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Défilé de la Victoire : un 10 sur 10, cinquante ans après Nadia Comaneci

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI
Photo portrait de Patric Laprade

Patric Laprade

2026-05-31T13:43:58Z

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J’avais 16 ans la dernière fois que j’ai assisté à un défilé d’une équipe sportive dans les rues de Montréal. 

Ce que j’ai vécu samedi midi, alors qu’environ 20 000 personnes se sont rassemblées au Quartier des spectacles pour célébrer la Victoire de Montréal et sa conquête de la coupe Walter, m’a ramené 33 ans en arrière. À pareille date, j’étais sur la rue Sherbrooke pour souligner la 24e conquête de la coupe Stanley du Canadien.

Il n’y avait pas autant de monde samedi. Mais lorsque tu te retrouves au cœur d’une foule, comme je l’étais au Quartier des spectacles, ou sur la rue Sherbrooke près du parc La Fontaine à 16 ans, la différence entre 20 000 et 100 000 personnes devient presque abstraite. Tout ce que tu vois, ce sont des gens à perte de vue.

C’est là que le vertige s’installe. Tu cesses de compter et tu te laisses simplement porter par le moment.

Et croyez-moi, j’ai eu les mêmes frissons, la même émotion et j’en garderai un précieux souvenir que j’espère encore me rappeler dans 33 ans.

L’autre différence, c’est au lieu de célébrer Patrick, Vincent et Éric, on célébrait Marie-Philip, Ann-Renée et Catherine.

D’ailleurs, Marie-Philip Poulin rappelait après les célébrations que vivre un tel bain de foule était un rêve partagé par toutes les joueuses, une expérience qui semblait jusque-là réservée aux vainqueurs de la coupe Stanley. Une célébration que tu voyais uniquement à la télévision.

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Et c’est exactement ce à quoi nous avons eu droit.

Un véritable défilé, avec un autobus à deux étages et une décapotable. Un écran géant installé sur le site principal. Le soleil au rendez-vous, comme si les dieux du hockey avaient décidé de faire tomber les 85 % de probabilité de pluie pendant la nuit.

Et surtout, du monde. Beaucoup de monde. Plus que ce que même les plus optimistes auraient osé imaginer.

Je vous le dis. Un 10 sur 10, cinquante ans après Nadia Comaneci.

L’un des plus beaux moments de la journée aura été de voir l’émotion sur le visage de joueuses comme Ann-Renée Desbiens. La gardienne nous a avoué avoir eu les larmes aux yeux lorsque l’autobus a tourné sur la rue Sainte-Catherine et qu’elle a aperçu la foule.

Comme elle l’a ensuite lancé sur scène, elle n’aurait jamais imaginé remplir un jour le Centre Bell, encore moins le Quartier des spectacles.

Inspirer les jeunes filles

« Si j’avais eu ça quand j’étais jeune, j’aurais rêvé d’être une joueuse de hockey professionnelle ! »

Ces mots, je les ai entendus au Complexe Desjardins, environ une heure après la fin du défilé, d’une partisane de la Victoire de Montréal qui arrivait justement de cette célébration.

Et ils m’ont marqué.

Parce qu’il est vrai que les Québécoises de ma génération, comme celles des générations suivantes, n’ont jamais eu l’occasion de vivre une journée où des athlètes féminines étaient célébrées avec un tel enthousiasme.

Cette célébration était digne de ce qu’on a vu avec les Aces de Las Vegas dans la WNBA l’an dernier. Mais rien à comparer avec ce que le hockey féminin avait eu droit auparavant.

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Montréal a remporté la coupe Clarkson à quatre reprises. La dernière fois, en 2017, les Canadiennes de Montréal avaient dans ses rangs une équipe toute étoile avec les Marie-Philip Poulin, Caroline Ouellette, Kim Deschênes, Ann-Sophie Bettez, Noémie Marin, Laurianne Rougeau, Cathy Chartrand, Julie Chu et Charline Labonté.

La célébration ?

