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De la rue au football de la NCAA: le rêve inespéré à Hawaï du receveur québécois Nicholas Cenacle

Le receveur montréalais Nicholas Cenacle a épaté en 2024 à Hawaï, avec 721 verges et six touchés.
Le receveur montréalais Nicholas Cenacle a épaté en 2024 à Hawaï, avec 721 verges et six touchés. PHOTO FOURNIE PAR L'UNIVERSITÉ D'HAWAÏ
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2025-08-12T04:00:00Z

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Quand on pense à Hawaï, on ne peut que s’imaginer la chaleur, la nature foisonnante, le décor féérique. Pour s’y rendre, Nicholas Cenacle n’a toutefois pas connu un parcours paradisiaque, loin de là, mais le receveur de passes montréalais vit aujourd’hui son rêve de jouer au football dans la NCAA.

En discutant avec le jeune homme de 23 ans en visioconférence, on devine difficilement les obstacles qui ont jalonné son parcours. Le sourire est radieux, le ton est enjoué et le regard débordant de vivacité.

Pourtant, entre son passage avec les Packers de Greenfield Park et son séjour chez les Cheetahs du Collège Vanier, il aurait pu tout abandonner.

Sa mère, Nadia, a été gravement malade. Aux prises avec des vomissements et des saignements, elle a dû subir trois opérations. Les médecins lui ont diagnostiqué une tumeur à la tête et l’hospitalisation a été aussi longue que pénible.

Impossible, pour elle, dans de telles conditions, de travailler et de payer le loyer. Si bien que pendant un moment, la maman monoparentale de trois enfants s’est retrouvée à la rue, en proie à d’importants problèmes de santé mentale.

C’est chez la famille de son meilleur ami, les Caruana, que Cenacle a trouvé refuge, de la troisième secondaire à sa deuxième session au Collège Vanier.

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«Cette période a été vraiment difficile parce que j’ai toujours été très familial. Le fait de ne plus voir ma mère, mon frère et ma sœur chaque jour, c’était très dur. Ma mère est très résiliente et elle trouve toujours une façon. Je suis reconnaissant d’être son fils et de l’avoir à mes côtés. Elle a encore des ennuis de santé, mais elle est maintenant capable de travailler et ça va mieux un peu», raconte l’étudiant-athlète d'origine haïtienne.

Nadia Cenacle et son fils Nicholas entretiennent une relation forte malgré l’adversité.
Nadia Cenacle et son fils Nicholas entretiennent une relation forte malgré l’adversité. PHOTO FOURNIE PAR NADIA CENACLE

Un appel salutaire

En dépit de cette situation précaire, Nicholas Cenacle a continué de s’accrocher à son rêve. L’intérêt qu'il y avait à son endroit était là aux États-Unis à la fin de sa carrière collégiale, mais les offres de bourses d’études concrètes ne suivaient pas.

Il a donc décidé de faire le saut à l’Université McGill. À une semaine du camp d’entraînement, l’entraîneur des receveurs des Rainbow Warriors de l’Université d’Hawaï lui a donné signe de vie.

Soudainement, en une fraction de seconde, sa vie était transformée par cet appel inespéré et la bourse d’études qui venait avec.

Nicholas Cenacle n’a pas mis de temps à se faire de nombreux admirateurs.
Nicholas Cenacle n’a pas mis de temps à se faire de nombreux admirateurs. PHOTO FOURNIE PAR L'UNIVERSITÉ D'HAWAÏ

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«C’était ma seule offre quand je suis parti et ça ne pouvait pas être plus loin de la maison. Je pense que Dieu m’a envoyé ici pour une raison. Ma place était ici.

«À chaque fois que j’appelle ma mère, elle dit à ses collègues de travail: venez voir, c’est mon fils à Hawaï... Je vois son sourire et j’en suis tellement fier. Ça me réchauffe le cœur de la voir heureuse», confie le receveur.

De bons samaritains

Aujourd’hui, Cenacle ne fait pas qu’épater par sa résilience personnelle, mais aussi par ses performances sur le terrain.

La saison dernière, il a terminé au cinquième rang de la conférence Mountain West, avec 63 passes captées. Il a brillé avec une récolte de 721 verges et six touchés.

Autant le jeune homme que sa mère se disent convaincus qu’ils ont trouvé la force de poursuivre la route en se fiant l’un sur l’autre.

«Quand je suis sortie de l’hôpital, je ne savais pas que je n’avais plus rien. J’ai vu toutes mes affaires dehors et je suis tombée en dépression totale. J’ai pensé au suicide et mon fils me suppliait de rester, il me disait qu’il avait besoin de moi. Je me suis relevée grâce au soutien de mes enfants», raconte Nadia avec émotion.

Nadia Cenacle se dit éternellement reconnaissant du fait que trois médecins de l’Hôpital de Montréal pour enfants, où elle travaille, ont décidé de l’épauler financièrement, sans oublier le soutien familial.

«Quand tu n’as pas d’argent, les gens te jugent, mais eux ne l’ont jamais fait», note la maman, reconnaissante du parcours de son fils.

