?
Le mouvement a émergé en 2021 dans quelques pays d’Europe dont l’Allemagne et l’Italie. Son nom signifie que ses membres se considèrent comme la dernière génération avant que la planète n’atteigne le point de non-retour de la crise climatique.
Dès ses débuts, Dernière génération a eu recours à la désobéissance civile, comme le blocage de routes, pour forcer les gouvernements à agir contre les changements climatiques.
Le groupe est également derrière plusieurs gestes de vandalisme contre de célèbres tableaux dans des musées, notamment des artistes Gustav Klimt et Claude Monet.

Ce n’est qu’en 2023 que des Canadiens décident d’importer le mouvement au pays. Si ses actions ont d’abord été concentrées au Canada anglais, le groupe a commencé à être actif à Montréal au cours des dernières semaines.
Que veulent ses membres?
Dernière génération Canada consacre une bonne partie de sa campagne aux feux de forêt qui ont dévasté des superficies record au pays en 2023 et qui ont au cours des derniers jours détruit le tiers de la ville touristique de Jasper en Colombie-Britannique.
«Plusieurs personnes ont joint le groupe à cause des feux», explique Eulalie Reesink, porte-parole du regroupement. «Ce que j’ai remarqué, c’est qu’il y a une passion chez les gens parce que maintenant on ressent la crise climatique.»
Sa première revendication vise justement l’instauration d’une «agence fédérale de lutte contre les incendies» qui emploierait «50 000 pompiers».
Les membres de ce groupe souhaitent également que le Canada soutienne un traité visant à mettre fin à l’ère des combustibles fossiles et que le gouvernement fédéral mette en place des assemblées citoyennes «juridiquement contraignantes» qui lutteraient contre la crise climatique.
Que font-ils pour arriver à leurs fins?
À Montréal, le groupe a mené sa première action le 9 juin dernier lorsque plusieurs militants ont bloqué le pont de la Concorde menant à l’île Notre-Dame où avait alors lieu le Grand prix.
Puis, le groupe a été particulièrement actif la semaine dernière, en se collant les mains au sol pour bloquer l’accès à l’aéroport Montréal-Trudeau mercredi et vendredi. Jeudi, ils ont plutôt lancé de la peinture sur des fenêtres du site aéroportuaire.

Il s’agissait alors d’une action concertée dans plusieurs pays du monde prenant pour cible des aéroports, alors que des militants ont posé des gestes similaires, notamment au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne et en Suisse.
Samedi, les manifestants ont bloqué une intersection du centre-ville de la métropole en s’aspergeant d’une substance noire avec des banderoles sur lesquelles on pouvait lire «Le pétrole tue».
Au Québec, ce n’est que le début, avertit Mme Reesink, qui dit que plusieurs militants ont été recrutés à Montréal.
«On va continuer jusqu’à ce que nos demandes soient reconnues. Il faut qu’on perturbe le quotidien et les gens ordinaires, parce que le statu quo fait qu’on est en train d’arriver à la fin de l’humanité et la destruction de la nature.»
Une cause qui s’était essoufflée
Au Québec, les actions de Dernière génération font écho à ce que faisait le groupe Extinction Rebellion en 2019, année où ses militants aussi écologistes avaient notamment escaladé le pont Jacques-Cartier.

Cette année-là avait été marquée par les problèmes environnementaux et une manifestation ayant réuni des centaines de milliers de personnes, dont Greta Thunberg à Montréal. Or, la pandémie a semblé essouffler la mobilisation écologique qui peine à attirer beaucoup de gens à ces rassemblements depuis plusieurs années.
Christopher Barrington Leigh, professeur à l’École d’environnement de l’Université McGill, croit que ces problèmes constituent de bonnes raisons pouvant pousser plus de gens à se mobiliser.
«Beaucoup de gens au Canada sont touchés par la dévastation de Jasper», dit-il.
«On n’a pas ce grand nombre de gens pour l’instant, mais on va y arriver parce que c’est la réalité et la situation va s’empirer», croit de son côté Mme Reesink.
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