Le gouvernement Legault se concentre sur l’économie et la santé et repousse le retour à l’équilibre budgétaire à plus tard. Les choix difficiles seront pris après les élections générales de 2022.
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«La priorité, c’est vaincre la pandémie », a expliqué le ministre des Finances Eric Girard en conférence de presse.
L’échéance électorale « n’était pas une considération » pour M. Girard, même si le Parti libéral y voit une « drôle de coïncidence » et Québec solidaire observe une « manœuvre politique ». Si le retour à un budget à l’encre noir ne se fait plus en cinq, mais en sept ans, c’est parce que le ministre a réalisé en décembre, alors que la deuxième vague frappait fort, que le retour à la normale ne se ferait pas avant 2022. Cette vague fait d’ailleurs passer le déficit prévu cette année de 8 à 12 milliards.
Le « chemin » du ministre Girard est toutefois tracé : vaincre la pandémie en 2021, arriver au plein emploi en 2022, retrouver le plein potentiel économique du Québec en 2025, et retour à l’équilibre en 2027-28.
Compressions budgétaires à partir de 2023
Pour effacer le déficit structurel de 6,5 milliards qui traîne toujours, il planifie des compressions budgétaires de 1,3 milliard par année à partir de 2023-24. Et ce, malgré une application plus sévère des taxes sur les biens importés (+ 1,8 milliard de revenus) puis la disparition de 5000 postes de fonctionnaires et l’abolition de programmes jugés obsolètes (2 milliards d’économie), qui font déjà parti des calculs.
Le gouvernement Legault mise encore sur plus d’argent du fédéral en santé, mais ne le budgète pas, par prudence. « Je serais surpris, avec les signaux que j’ai eus, d’avoir six milliards dans le [prochain budget fédéral] », a dit Eric Girard.
Mais avant tout, la pandémie. Cette année, la priorité est la santé, et Québec estime que 9 milliards auront été engagés dans le réseau pour faire face à la crise sanitaire. Puis le gouvernement Legault poursuit les mesures d’aide d’urgence aux entreprises, et injecte 1,3 milliard pour « brancher tous les Québécois à internet haute vitesse ». Quant à l’aide directe aux citoyens, le budget ne réserve qu’un cadeau, un 100 $ par session donnés aux étudiants du CÉGEP et des universités.
Des milliards dans le béton
Pour relancer l’économie, il ajoute 4,5 milliards dans le béton et l’asphalte en érigeant plus d’écoles, de maisons des aînées, en pavant plus de routes et en électrifiant les transports collectifs.
Les partis d’oppositions déplorent justement cette « vieille recette » d’un gouvernement « conservateur » qui risque surtout d’accentuer l’inflation des prix dans le domaine de la construction. Le libéral André Fortin pousse la note jusqu’à dire que le budget Girard aurait pu être écrit par l’Union nationale.
Ils estiment que le grand oublié du budget est l’environnement. La présidente du conseil du trésor Sonia LeBel a d’ailleurs oublié le nom du Plan pour une économie verte de son collègue Benoît Charette. Aucun nouvel investissement n’est prévu pour réduire les gaz à effet de serre et accélérer la transition énergétique.
Les partis d’opposition déplorent également le saupoudrage des dépenses. Québec solidaire critique le manque d’investissements dans les CPE, le soutien aux femmes — une insulte — et le logement socia. On a recyclé de vieilles annonces qui datent de Mathusalem, a dénoncé Manon Massé. Le PQ croit aussi que l'annonce de 500 nouveaux logements sociaux est nettement insuffisant, alors qu'il en faudrait 5000 par année.