Une mini conférence de presse après une pratique du Canadien, devant une poignée de journalistes dans l’espace média du complexe sportif à Brossard.

Toutes les actrices de cette réussite à qui j’ai parlé, que ce soit Marie-Philip Poulin, Laura Stacey, Ann-Renée Desbiens, Kori Cheverie, Daniele Sauvageau ainsi que la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, étaient unanimes. Cette célébration sera inspirante pour les jeunes filles qui ont regardé le tout à la télé, en ligne ou qui étaient présentes au défilé.

« J’espère sincèrement que chacune de ces jeunes filles voudra porter un chandail de la Victoire de Montréal ! » a répondu Laura Stacey.

Et à voir la réaction de certaines jeunes partisanes quelques minutes plus tard, son souhait semblait déjà se concrétiser.

Lorsque les joueuses sont descendues de la scène, j’ai vu et entendu des adolescentes s’époumoner pour attirer l’attention de Nicole Gosling dans l’espoir d’obtenir un autographe. Et lorsque la défenseuse s’est finalement approchée d’elles, l’émotion était palpable.

Ça m’a rappelé à quel point j’avais été heureux d’assister au défilé de 1993. Et c’est précisément pour créer ce genre de souvenirs qu’une célébration comme celle-là est importante.

Montréal établie la norme

« Faut que ça devienne la base de la norme ! »

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Ann-Renée Desbiens ne pouvait si bien dire.

J’ai critiqué la courte distance entre les rues De Bleury et Clark, mais mon objectif était surtout de faire comprendre aux dirigeants de la LPHF que Montréal était prête à célébrer ce championnat en grand. Les joueuses méritent le même traitement que celui qu’on a accordé aux équipes championnes masculines dans le passé, qu’il s’agisse du Canadien ou des Alouettes.

Il faut que la ligue comprenne que ce qu’elle a vu au Minnesota ne représente pas la norme. Montréal a prouvé samedi qu’une équipe féminine championne peut susciter une mobilisation populaire digne des grandes célébrations sportives de la ville.

Montréal ne remportera pas la coupe chaque année, bien sûr. Mais les images de cette célébration ont été reprises par les plus grands médias partout en Amérique du Nord.

Alors qui sait ? Elles inspireront peut-être les partisans d’autres villes à célébrer leurs championnes avec le même enthousiasme lorsque leur tour viendra.

La prochaine fois, je veux voir un défilé qui s’étend sur 10 ou 15 rues. Je veux voir 25 000, 30 000, voire 40 000 personnes envahir le centre-ville de Montréal pour célébrer leurs héroïnes.

Si la journée de samedi nous a appris quelque chose, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de voir grand.

Comme l’a lancé Ann-Renée Desbiens :

« Continuez de rêver plus ! »

Dans les notes de mon iPhone

· Outre les partisans, j’y ai croisé plusieurs visages familiers, dont Mélanie Desrochers, ancienne championne de la coupe Clarkson avec les Canadiennes, ainsi que Kayla Tutino, une Montréalaise qui a représenté l’Italie aux Jeux olympiques et qui était présente pour soutenir Nadia Mattivi, loin de sa famille en ces jours de célébration. Samantha Isbell, retranchée par la Victoire à la toute fin de la saison, était également sur place. J’espère d’ailleurs qu’elle recevra, tout comme Kelly-Ann Nadeau, une bague de championnat.

· Pendant que l’autobus se dirigeait vers le site des célébrations, Mitsou et Ya Cetidon ont offert une prestation musicale, interprétant notamment « C’est chaud », la chanson que Mitsou avait déjà chantée à la Place Bell lors de la série contre Ottawa. Une vidéo mettant en vedette plusieurs personnalités, dont Roch Voisine, Patrice Bélanger et Ariane Moffatt, a également été diffusée sur l’écran géant afin de féliciter l’équipe.

· Comme le départ se faisait à partir de l’Auditorium de Verdun, l’autobus a d’abord emprunté la rue Wellington avant de se diriger vers le centre-ville, où de nombreux partisans et partisanes s’étaient aussi massés pour saluer les championnes.

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