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De retour pour la première fois, 60 ans après avoir remporté le Tournoi pee-wee avec Guy Lafleur

Gilles Duguay a passé une première journée au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec depuis sa participation en 1964, avec l'équipe de Thurso de Guy Lafleur.
Gilles Duguay a passé une première journée au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec depuis sa participation en 1964, avec l'équipe de Thurso de Guy Lafleur. Photo Stevens LeBlanc
Photo portrait de Kevin Dubé

Kevin Dubé

2024-02-14T20:30:00Z
2024-02-14T20:30:59Z

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En arrivant au Centre Vidéotron, mercredi, Gilles Duguay mettait les pieds au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec pour la première fois depuis 1964. Cette année-là, c’est en tant que joueur qu’il y avait participé, et pas avec n’importe quelle équipe: celle de Thurso, menée par un certain Guy Lafleur. 

M. Duguay, un ami d’enfance du Démon blond, avait remporté le prestigieux tournoi aux côtés de Lafleur en 1963 et en 1964. 

Ces mêmes années où la légende de Lafleur est née.

«Je voulais revenir l’an dernier parce que ça faisait 60 ans qu’on avait gagné en 1963 mais j’ai manqué mon coup. Aux Fêtes, j’ai décidé que je venais pour vivre le 60e anniversaire de notre championnat de 1964!» lance l’homme qui a quitté son domicile de Mont-Laurier mardi et qui passera quelques jours à Québec en compagnie de sa conjointe, Chantal. 

Certes, les choses ont beaucoup changé depuis son passage au tournoi, à commencer par l’amphithéâtre. On est loin du Colisée de Québec des années 60!

Mais les souvenirs, eux, demeurent les mêmes.

Au-delà des deux championnats, M. Duguay a vécu l’explosion de popularité d’un jeune Lafleur qui transformait tout ce qu’il touchait en or.

«Il m’en a fait marquer des buts, Guy, lance-t-il en riant. En 1964, notre entraîneur Ti-Paul [Jean-Paul] Meloche l’avait mis à la défense pour qu’il soit moins couvert. Il partait d’un bout à l’autre de la patinoire, déjouait tout le monde et on n’avait qu’à le suivre puisqu’il nous la donnait. Il n’était pas égoïste pantoute!»

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Gilles Duguay
Gilles Duguay Photo Stevens LeBlanc

M. Duguay se rappelle très bien ces fois où il arrivait avec son équipe au Colisée et qu’il était quasi impossible d’y entrer en raison de la file de plusieurs milliers de personnes qui espérait pouvoir entrer et y voir le jeune prodige de Thurso à l’œuvre. 

«Avant la demi-finale, on était arrivé à 7h le matin et on n’était pas capable d’entrer. Tout le monde venait voir Guy. Nous autres, on était en extase! On trouvait ça le fun pour notre chum. Mais Guy, ça n’a rien changé. Il a toujours été très humble.

«Guy, le colisée, il l’a rempli mais ça ne le dérangeait pas. Il s’en allait là pour gagner et il fallait que ses chums embarquent avec lui.»

Un talent hors du commun

Gilles Duguay qui, de mémoire, avait terminé le tournoi de 1964 avec sept buts et 11 passes en cinq parties «grâce à Guy» assure d’ailleurs que cet engouement était parfaitement justifié et que les histoires à son sujet ne sont pas exagérées.

«Il blessait des gardiens avec son lancer frappé. Je l’ai déjà vu effectuer un tir dans la mitaine du gardien mais il était tellement fort que la mitaine est entrée dans le but. Une autre fois, Guy était arrivé en échappée et avait fait une feinte de lancer frappé et le gardien s’était tassé du but! Il avait juste eu à déposer la rondelle dans le filet.»

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Mais au-delà de ses exploits sur glace, Duguay se remémore aussi tous les moments passés à l’extérieur de la patinoire avec Lafleur. 

Parce qu’au-delà de son vedettariat, Lafleur et ses amis de Thurso ont pu vivre l’expérience du Tournoi pee-wee comme n’importe quel jeune de leur âge le vit depuis.

«Nos familles de pension nous laissaient au colisée à 7h le matin avant d’aller travailler et on y passait nos journées à jouer au minihockey. On avait un total de 5$ de budget pour la semaine et un monsieur gérait notre budget. Pour 25 sous, on pouvait avoir une liqueur et deux hot-dogs», se rappelle-t-il.

Guy Lafleur, au centre, en compagnie de ses coéquipiers de Thurso le 7 février 1964.
Guy Lafleur, au centre, en compagnie de ses coéquipiers de Thurso le 7 février 1964. Photo d'archives, Collection Tournoi Pee-Wee de Québec, Fonds Photo Moderne
L’impact de Ti-Paul

Il n’a pas été aussi médiatisé que Lafleur, mais M. Duguay assure que leur entraîneur en 1964, Jean-Paul «Ti-Paul» Meloche, a eu un impact majeur sur leur jeune équipe championne.

