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De la ferme d’un petit village jusqu'au CH?

Bradly Nadeau a fait la pluie et le beau temps sur la scène du hockey junior A en Colombie-Britannique.
Bradly Nadeau a fait la pluie et le beau temps sur la scène du hockey junior A en Colombie-Britannique. PHOTO JACK MURRAY / VEES DE PENTICTON
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2023-06-09T19:30:00Z
2023-06-09T20:12:58Z

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Il n’y a que 600 âmes dans le petit village de Saint-François-de-Madawaska, au Nouveau-Brunswick. 

Du lot, il est parfois possible d’observer un jeune homme de 18 ans sur un tracteur, à faire les foins pour aider sur la ferme familiale. Bradly Nadeau est apprenti fermier, mais surtout, un potentiel choix de première ronde au prochain repêchage de la LNH, qui fait rêver son patelin. 

À ce jour, aucun joueur de hockey provenant de cette municipalité située tout près de la frontière américaine n’a atteint le plus grand circuit de hockey au monde. C’est dans un tout autre monde, dans le tourbillon du camp d’évaluation de la LNH à Buffalo, qu’il a accepté de partager son parcours unique avec le Journal. 

Sur place, il fait partie de 105 espoirs en vue du repêchage du 28 et du 29 juin, qui rencontrent les équipes et se prêtent à différents examens physiques. Nadeau est toutefois bien loin d’être comme les autres.  

Bradly Nadeau, rencontré à Buffalo au camp d'évaluation des espoirs de la LNH en vue du repêchage 2023.
Bradly Nadeau, rencontré à Buffalo au camp d'évaluation des espoirs de la LNH en vue du repêchage 2023. PHOTO STÉPHANE CADORETTE, JOURNAL DE QUÉBEC

Entre la glace et les foins 

Son destin l’amenait plutôt à suivre les traces de son père sur la ferme bovine familiale, transmise depuis trois générations de Nadeau en Nadeau. Sur place, il y a tous les équipements pour des travaux d’excavation, ainsi que 150 bêtes. Pas exactement l’environnement typique d’un joueur de hockey, mais avec son front de bœuf, Bradly Nadeau a pourtant explosé la saison dernière à l’autre bout du pays, en Colombie-Britannique, avec 113 points en 54 matchs, dans la BCHL. 

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«Je continue – quand je peux – d’aider mon père à la ferme. J’ai dû souvent me lever de bonne heure pour aller travailler, mais c’est quelque chose que j’ai toujours aimé faire. Ça passait le temps en grandissant», raconte avec son irrésistible accent acadien celui qui a été sacré joueur le plus utile de sa ligue cet hiver. 

La vie sur la ferme familiale implique de diriger certains équipements comme la pelle excavatrice.
La vie sur la ferme familiale implique de diriger certains équipements comme la pelle excavatrice. PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE NADEAU

Un village qui se mobilise 

Dire que l’épopée improbable de Nadeau fait vibrer les plus fervents amateurs de hockey de son village est un euphémisme. Il faut plutôt dire que Saint-François-de-Madawaska au grand complet se mobilise derrière la famille Nadeau. 

Il y a Bradly et aussi son frère Josh, d’un an son aîné, qui font la pluie et le beau temps chez les Vees de Penticton. Envoyer les deux fistons pratiquer leur sport à 4800 km de la maison ne se fait évidemment pas en criant bovin.  

L’été dernier, une ferme viticole du village a offert le poulet à la famille et une levée de fond pour la volaille a été organisée sous forme de barbecue. Plus de 300 personnes ont participé, soit la moitié de la place. C’est dire à quel point il y avait de l’amour dans l’air. 

«C’est très petit et les gens sont vraiment amicaux. Le village chez nous, c’est comme si tout le monde est de la famille tellement les gens sont gentils. Je le réalise un peu moins, mais ils me disent souvent que c’est une fierté de voir que je mets Saint-Jean-de-Madawaska sur la map», sourit Bradly Nadeau. 

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Les frères Josh et Bradly sont accompagnés de leurs parents, John Nadeau et Manon Oakes.
Les frères Josh et Bradly sont accompagnés de leurs parents, John Nadeau et Manon Oakes. PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE NADEAU

Un bel exploit 

Même s’il n’est pas passé par les routes pavées pour attaquer son objectif, Nadeau est classé au 17e rang chez les joueurs nord-américains par la Centrale de recrutement de la LNH. 

Le rêve est donc bel et bien à sa portée, mais comme l’avait déjà dit avec sagesse un certain Stéphane Richer, il n’y a pas que le hockey dans la vie. Nadeau entend tout mettre en œuvre pour aller au bout de ses ambitions, mais il sait que son cher père pourrait ressentir un certain pincement à le voir quitter la terre. 

«Mon père a joué au hockey lui-même jusqu’à 49 ans dans le senior et il a toujours su à quel point j’aimais ça. Il m’a encouragé là-dedans. C’est sûr qu’il m’a demandé si je voudrais reprendre la ferme dans le cas où le hockey ne fonctionnerait pas, mais il ne veut que le meilleur pour moi. 

