Déjoué par la seule chose qui pouvait l’arrêter

Marc de Foy
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La retraite ne faisait pas partie des plans de Rodger Brulotte. Il comptait continuer à travailler encore longtemps avant que le cancer ne le frappe de plein fouet en septembre dernier.
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« Voyons Rodger, il faudra bien que tu arrêtes un jour », que je lui disais chaque fois qu’on abordait le sujet.
Il avait une réplique toute prête.
« Pis toé qu’est-ce que tu vas faire si tu décroches ? Rester à la maison à ne pas savoir quoi faire ? Tu vas voir que c’est plate quand tu n’es plus dans l’action. N’arrête pas, continue ! »
Comme quoi on ne sait jamais ce qui nous pend au bout du nez.
Je bosse encore, mais Rodger n’est plus. Le cancer a eu raison de lui en six mois.
Priez pour moi
La dernière fois que je lui ai rendu visite au CHUM avec ma conjointe et un couple d’amis, il montrait pour la première fois depuis le début de son calvaire les signes de quelqu’un de gravement malade.
Visage amaigri, teint blafard, voix faible.
Sur le chemin du retour à la maison, j’ai pensé que c’était peut-être la dernière fois que je le voyais.
Rodger était désespéré ce jour-là. Croyant, il nous a demandé de prier pour lui.
Quand je lui ai parlé trois jours plus tard, sa voix était meilleure.
La fureur de vivre
Rodger a lutté de toutes ses forces. Encore dimanche dernier, sa conjointe, Pascale, avec laquelle il partageait sa vie depuis une quinzaine d’années, m’a dit qu’il voulait vivre.
Rodger n’était pas prêt à partir.
Il avait encore des tas d’histoires à raconter sur le baseball, son sport de prédilection, le Canadien, la politique, le cinéma, la musique, les athlètes, les artistes d’autrefois, le bon vieux temps...
Les loisirs Saint-Eusèbe
La vie en a décidé autrement. Le combat qu’il livrait était devenu inégal.
On n’entendra plus Rodger dire que l’entraîneur-chef des Blue Jays de Toronto, John Schneider, a géré un jeu à la manière d’un gérant des loisirs Saint-Eusèbe.
Le Canadien faisait partie de son quotidien.
Comme tout Québécois qui raffole du hockey, il se glissait dans la peau du directeur général et d’entraîneur-chef du Tricolore.
Les dimanches, quand il n’était pas occupé, il regardait les matchs de la NFL.
Rodger était un grand allié du sport amateur. Il a fait beaucoup pour le baseball et le hockey mineur ainsi que pour quantité d’athlètes amateurs qui œuvraient dans d’autres disciplines sportives.
Toujours prêt à aider
Rodger avait le cœur sur la main.
Le nombre de causes caritatives auxquelles il s’est donné corps et âme se calcule par dizaines.
Il était particulièrement fier de prêter son concours à la Fondation pour l’encouragement scolaire, affiliée au Centre de services scolaire des Affluents, qui dessert les territoires des MRC de L’Assomption et Les Moulins.
Le premier ministre François Legault lui a remis la médaille de l’Assemblée nationale pour son implication sur ce plan. Ce geste l’avait profondément touché.
Dans la mesure du possible, Rodger acceptait tout ce qui lui était proposé.
Vous aviez besoin d’un animateur pour une soirée de collecte de fonds, Rodger levait la main.
Partout en ville
Le titre de sa chronique « Tout partout en ville », dans Le Journal de Montréal, correspondait bien au personnage.
Combien de fois m’a-t-il appelé en fin de soirée alors qu’il rentrait d’une soirée-bénéfice ?
Il savait que j’étais un couche-tard et on parlait de tout ce qui nous passait par la tête.
C’était plutôt rare qu’on avait des divergences d’opinions. Quand ça se produisait, ça n’allait pas jusqu’à du crêpage de chignons.
Mais il connaissait mon tempérament soupe au lait et il s’amusait à me faire grimper dans les rideaux.
Un gars du peuple
Tout le monde connaissait Rodger.
Suffisait de marcher avec lui dans la rue ou de se déplacer en métro pour aller au Centre Bell, comme il nous arrivait de le faire les jours de tempête, pour voir à quel point il était connu du public.
Il avait toujours quelques instants pour échanger avec les gens.
Rodger était un gars du peuple, un fils du quartier Hochelaga-Maisonneuve qui a fait son chemin dans la vie.
Dans la maladie, il trouvait le moyen de faire de l’humour.
« Si jamais je pars, vous pourrez dire : “Bonsoir, il est parti !” »
Bonsoir, Rodger. Repose-toi bien.