«C’était un gars très axé sur l’aspect psychologique. Un moment donné, il avait fait semblant de se blesser à l’hôtel et nous avait dit qu’il ne pourrait pas venir nous coacher. Puis il était débarqué en béquilles, juste pour nous motiver! Une autre fois, c’était 1-1 après deux périodes et il nous avait dit que si on perdait, on retournait à la maison. Je pense que le match avait finalement fini 8-1. C’était notre Ti-Paul national, un motivateur comme Jacques Demers», rigole-t-il.

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En contact

Duguay et Lafleur ont grandi ensemble, leurs pères étant de bons amis. Déjà, à un jeune âge, il était évident que le jeune Démon blond serait destiné à réaliser de grandes choses ou, à tout le moins, qu’il prenait les mesures nécessaires pour y arriver.

«Guy était toujours parti d’un bord et de l’autre. Il s’entraînait 365 jours par année et ça ne venait pas de son père, qui était très calme. Ça venait de lui.»

Au fil du temps, ils se sont un peu perdus de vue. M. Duguay a vu sa carrière de hockeyeur prendre fin à l’âge de 18 ans lorsqu’il a décidé d’amorcer une carrière dans le monde des institutions financières (il a été directeur de banque pendant plusieurs années), tandis que Lafleur a, évidemment, poursuivi son ascension dans le hockey jusqu’à devenir un joueur vedette de la LNH.

S’ils ne se voyaient plus aussi souvent qu’avant – ils renouaient à l’occasion l’été quand Lafleur retournait à Thurso –, M. Duguay a suivi religieusement la carrière de son ami d’enfance.

«Je n’ai jamais eu aucun doute qu’il connaîtrait le succès qu’il a connu», jure-t-il.

Il avoue toutefois en avoir voulu à Scotty Bowman pour son utilisation de Lafleur à ses débuts dans la LNH. Mais, à ce jour, il en veut encore plus à Jacques Lemaire pour le traitement réservé à la fin de sa carrière avec le Canadien.

«Je vais lui en vouloir pour le restant de mes jours.»

Un livret qui renferme des petites merveilles...

Photo courtoisie, Collection Tournoi Pee-Wee de Québec, Fonds Photo Moderne
Photo courtoisie, Collection Tournoi Pee-Wee de Québec, Fonds Photo Moderne

En fouillant dans ses archives, Gilles Duguay est tombé sur un livret de notes personnelles rédigées par le frère Léo Jacques, directeur de l'école Sainte-Famille et une personne fort importante dans le cheminement de Lafleur à ses débuts. Puisqu'il en avait deux copies, il a eu la générosité de nous en offrir une. Ces notes, intitulées «Hommages à Guy Lafleur», relatent certains des meilleurs moments des débuts de Lafleur dans le hockey. En voici quelques extraits qui concernent ses passages au Tournoi pee-wee.

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Le frère Léo Jacques avait remis à ses anciens joueurs un recueil de notes sur le passage de Guy Lafleur dans le hockey mineur.
Le frère Léo Jacques avait remis à ses anciens joueurs un recueil de notes sur le passage de Guy Lafleur dans le hockey mineur. Photo Kevin Dubé
En 1962, le club ontarien de Rockland demande à Thurso de leur prêter le jeune Lafleur, âgé de 10 ans, en vue du Tournoi pee-wee. Le passage suivant relate la soirée du départ vers Québec...

«Pour se rendre à Rockland, Guy devait traverser la rivière sur la glace. Ce soir-là, il y avait début de tempête. Accompagné de son père et de sa mère, Guy se lança à la traversée. Mais au milieu, le père et la mère durent abandonner. Cependant, Guy voulait absolument aller à Québec, et il continua, seul, traînant son équipement sur sa traîne sauvage. Heureusement, les gens de Rockland s'en venaient à sa rencontre avec des réflecteurs. On se rendit à Québec de peine et de misère.»

Lors du second passage de Lafleur, cette fois à Thurso, en 1963...

«Je noterai un fait à ce tournoi: une journée, les As de Québec avaient défait le Rochester de la Ligue américaine, et le gérant de ce dernier club était d'humeur chagrine. L'instructeur demeura près de la rampe et regardait nos jeunes qui s'entraînaient avant la partie. Voyant l'enthousiasme, la manière de pratiquer de nos jeunes, cet instructeur entra en courant dans la chambre de ses joueurs et les convia tous le long de la patinoire et, juste à ce moment-là, Guy Lafleur laissa partir un lancer frappé rarement vu, et l'instructeur de dire à ses hommes: ''Regardez ces jeunes! Si vous aviez joué et donné la moitié de l'effort qu'ils donnent, nous aurions gagné cette partie!"»

Sur sa dernière participation, en 1964...

«Cette année-là, plus que jamais nous eûmes les gens de Québec de notre côté, surtout après qu'on eut réussi à convaincre l'annonceur du Colisée que Thurso était une ville du Québec, et non de l'Ontario, comme il le disait depuis longtemps. [...] On parlait du Club, mais surtout de son étoile: GUY LAFLEUR. À chaque point, même à chaque montée, la foule était délirante. Depuis ce temps-là, Guy est considéré comme intégré à la ville de Québec.»

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