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«Je suis une femme raisonnable et rationnelle. Cette course-là, c’est tout le contraire»: une soccer mom surmonte un défi extrême en Norvège

Une mère de trois garçons a bravé l’une des plus difficiles épreuves au monde en Norvège

PHOTO FOURNIE PAR BIANCA DROLET
Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2024-02-25T05:00:00Z

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Bianca Drolet

La Québécoise Bianca Drolet en a participé au triathlon extrême Norseman, en Norvège, en août 2023.
La Québécoise Bianca Drolet en a participé au triathlon extrême Norseman, en Norvège, en août 2023. PHOTO FOURNIE PAR BIANCA DROLET
42 ans - Laval

Mère monoparentale de 3 garçons, spécialiste en ressources humaines à son compte

· Norseman Xtreme Triathlon 2023

Pourquoi?

«Ajouter du piquant dans ma vie et trouver mon mur, mes limites.»


Bianca Drolet souhaitait «mettre du piquant» dans sa vie déjà bien remplie. L’éducation de ses trois garçons ne l’avait pas envoyée au tapis. Cette mère monoparentale et travailleuse autonome cherchait à affronter l’adversité et... «frapper son mur».

Celui-ci, c’était le Norseman, un triathlon extrême organisé en Norvège. Les 290 athlètes nagent 3,8 km, pédalent 180 km sur des routes sinueuses et montagneuses et courent 42,2 km avant de franchir le fil d’arrivée au sommet de la «zombie hill», le mont Gausta culminant à 1883 mètres d’altitude. 

La Québécoise Bianca Drolet en a participé au triathlon extrême Norseman, en Norvège, en août 2023.
La Québécoise Bianca Drolet en a participé au triathlon extrême Norseman, en Norvège, en août 2023. PHOTO FOURNIE PAR BIANCA DROLET

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Même les organisateurs de l’épreuve le déconseillent. «Ce n’est pas pour toi. Ce n’est rien de personnel, peut-on lire sur la brochure descriptive de l’événement. C’est une course pour les battants.» 

Bianca Drolet s’identifiait à cette épreuve. Elle voulait livrer l’une des plus grandes batailles de sa vie sportive.

«J’entretenais une assez grande crainte de ne pas être en mesure de rejoindre le fil d’arrivée. C’est ce qui m’intéressait. J’ai eu la chance d’essuyer peu d’échecs dans ma vie, raconte la professionnelle des ressources humaines. Les échecs et l’adversité sont très formateurs. Ils nous permettent de gagner en humilité et résilience.» 

Au contraire de la rationalité

Dans ses objectifs, elle souhaitait aussi agir d’exemple pour ses fils et les membres de sa famille, mais également oser et ne pas entretenir de regrets plus tard. 

«Je suis une femme raisonnable et rationnelle. Cette course-là, c’est tout le contraire. C’était mon premier et probablement mon dernier triathlon extrême», confirme-t-elle avec humour en entrevue avec Le Journal

Le Norseman se caractérise, entre autres, par ce qui est reconnu comme la portion de natation la plus difficile au monde. Pourquoi? Car les participants doivent se jeter d’un bateau au large du fjord et rejoindre le rivage 3,8 km plus loin. La température de l’eau oscille rarement au-delà de 10 degrés Celsius alors que les risques d’hypothermie sont omniprésents.

Pour commencer le triathlon Norseman en Norvège, les participants sautent du bateau dans le fjord pour nager 3,8 km.
Pour commencer le triathlon Norseman en Norvège, les participants sautent du bateau dans le fjord pour nager 3,8 km. PHOTO FOURNIE PAR BIANCA DROLET

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Pour la Québécoise âgée de 42 ans, franchir cette distance avant le temps limite de 2 h 15 min représentait son plus gros défi. Elle voulait donc être l’une de ces battantes. 

Première victoire

Mais dans le doute, elle avait demandé à ses garçons, qui l’ont accompagnée dans cette aventure, de conserver la chambre d’hôtel jusqu’à la dernière minute. Au cas où elle serait éliminée. 

Quand elle est sortie de l’eau et qu’elle a jeté un coup d’œil à sa montre au bout de 115 min, elle avait peine à croire à sa première victoire. «J’étais estomaquée. Il y avait encore plus d’une vingtaine de nageurs dans l’eau. C’était au-delà de toutes mes attentes.»

Malgré quelques petits pépins logistiques, elle a rattrapé un peu de temps en vélo et à la course, sa principale force. 

La Québécoise Bianca Drolet en a vu de toutes les couleurs lorsqu'elle a participé au triathlon extrême Norseman, en Norvège, durant lequel la météo s'est déchaînée.
La Québécoise Bianca Drolet en a vu de toutes les couleurs lorsqu'elle a participé au triathlon extrême Norseman, en Norvège, durant lequel la météo s'est déchaînée. PHOTO FOURNIE PAR BIANCA DROLET

«Je n’avais jamais fait une aussi longue distance [après] deux heures de nage, et quatre heures de course [m’attendaient]. Dans le froid et les intempéries, je crois que j’ai réussi à bien gérer mon défi», explique celle qui a arrêté le chrono à 14 h 43 min. 

