Démission de Freeland: le rôle d’un ministre des Finances «n’est pas d’être un "Yes Man"», selon un économiste
Agence QMI
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Les différends avec Justin Trudeau qui ont poussé Chrystia Freeland à démissionner du cabinet du premier ministre l’empêchaient d’effectuer son travail de ministre comme il se doit, selon l’économiste Philippe Gougeon.
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En entrevue à LCN, le directeur de la firme spécialisée en analyse économique AppEco affirme que la ministre en avait assez et que c’est pourquoi elle a pris la décision de tenir tête au premier ministre lundi matin en annonçant son départ.
«On voyait déjà lors de sa mise à jour économique l’année passée qu’elle avait mis des cibles [à ne pas dépasser pour le déficit], dit-il. C’était déjà un peu une surprise parce qu’historiquement, le Parti libéral du Canada depuis plusieurs années n’en avait plus de cibles pour la gestion des finances publiques.»
«Là, elle avait mis des cibles et on a compris avec le temps qu’elle y tenait à ses cibles et c’est ça le rôle de ministre des Finances, ce n’est pas d’être un Yes Man, ajoute-t-il. Ce n’est pas de dire oui au premier ministre. Son rôle c’est de gérer les finances publiques et de les contrôler.»
L’économiste ne voit pas pour l’instant d’impact direct sur l’économie canadienne si la mise à jour économique de lundi a lieu comme prévu malgré sa démission.
«Je pense qu’à court terme, ça ne change rien parce qu’il y a une mise à jour économique qui est écrite, affirme-t-il. Ça existe, ça ne changera pas à court terme son contenu. C’est sûr que ça peut créer un peu d’incertitude à long terme parce que le message qu’elle lance en démissionnant est clairement qu’on dépense trop.»
«En agissant de cette façon-là, il peut y avoir un peu d’incertitude, mais ça ne se matérialisera pas à court terme, continue-t-il. Au niveau économique et financier, je ne vois pas d’impact. Pour l’instant, l’impact est vraiment surtout politique pour le gouvernement.»
Impact de Donald Trump
Les réticences en matière de dépenses et de déficits de Mme Freeland surviennent au même moment où Donald Trump menace d’imposer des tarifs douaniers de 25%, ce qui n’est pas un hasard, selon M. Gougeon.
«Ça va coûter des milliards de dollars si les tarifs sont vraiment mis en œuvre, avance-t-il. Quand tu décides de dépenser des milliards d’avance pour des gains électoraux, c’est sûr que cet argent-là n’est plus disponible ensuite.»
«On a compris dans ses points de presse ces dernières semaines qu’elle n’aimait pas ça le manque de gestion des finances publiques dans laquelle ils se dirigeaient, renchérit-il. Il faut que les Canadiens soient conscients que ça a des répercussions de dépenser, dépenser et dépenser sans compter.»
«Ça augmente nos coûts d’emprunt, ça limite notre capacité d’action quand il se passe quelque chose de grave comme les tarifs avec lesquels Donald Trump pourrait arriver. »
Plus que jamais, le Canada a besoin de flexibilité au niveau économique, selon lui.
«Moi, je vois ça d’un mauvais œil parce que si Justin Trudeau lui a demandé de quitter, c’est parce qu’elle faisait quelque chose qu’elle n’aimait pas, soutient-il. On sait tous que ce qu’elle n’aimait pas, c’est que malgré tout, elle était quelque chose comme un frein à la dépense.»
«Dans tous les cas au niveau économique, il faut faire attention à nos dépenses, ajoute-t-il. On ne peut pas jeter l’argent par la fenêtre, parce qu’on veut pouvoir réagir quand c’est important. Quand il y a eu la pandémie, il y a eu des marges de manœuvre et on les a utilisées. On était content de les avoir. S’il y a des tarifs, on veut encore avoir des marges de manœuvre pour agir et aider nos entreprises et les pertes d’emplois qu’on va avoir.»
Voyez l’entrevue complète dans la vidéo ci-dessus