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«Nicholas était un enfant super excité, mais j’ai toujours refusé qu’on lui donne du Ritalin. J’ai choisi de le mettre dans le sport et regardez où il est rendu. Il y a plein de gens qui me disaient d'oublier l’université, qu’il n’y arriverait pas. Moi, j’en pleurais et je ne voulais pas qu’il lâche», dit-elle, la voix étranglée.

Une deuxième famille

Le receveur pose en compagnie de son grand ami Gerry, ainsi qu’avec ceux qui ont été ses deuxièmes parents, Stephanie et Carmelo Caruana.
Le receveur pose en compagnie de son grand ami Gerry, ainsi qu’avec ceux qui ont été ses deuxièmes parents, Stephanie et Carmelo Caruana. PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE CARUANA

Aujourd’hui, Nadia se félicite par-dessus tout d’avoir trouvé en elle le courage de prendre la décision la plus difficile de sa vie, lorsqu’elle a pilé sur son orgueil au plus creux de la vague pour confier son fils à la famille Caruana.

Cette famille a pris le jeune Nicholas sous son aile en lui donnant amour et stabilité.

Flanqué des enfants de la famille Caruana, Joey, Vivi et Gerry, Nicholas Cenacle s’est vite senti épaulé.
Flanqué des enfants de la famille Caruana, Joey, Vivi et Gerry, Nicholas Cenacle s’est vite senti épaulé. PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE CARUANA

«C’est quelque chose d’extraordinaire. Nadia était tellement reconnaissante et je ne voulais pas m’en mêler parce que je respectais sa vie privée, mais on voulait aider sans condition. Je ne peux pas exprimer toute la joie et tout l’amour que Nick nous a apportés», mentionne la mère de cette famille providentielle, Stephanie Caruana.

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«Pour mes enfants, le fait de participer à aider une autre famille en détresse et d’en faire quelque chose de joyeux, c’était très enrichissant. Nadia avait ses problèmes, mais elle a fait preuve d’assez d’amour pour son fils en demandant de l’aide. Je l’admire pour ça.»

On dit qu’il faut un village pour élever un enfant. Les Cenacle, les Caruana et leurs proches en sont la preuve incarnée.


La loyauté et l’amour du football avant l’argent

Nicholas Cenacle file le parfait bonheur à Hawaï, en vivant son rêve de jouer au football au sud de la frontière.
Nicholas Cenacle file le parfait bonheur à Hawaï, en vivant son rêve de jouer au football au sud de la frontière. PHOTO FOURNIE PAR L'UNIVERSITÉ D'HAWAÏ

En décembre dernier, après avoir connu une excellente saison, Nicholas Cenacle a décidé de s’inscrire au portail des transferts afin de se faire recruter par un programme universitaire majeur. Les occasions se sont présentées, mais il a finalement choisi de rester à la maison.

Le Montréalais reviendra donc à Hawaï pour sa saison senior, après mûre réflexion.

En poche, il détenait des offres d’écoles de conférences majeures, dont la SEC et la Big 12, qui impliquaient de bons montants d’argent provenant du programme Name, Image, and Likeness (NIL).

«Je suis passé par le portail parce que je pensais que c’était le meilleur choix pour ma famille, parce qu’on avait beaucoup de problèmes financiers. Après discussion, ma mère m’a suggéré de faire ce qui était le mieux pour moi. J’aime le football et je voulais m’assurer d’avoir du temps de jeu.

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«Ma mère est toujours ma voix de la raison. J’avais mon idée à savoir ce que je voulais faire, parce que je contribue vraiment à une équipe qui se développe. Cette équipe cadre bien avec ma mentalité de négligé. C’était facile d’avoir le soutien de ma mère dans sa décision, mais j’avais besoin de l’entendre. Je veux continuer ici avec une autre grosse saison.

Vers les rangs professionnels

Cenacle n’est plus qu’à un pas de transposer son rêve sur la scène professionnelle, lui qui sera admissible au repêchage de la NFL et de la LCF au printemps.

«La NFL, c’est mon rêve depuis le début. Je sais que même pas 1% des joueurs se rendent là, mais j’ai toujours battu les pronostics. La LCF est aussi dans mes cartes, je serais très ouvert et je me sentirais aussi reconnaissant de pouvoir jouer pro chez moi», dit-il.

Aux yeux de sa mère, le choix de rester loyal à Hawaï devait prévaloir sur la santé financière familiale.

«Des programmes sont venus le voir en lui offrant plus d’argent, mais sans garantie de jouer. J’ai toujours appris à mes enfants que l’argent, ce n’est pas tout. Il me disait qu’on avait des problèmes de sous, mais je lui ai répondu qu’il devait faire ses choix pour le sport et pour son rêve», explique Nadia Cenacle.

Pendant ce temps, son autre maman, Stephanie Caruana, s’assure qu’il garde les pieds bien sur terre.

«C’est une chose d’atteindre ton rêve, mais c’en est une autre de le garder. Je dis toujours à Nicholas d’être responsable par rapport à l’opportunité qu’il a en main.»

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