«Il sait que si ça marche au hockey, il va peut-être devoir vendre la ferme, mais que si ça ne marche pas, je voudrais peut-être prendre le relais», note-t-il avec humilité. 

Sur la terre familiale, les Nadeau ont construit une patinoire maison pour peaufiner leur art.
Sur la terre familiale, les Nadeau ont construit une patinoire maison pour peaufiner leur art. PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE NADEAU

Le rêve du Canadien 

Évidemment, puisque Saint-François-de-Madawaska est situé tout près du Québec, les partisans du Canadien abondent. C’est d’ailleurs le cas dans le clan des Nadeau qui ne pourrait imaginer un meilleur dénouement que l’appel du Canadien dans un peu moins de trois semaines. 

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«Ce serait un très gros honneur de jouer pour le Canadien. En grandissant, c’était mon équipe favorite. Mon père est un fan et je le suis aussi depuis que je suis né. C’est l’équipe qui a gagné le plus de coupes Stanley. Même si je n’ai pas eu la chance d’en vivre une, ça reste une très bonne organisation. Ce serait quelque chose de vraiment gros, mais je ne peux rien contrôler», réagit le principal intéressé. 

L’unique certitude dans le moment, c’est que la famille, ainsi que plusieurs personnes du village, prévoient une sympathique invasion de Nashville pour le repêchage à la fin du mois.  

Quand Saint-François-de-Madawaska s’empare de la capitale mondiale du country, c’est un party épique qui s’annonce. 

La voie de la NCAA plutôt que la LHJMQ

Les frères Bradly et Josh Nadeau vont poursuivre leur route ensemble à l'Université du Maine.
Les frères Bradly et Josh Nadeau vont poursuivre leur route ensemble à l'Université du Maine. PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE NADEAU

Loin de dénigrer la LHJMQ, Bradly Nadeau a tout de même pris le pari de s’exiler vers la scène junior A en Colombie-Britannique pour ensuite bifurquer vers la NCAA afin de parfaire son développement. 

Bien qu’il soit impossible de prédire l’avenir quant à la trajectoire de sa carrière sur le plan professionnel, difficile de prétendre que, jusqu’ici, l’Acadien n’a pas vu juste en prenant la route de Penticton. 

Non seulement ses 113 points et ses 45 buts la saison dernière l’ont positionné au sommet de la BCHL, mais il s’agit du plus haut total pour un joueur de moins de 18 ans dans le circuit depuis Kyle Turris, en 2007. 

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Il pourrait aussi être le premier joueur issu de cette ligue depuis Alex Newhook, avec l’Avalanche du Colorado en 2019, à entendre son nom être appelé au premier tour du repêchage. 

«Ce n’est pas si important, même si c’est une fierté et un honneur si ça arrive. Ce qui compte, ce sont les efforts que je dois mettre après pour m’assurer de jouer dans la LNH», explique-t-il. 

Pourquoi pas au Québec? 

Quand est venu le temps de décider où il allait s’aligner, Nadeau concède qu’il n’a pas été évident de faire une croix sur la LHJMQ. Celui qui ne fait osciller la balance qu’à 161 livres actuellement, du haut de ses 5 pi 10 po, se voyait cependant ailleurs. 

«Au Nouveau-Brunswick, la LHJMQ est importante. Quand le repêchage de la ligue est arrivé, j’étais de très petite stature et je pensais que pour moi, la BCHL et la NCAA me donneraient plus de temps pour me développer physiquement et devenir plus fort», plaide-t-il. 

Il est vrai que depuis plusieurs années, plusieurs joueurs font leur chemin de la BCHL jusqu’à la LNH. Au début de la saison, 23 joueurs du circuit Bettman provenaient de cette ligue, dont Jamie Benn, Alex Kerfoot, Ryan Johansen, Kent Johnson, Brandon Tanev et Justin Schultz. 

«Je voulais me faire voir par les recruteurs de la LNH et ne pas changer de place à ma deuxième année. C’est pour ça que j’ai voulu aller à Penticton. Il y a des équipes qui craignent un peu que mon jeu ne se transpose pas dans la LNH parce que je n’ai pas joué junior majeur. Je ne crois pas que ce sera un problème pour moi», affirme le petit attaquant, qui a rencontré 25 équipes cette semaine à Buffalo. 

Bradly Nadeau a connu une saison 2022-23 de 113 points avec les Vees de Penticton, dans la BCHL.
Bradly Nadeau a connu une saison 2022-23 de 113 points avec les Vees de Penticton, dans la BCHL. PHOTO JACK MURRAY / VEES DE PENTICTON

Avec frérot 

Celui qui dit s’inspirer de Mitch Marner profitera de la prochaine saison pour tenter de refaire un malheur avec son frère Josh, qui le suit à l’Université du Maine. Ce dernier a d’ailleurs été le deuxième meilleur marqueur de la BCHL la saison dernière avec 110 points. 

«On a joué deux ans ensemble et ce sont les deux plus belles années de ma vie. Mes parents et la famille pourront venir nous voir jouer. Ce sera comme à la maison, c’est proche. Il y a aussi d’autres francophones sur l’équipe», conclut Nadeau, qui évoluera à Orono, à trois heures de route. 

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