«Car on fait véritablement face aux forces de la nature qui sont très imprévisibles, poursuit-elle. C’est extrême. Il faut apprendre à être confortable dans l’inconfort. C’est l’autre challenge.» 

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Pas de pitié de mère Nature

La météo norvégienne n’avait d’ailleurs pas dit son dernier mot pour la conclusion de l’épreuve l’été dernier. Une énorme tempête s’est montrée dans la dernière portion du trajet alors que les participants ont terminé sous la forte pluie, les forts vents et le tonnerre. 

En réfléchissant aux motivations qui l’ont amenée en Norvège, la femme, se décrivant sympathiquement comme une mère de famille et une soccer mom plutôt qu’une athlète d’endurance, estime «avoir survolé son mur».

«J’ai réalisé qu’il est intangible. On le place où on le veut bien. On ne peut vraiment jamais l’atteindre, car c’est une question d’attitude. Ce mur n’existe pas si tu ne veux pas qu’il existe. Ça ne sert à rien de le chercher, car je crois qu’il est introuvable. Chaque épreuve rend plus fort et tolérant.» 

Le Norseman est un triathlon extrême tenu près d'Oslo, en Norvège, chaque année.
Le Norseman est un triathlon extrême tenu près d'Oslo, en Norvège, chaque année. AFP

Au diable les finances

S’investir physiquement pour se lancer dans une épreuve comme le Norseman ne vient pas sans d’autres sacrifices, surtout pour une mère de famille monoparentale. En plus de multiplier les heures d’entraînement tout en s’occupant de ses trois garçons, Bianca Drolet a mis la hache dans ses heures de travail. 

En pleine période d’inflation et d’augmentation du coût de la vie, la femme de 42 ans n’a pas reculé. 

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«Gérant mon entreprise, j’ai diminué mes heures de travail si bien que j’étais quasiment rendu à temps partiel, se souvient la spécialiste des ressources humaines. Je gérais mon horaire de travail, d’entraînement et de mère. Je voulais être disponible pour eux. Cet horaire était réglé au quart de tour.»

L'épreuve du vélo au Norseman se déroule sur les routes sinueuses et montagneuses de Norvège sur 180 km.
L'épreuve du vélo au Norseman se déroule sur les routes sinueuses et montagneuses de Norvège sur 180 km. PHOTO FOURNIE PAR BIANCA DROLET

Entraînement intensif

Elle a maintenu un rythme d’entraînement de 16 à 23 h par semaine pendant quelques mois jusqu’à août dernier, moment où elle s’est envolée vers le nord de l’Europe pour la compétition. 

«Tout était planifié. J’avais deux à trois entraînements par jour, six jours par semaine», souligne-t-elle. 

En préparation à pareille épreuve d’endurance, ses longueurs dans la piscine, ses randonnées en vélo et ses parcours de course ne duraient pas 30 min. Mais plutôt des heures. 

Richesse inestimable

À l’investissement physique et horaire s’ajoutent les achats d’équipements manquants nécessaires, les frais d’inscriptions et les dépenses du voyage dans un pays où le coût de la vie figure parmi les plus élevés au monde. On devine par une somme rapide que l’aventure a coûté une «beurrée». 

La Québécoise Bianca Drolet en a participé au triathlon extrême Norseman, en Norvège, en août 2023, où elle était accompagnée par ses trois garçons, Jacob et Antoine,18 ans, et Nicolas, 16 ans.
La Québécoise Bianca Drolet en a participé au triathlon extrême Norseman, en Norvège, en août 2023, où elle était accompagnée par ses trois garçons, Jacob et Antoine,18 ans, et Nicolas, 16 ans. PHOTO FOURNIE PAR BIANCA DROLET

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«Honnêtement, je n’ai pas encore fait le bilan financier. Je ne pense pas que je veux le faire, dit-elle avec humour six mois après sa réussite. Je crois qu’il ne ferait qu’assombrir l’histoire. Car en plus, si je voulais le faire correctement, il faudrait calculer les heures que je n’ai pas travaillées durant des semaines. Elles viennent avec un coût aussi.» 

«Je préfère me dire que j’ai pu me le permettre. 2023, c’était une année folle, mais une année de richesse à plusieurs égards. J’en fais un bilan ultra-positif, car je me suis lancé ce défi, j’ai voyagé avec mes garçons et j’ai contemplé des paysages magnifiques durant la course.» 

«Tout ça, c’est une richesse inestimable, renchérit-elle sur une note positive. Je suis à mon compte. Le travail ne manque pas en ressources humaines depuis la pandémie et la pénurie de main-d’œuvre. Je peux ajouter des heures au bureau quand je le souhaite.»

Celle qui a entraîné ses garçons au soccer durant cinq ans et bien joué son rôle maternel souhaitait accomplir un nouveau défi. Elle s’est totalement gâtée, peu importe les coûts engendrés. 

Au diable les dépenses. L’aventure du Norseman en valait chaque sou. 

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